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Les bagages, le quai et le train

  • Posted on novembre 26, 2010 at 16 h 18 min

Simon Selliest

le 26 novembre 2010

Cà y est ! Vous avez choisi votre destination après de longues hésitations et d’encore plus longues précautions. Vous avez tout vérifié, tout contrôlé avec soin, réservé vos places, pris vos billets, fait établir votre passeport, mis à jour vos vaccinations, préparé vos devises, régler vos affaires pour une longue absence, fermer l’eau et le gaz…. et vous êtes prêt(e) à partir !

 Vous avez passé toute la journée d’hier à préparer vos bagages, choisi avec soin les vêtements les plus appropriés, votre trousse de toilette est en ordre, votre pharmacie personnelle aussi… et tout est bien placé dans vos deux valises antichoc, soigneusement fermées à clé !

 Il fait beau, vous vous êtes levé(e) très tôt ce matin pour ne pas avoir à vous presser, pour être sûr(e) de ne pas être en retard, et vous êtes là, devant votre porte, vos deux valise à vos pieds, la porte fermée et les clés encore à la main, prêt(e) à partir.

 Ah ! Ce voyage… Il y a longtemps que vous en rêviez ! Mais il y avait tellement de choses qui vous empêchaient de le faire : le temps, les factures à payer en priorité, les craintes de quitter votre petit nid douillet, l’appréhension de l’inconnu, les aléas d’un long voyage en terres inconnues de vous, l’alimentation différente, les horaires inhabituels, les obligations de vous plier à d’autres disciplines, les petites maladies, pas très graves mais dérangeantes et qui vous gâchent le plus beau des voyages, la langue différente, les us et coutumes que vous ne connaissez pas, etc.

 Mais là çà y est ! Vous venez de vérifier une dernière fois si votre porte est bien fermée à double tour, et vos bagages à la main, vous vous apprêtez à prendre votre voiture.

 Tiens voici votre voisin(e) qui sort de son domicile. C’est une gentille personne, un peu bavarde certes, mais tellement naturelle et aimable, que vous n’avez jamais osé lui dire que ses histoires vous les connaissiez par cœur, et que vous aviez autre chose à faire d’un peu plus urgent que de rester là à écouter ses bavardages sans fin…

 Cette fois-ci encore, vous êtes là, mettant vos bagages dans votre voiture, pendant qu’elle vous raconte « ses » aventures, puis les clés à la main, la portière ouverte, vous essayez de vous dégager de cet(te) incroyable bavard(e). Un peu agacé, vous vous balancez d’un pied sur l’autre, mais vos « bons sentiments » vous empêchent de planter là votre voisin(e), jusqu’au moment où vous réalisez que vous allez être en retard. A grand peine vous finissez par monter dans votre voiture, et avec un sentiment de culpabilité, vous regardez votre voisin(e) qui reste planté(e) sur le trottoir, vous faisant de grands signes d’amitié  de la main !!! Ah ! qu’il est difficile de dire certaines choses !

 Le trajet, quelques « bons conducteurs » devant vous qui, pour bien faire, roulent 20 ou 30 kilomètres en dessous de la vitesse autorisée (on ne saurait être trop prudent sur la route… C’est bien connu, et on ne cesse de nous le répéter), une route ou une circulation qui vous empêchent de les doubler, trouver la place pour se garer, faire à pieds les quelques centaines de mètres qui vous sépare de votre train, composter votre billet… tout cela prend forcément un peu de temps… et vous qui étiez sûr(e) d’arriver à l’heure, même très en avance, vous voilà enfin sur le quai, juste au moment où le train démarre !

 Courir après, faire de grands signes pour que le conducteur vous attende, y sauter dedans en marche…. Nous ne sommes plus au début du XX° siècle, les trains modernes démarrent vite, toutes portes verrouillées, et il y a longtemps que les conducteurs ne regardent plus sur le quai si tous les voyageurs sont bien montés… La procédure de départ est automatisée, progrès oblige ! De toute façon, avec vos bagages, vous n’avez plus l’âge de sauter dans un train en marche….

