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Le Sel de la Terre (III)

  • Posted on décembre 16, 2012 at 15 h 11 min

(Troisième partie) 

Le recueillement 

Images   Médiumnité passive (V)

Heinrich Kunrath : L’Amphithéâtre de l’Éternelle Sapience (gravure n°2)

 

Simon Selliest le 9 décembre 2012

Revu et complété le 23 avril 2014

 Dans la deuxième partie de cette étude, nous disions :
<< De plus, après avoir fait moisson de si précieuses informations puisées dans la pensée des Maîtres Hermétistes, nous savons combien il est nécessaire d’avoir un temps de réflexion et de méditation, pour en découvrir la signification juste et secrète. Et méditer demande du « recueillement » et souvent de la solitude.
Ce « recueillement », dont on nous autorise à dire que ce n’est là qu’une façon de parler.
Car nous savons combien la personne qui avance l’âme et le cœur purs, avance sous la haute protection de son Égrégore (1). Nous savons aussi qu’elle recevra toujours ainsi une aide charitable en récompense de ses efforts. Mais nous savons aussi qu’il lui faut avancer dans la direction et au rythme qui lui sont demandés !
« Lis, lis, lis, médite et prie… »
dit l’axiome……. Peut-être non sans de bonnes raisons ! >>
Ce que nous n’avions pas dit, mais qui se découvre assez vite quand la décision, ferme et irrévocable (et nous ne saurions trop insister sur ces points !) a été prise et mise en œuvre, de suivre la voie de l’Hermétisme, c’est que ce « recueillement » a un prix.
 Ce « prix du recueillement », a de multiples paramètres, tant intellectuels, moraux, psychiques que pratiques ou financiers. Ceux-ci n’étant que difficilement dissociables, nous allons en analyser quelques cas, sans en privilégier un des aspects ci-dessus plus qu’un autre.
 Tout d’abord, il n’est un secret pour personne que le mot « recueillement » est le substantif du verbe « recueillir », et qualifie l’état mental de la personne qui se recueille, qui s’isole, qui se concentre et médite sur elle-même, sur un sujet philosophique ou religieux, ou qui se tourne vers une aspiration spirituelle.
 Les Philosophes Hermétiques, habitués à masquer leurs enseignements sous des sens dérivés ou approximatifs de mots usuels (2), n’ont pas manqués de jouer entre les sens réels et les sens induits du mot « recueillement ».
 Ainsi, « recueillir » c’est cueillir, collecter, ramasser, garder, recevoir ce que l’on a mérité, mettre ensemble et « protéger »…. Mais le substantif du verbe « recueillir », n’est pas employé de nos jours dans le sens de « collecte, de ramassage, de recherche, etc. ».
 Or, de ces points de vue-là, ce que l’on apprend aussi très vite dans cette Voie de l’Hermétisme, c’est que les premiers livres à se procurer sont de bons dictionnaires. Des dictionnaires encyclopédiques modernes, et/ou des dictionnaires de français ancien, (disons du XVII° ou/ou du XVIII° siècle). Ils sont utiles car les sens des mots sont souvent multiples, et de plus, ils n’ont pas manqués d’évoluer avec le temps et les changements de mode de vie et de pensée.
 Prenons par exemple, l’adjectif « aérien » utilisé par Lémery et De Copponay de Grimaldi dans leurs descriptions du sel nitre. Un terme très courant de nos jours et qui fait penser à ce qui est dans l’air, ce qui est léger…
 Voici ce qu’en disait l’abbé Furetière dans son Dictionnaire universel de 1690 :
 Images   Le Sel de la terre (Furetière)Qui oserait dire, de nos jours que « les atomes aériens montent en premier dans un alambic »…. D’autant que peu d’entre nous connaissent tous les usages et toutes les formes que pouvait avoir un alambic. Et pourtant Nicolas Lémery, dans la logique de la « chymie » de son époque, décrivait parfaitement ainsi une phase de distillation fractionnée.
 Si cet exemple ne convainc pas, que dire alors du mot « esprit » ????
 Nous ne reproduirons ci-dessous que la partie relative à certaines interprétations, laissant ainsi de coté, toutes celles afférentes à la religion qui occupent près d’une autre page complète.