 Vous voilà donc, vos deux valises à la main, planté(e) debout sur le quai, qui peu à peu se remplit de voyageurs qui viennent attendre le train suivant, – « leur » train » -, et vous pensez, profondément désolé(e), que tout votre voyage est raté, car vous raterez forcément à présent toutes vos correspondances, que vous n’aurez plus l’occasion de le faire, et que vous avez perdu l’argent de vos billets, etc.

 Quel gâchis ! Pensez-vous alors, en pleine culpabilisation personnelle, regrettant amèrement  tous vos agissements quelque peu laxistes de ces dernières heures.

 Histoire simpliste, me direz-vous, non sans raison !!!

 C’est vrai que c’est une histoire tout ce qui a de plus banale et simpliste…. Sauf, que si nous remplaçons les mots :

  • Voyage par : évolution(s) spirituelle(s)(1), études, lectures, acquisition de connaissance(s) nouvelles, progrès personnel(s), élévation de son niveau de conscience, etc….

  • Voisin(e) : par laxisme, inertie, manque de volonté, trop grande prudence, peur de mal faire ou de mal agir, peur du « quand-dira-t-on », etc…

  • Bagages par : habitudes, vieux patterns, « bons sentiments » inadaptés au monde moderne, craintes du changement ou de se mettre en avant, peur du monde environnant, peur de changer son mode de pensée et/ou ses modes d’agissements, etc….

  • Train par : monde en marche, progrès scientifiques, mondialisation, évolution du mode vie, évolution du mode de fonctionnement des entreprises, des banques, de la société en général, des administrations, informatisation des formalités courantes de la société civile, etc…

 Cette « petite » histoire prend alors un tout autre sens. Un sens que nous laissons à chacun de trouver et de méditer selon ses désirs personnels, sa sensibilité à l’évolution spirituelle(1)…ou tout simplement à son libre arbitre.

 « Lis, lis, lis, relis, médite, prie, et tu trouveras»

 disent les Sages, pour nous inciter à «œuvrer en harmonie avec la Nature», et trouver ainsi «notre Pierre Philosophale».

 Nous pouvons aussi nous interroger sur le nombre de fois où nous sommes « resté(e) sur un quai en regardant partir le train que nous avions manqué pour avoir trop hésité, trop attendu, trop été nonchalant(e)… ? Pour avoir été trop quelque chose d’hésitant et pas assez quelque chose de volontariste… » 

 Cette interrogation est souvent un examen de conscience difficile, qui ne flatte pas forcément notre égo, mais si nous n’avons pas le courage de reconnaître, ici même, nos torts en ce domaine, quand allons-nous les reconnaître ???? Combien de trains devrons-nous encore manquer avant que la Destinée, notre destinée, ne nous oblige par un événement drastique et « imprévu » à faire en sorte de monter dans ce f… train que nous nous obstinions de rater ???

 Certes des « trains », nous en avons tous manqué un, au moins une fois dans notre vie, ce qui n’est pas forcément glorieux, mais ce n’est pas si grave que cela si nous avons alors compris pourquoi nous l’avons manqué … Il arrivera un jour, forcément, qu’un autre « train » se présentera à nous, et celui-là – si nous avons bien compris les causes de notre premier échec -, nous ne le manquerons pas, du fait qu’il y aura alors en nous la certitude qu’il nous amènera en « Terra Incognita » certes, mais surtout en « Terre Cognitive)….

 Mais, s’il est toujours possible de se tromper une fois, voire même deux à l’extrême limite… il ne peut être possible de se tromper à répétition, sans en tirer les leçons ! Parce qu’un jour, on ne pourra plus « se tromper » une fois de plus, ou ce sera alors très, très, très douloureux ! Tellement douloureux que nous lâcherons enfin « nos bagages » pour sauter dans le premier train en partance… commettant ainsi une autre erreur !

 Alors, décidons dès aujourd’hui, calmement mais fermement, du train à prendre, et…prenons-le !!!!

 Note :

(1) On ne répétera jamais assez que « l’évolution spirituelle », c’est avant tout l’évolution de l’esprit par l’apprentissage des connaissances humaines, scientifiques, techniques, financières, sociales, psychologiques, philosophiques, etc., et non pas seulement par les connaissances religieuses, ou par la seule pratique d’un culte aussi sincèrement soit-il accompli.