Images   Le Sel de la Terre (3° partie) 2° image

Qui pourrait penser de nos jours qu’un « esprit » est aussi une « liqueur » distillée qui ne fait ni eau ni huile… Pourtant là encore, par rapport aux connaissances de l’époque et à la façon de les exprimer, cela est parfaitement juste.
 Ces dictionnaires sont à présent sur Internet et sont gratuits. Mais il y a peu (à la fin du siècle dernier…), il fallait encore, soit se les procurer (mais à quel prix !) soit aller dans une grande bibliothèque pour les consulter. Ce qui se fait à présent en cinq minutes, nécessitait alors une demi-journée de travail et de déplacements.
 Il est donc facile de voir, que le temps et le coût du « recueillement » et certaines de ses méthodes, concernant cette partie de l’étude de la Philosophie Hermétique ont donc bien changés…
 Qu’en est-il alors à présent pour les ouvrages proprement dit de Philosophie Hermétique…
 Jusqu’à un passé récent, il fallait aller « physiquement » dans toutes les foires aux livres et chez tous les bouquinistes de France, si on voulait pouvoir s’en procurer, car ces ouvrages n’étaient plus réédités depuis quelques décennies. Encore fallait-il avoir la chance d’arriver au bon moment, car ces livres ne restaient pas très longtemps sur les rayons, et leurs propriétaires ne s’en défaisaient pas facilement …
 A présent, pratiquement tous les ouvrages de Philosophie Hermétique et tous ceux de Chymie ancienne, se trouvent, peu ou prou, sur Internet, grâce à l’initiative et au travail de quelques personnes restées anonymes. Il suffit de les télécharger gratuitement sur des sites personnels, ou à la rigueur depuis peu, en versant quelques deniers à Google Books. Deniers bien modestes par rapport à certains prix de livres papier des éditions de fin du siècle dernier. Et qui restent encore modestes, comparés aux prix des rééditions récentes, « Printed in India… » qui ont tendance à se multiplier.
 Ce qui pourrait nous autoriser à dire, de ce point de vue là, que l’accès à la « connaissance » n’a jamais été aussi ouvert, aussi facile, tant financièrement que cognitivement, s’il ne s’était créée d’autres barrières !
 Nous avons vu plus haut que le mot « recueillement » a principalement le sens de se recueillir, de s’abstraire du monde extérieur pour se replier sur la vie intérieure, de se tourner vers une aspiration spirituelle.
 Et là, nous craignons que « le prix du recueillement », à présent, ait non seulement changé de nature, mais se soit immensément accru.
 D’abord, ces ouvrages numérisés, ne peuvent plus apporter cette indéfinissable sensation de passation de connaissances, de communion spirituelle, entre la personne qui lit un ouvrage papier, et celles et ceux qui l’ont maintes fois lu auparavant avant elle. Et cela que le livre soit neuf ou d’occasion. Hélas, nous ne pouvons que plaindre très sincèrement celles et ceux qui n’ont jamais eu cette sensation là, ou qui n’auront jamais cette « petite musique » qui accompagne la lecture, cette impression subtile que quelqu’un dirige leurs regards et leurs interrogations sur certains mots. Ces mots qui de prime abord semblent anodins et naturellement à leur place dans la phrase, mais qui, lorsque le sens caché, ou que d’autres sens que celui qui vient naturellement à l’esprit en sont trouvés, permettent de déchiffrer subitement une phrase absconde longuement étudiée, et restée jusqu’alors incompréhensible.
 Qui n’a jamais éprouvé cette joie de voir la serrure céder soudainement et la porte s’entrouvrir un peu plus sur la voie tant cherchée, ne peut comprendre ce qui est dit ici. C’est à la fois une immense joie d’avoir enfin trouvé la solution à un problème maintes et maintes fois retourné dans son esprit, la sensation d’avoir reçu une grâce occulte, la joie de sentir ainsi cette si précieuse aide de son Égrégore, et l’immense bonheur de la vivre comme une sorte de récompense d’avoir pu être aussi proche d’un de ces Maîtres qui le compose.
 Puis, et c’est infiniment plus grave à notre sens, c’est l’habitude des jeunes génération, formées au « geek model », qui ne savent plus puiser dans leurs propres ressources, dans leurs propres connaissances, surtout celles enfouies au plus profond de leurs mémoires akashiques,  pour résoudre le problème qui peut se présenter à un moment de leur labeur. Il est tellement courant d’appeler toute sa tribu… le Smartphone est toujours branché et près de soi, les forums Internet bruissent de mille informations….aussi fausses que prétentieuses. D’autant plus fausses en général, qu’elles émanent de noms aussi prestigieux que Philalèthe, le Cosmopolite, voire Flamel, etc., que n’hésitent pas à prendre certain(e)s internautes…….
 A cette jeune génération, l’Éducation Nationale a voulu leur apprendre à travailler en groupe afin de dégager de fortes synergies de créativité, mais la plupart d’entre eux n’ont appris qu’à demander aux autres ce qu’ils ne savaient pas….
 A ceux là, nous ne saurions trop leur conseiller de relire et de méditer cette phrase du « Prophète » :
 « Vous êtes le Chemin et ceux qui cheminent…. »

Khalil Gibran : Le prophète édition 1987 p.40

 Étant donné que nous avons déjà développé ce point (1), nous n’y reviendrons pas.
 Là, nous touchons au nœud de la difficulté de ce genre d’études, de ce genre d’accès à la « connaissance »… Un nœud qui pourrait se définir de gordien, car s’il n’est pas « tranché » définitivement en notre esprit, il est inutile d’essayer de vouloir travailler dans cette Voie de l’Hermétisme.
 Elle demande en effet beaucoup d’abnégation, de travail souvent stérile en apparence, de renoncements et de sacrifices. Elle demande aussi de renoncer à bien des certitudes et nous oblige à devenir modestes sur ce que nous savons et surtout sur ce que nous croyons savoir.
 Fulcanelli nous avait d’ailleurs bien charitablement avertis :
<< Défiez-vous donc de faire intervenir, en vos observations, ce que vous croyez connaître, car vous seriez amené à constater qu’il eût mieux valu n’avoir rien appris plutôt que d’avoir tout à désapprendre.
Ce sont là, peut-être, des conseils superflus, parce qu’ils réclament, dans leur mise en pratique, l’application d’une volonté opiniâtre dont les médiocres sont incapables. Nous savons ce qu’il en coûte pour troquer les diplômes, les sceaux et les parchemins contre l’humble manteau du philosophe. Il nous a fallu vider, à vingt-quatre ans, ce calice au breuvage amer. Le cœur meurtri, honteux des erreurs de nos jeunes années, nous avons dû brûler livres et cahiers, confesser notre ignorance et, modeste néophyte, déchiffrer une autre science sur les bancs d’une autre école. Aussi, est-ce pour ceux-là qui ont eu le courage de tout oublier, que nous prenons la peine d’étudier le symbole et de le dépouiller du voile ésotérique.>>

Fulcanelli :  les Demeures Philosophales Édition 1965 Tome I page 186

 Ce nœud gordien, quelques-uns le tranchent encore de nos jours, ou le trancheront au fil des temps futurs. Perpétuant ainsi une Tradition plusieurs fois millénaires. Et les meilleurs d’entre eux iront certainement jusqu’au bout de ce dur labeur, portés par les encouragements et les enseignements occultes de leurs Maîtres.
 Pourtant, Ami qui nous lit, si tu te trouves au premier pas de ce chemin, ne perds pas ton temps à les chercher. Tu ne les trouveras pas !
 Mais eux te trouveront quand tu seras prêt !
 « Entrer dans le Temple de l’Enseignement, c’est arriver à un état dans lequel le savoir devient possible. Tu trouveras alors bien des paroles écrites en lettres flamboyantes et qui, pour toi, seront faciles à déchiffrer, car lorsque le disciple est prêt, le Maître l’est également.« 

Mabel Collins : « La Lumière sur le sentier » page 43 édition 1990.

 Nous aurions beaucoup de mal à essayer de vouloir mieux dire !

 

Notes

  (1) Cf. : Égrégore (http://www.concordances-spirituelles.com/?p=105 ) (2) Cf. : Que faut-il comprendre par Philosophie hermétique (http://www.concordances-spirituelles.com/?p=451 ) (3) Cf. Quand le disciple est prêt… (http://www.concordances-spirituelles.com/?cat=5&paged=2)