Egrégore

  • Posted on mars 30, 2010 at 14 h 00 min

Simon Selliest le Décembre 2005

Revue et corrigée 5 janvier 2009

Revue et corrigée 19 février 2010

Il est des mots ou des expressions, qui apparaissent un jour, dans un milieu social ou dans un autre, et dont tous les acteurs de ceux-ci, à quelques niveaux que ce soit, s’emparent aussitôt qu’ils l’ont entendu pour la première fois. Généralement ces mots ou ces expressions, procèdent d’une compréhension qui semble immédiate et très parlante à l’esprit. Ce qui n’incite donc pas forcément à faire quelques recherches sur leur différents sens possibles, que ce soit dans le moindre des dictionnaires, ou dans le moindre des livres, et à fortiori chez les auteurs qui ont autorité en la matière.

 Et pour qu’il n’y ait pas d’équivoque dans nos propos, nous avons souvent été de ceux qui n’ont pas fait cet effort.

Il en a était ainsi, dans le milieu pseudo ésotérique, des expressions telles que : « la concentration des énergies », « il ne faut pas juger », « le charisme », « l’évolution spirituelle » ou encore « l’égrégore ».

C’est de ce dernier mot dont  il semble utile de parler ici.

 Relisant, dans le calme d’une fin de journée, à l’heure où le silence de la Nature s’impose, pacificateur, sur l’agitation environnante, et que la lumière de la lampe de bureau pallie progressivement celle du jour, relisant donc dans l’introduction du « Livre des Esprits », le passage suivant :

  » L’expérience nous apprend que les esprits du même degré, du même caractère, et animés des mêmes sentiments se réunissent en groupes ou en familles…

Un Esprit de la catégorie de Fénelon peut donc venir en son lieu et place, souvent même envoyé par lui comme mandataire ; il se présente sous son nom, parce qu’il lui est identique et peut le suppléer, et parce qu’il nous faut un nom pour fixer nos idées ; mais qu’importe, en définitive, qu’un Esprit soit réellement ou non celui de Fénelon ! Du moment qu’il ne dit que de bonnes choses et qu’il parle comme l’aurait dit Fénelon lui-même, c’est un bon Esprit ; le nom sous lequel il se fait connaître est indifférent, et n’est souvent qu’un moyen de fixer nos idées.« 

Allan Kardec : Le Livre des Esprits paragraphe XII de l’introduction

 Il existe parfois des moments privilégiés, où la résonance de l’impact des mots se transforme en « raisonnance » dans notre esprit, regroupant ainsi plusieurs idées ou souvenirs épars en un tout homogène. C’est ce qui se produisit ce soir -à.

 Allan Kardec, comme personne sait s’exprimer dans ce mode de pensée et dans ce langage très structurés, empreints de rigueur et d’élévation spirituelle, et pourtant si simples en apparence. D’autres l’ont fait dans des textes de formes différentes, apparemment plus accessibles, mais dont il faut souvent se garder de croire que nous les ayons compris parce que nous les avons lus.

 Ainsi, le grand poète libano-américain que fut Khalil Gibran écrivit en 1923, dans le « Prophète », faisant parler Almustafa, l’élu et le bien-aimé, sur les crimes et châtiments:

 « Vous êtes le chemin et ceux qui cheminent. »

Khalil Gibran : Le Prophète p. 40 (édition Casterman 1956)

 Grand connaisseur des sciences hermétiques, Khalil Gibran, avait ce sens de la phrase concise et riche d’enseignements, qui ne peut se comprendre pleinement que si elle est lue à plusieurs niveaux.  Ainsi pour en développer quelque peu le sens, qu’il nous soit permis de rajouter une très modeste explication sur « ce chemin ».

 L’évolution spirituelle – au sens très prosaïque qui devrait être le sien – c’est-à-dire l’évolution de l’esprit dans les domaines de l’intelligence, de la connaissance scientifique, psychologique, juridique, économique, sociale, financière… etc., cette évolution spirituelle donc, conduit l’individu qui la poursuit assidûment, vers des niveaux tels, qu’à un certain moment, il ne trouve plus d’école, de professeur, de maître à penser, de livres auprès desquels il peut puiser les connaissances qu’il recherche. Il devient donc par la force des choses, et en apparence, son propre enseignant, son propre guide, et donc trace son propre chemin, qu’il suit tout en le créant.

 Bien entendu, nul ne possède la science infuse, et malgré toutes les qualités intellectuelles qu’un individu peut avoir, il ne pourra trouver des idées novatrices que parce qu’il sera aidé, d’une manière médiaminique plus ou moins inconsciente, par ceux qui ont fait déjà cette évolution spirituelle avant lui, ou qui ont déjà longuement œuvré dans son domaine. Il trouvera ainsi matière à réflexion, ou « du grain à moudre », au détour d’une phrase entendue, d’une lecture qui n’ont pourtant rien de commun, en apparence avec le sujet de réflexion qu’il poursuit, mais qui n’ont, bien entendu, pas été mises à sa portée sans bonnes raisons.

 La vibration de ces mots, de ces phrases, par résonance, ou par « raisonnance », amplifie sa connaissance propre et lui ouvre alors des champs de connaissances qu’il aurait pu ne pas soupçonner autrement. Les Entités qui veillent sur lui et sur ses travaux ou sur ses études, lui indiquent ainsi la bonne direction à prendre ou la solution à ce qui l’avait longtemps arrêté.

 Ce sont ces Entités, le plus souvent désincarnées, mais pas forcément, parcourant le même chemin que lui, qui forment « son Égrégore ».

 Mais alors, peut-on rétorquer, si ces Entités le guident sur le chemin qu’elles ont déjà parcouru, c’est que le chemin existe d’une façon ou d’une autre, et donc, notre individu ne peut pas être le chemin et celui qui chemine…

 Dire cela procède d’une vue un peu courte des choses de l’évolution spirituelle. Pour être parfaitement compris, il sera pris un exemple un peu simpliste.

 Quand nous marchons en forêt, ou en plaine, très souvent le sentier que nous suivons, se ramifie, en une multitude de petits sentiers, ou de traces de pas, ou de sillons laissés par des roues, qui se coupent et se recoupent sans cesse, indiquant ainsi que bien des gens ont marché sur des sentes un peu différentes de celles sur lesquelles nous-mêmes nous marchons, pour aller, finalement, dans la même direction générale.

 Et nous voyons cela, parce que nos yeux sont à un mètre soixante du sol. S’ils étaient à un centimètre ou même à un millimètre, nous aurions l’impression que le chemin sur lequel nous marchons, est unique, ou même qu’il se crée sous nos pas, car il nous serait impossible de voir les autres sentiers, ou de voir le propre chemin que nous suivons, au-là du bout de notre nez….

 Hélas, en matière d’évolution spirituelle nos yeux ne sont, le plus souvent, même pas à un millimètre de hauteur. Mais si, élevant notre pensée nous pouvions comprendre qu’il existe d’autres chemins, si éloignés de nous à notre échelle, et qui ne sont en fait que des variantes d’une même direction, alors nous comprendrions que d’autres avant nous, par des voies un peu différentes, ont suivi la même évolution dans la même direction, et sont maintenant à même de nous guider.

 Ce sont elles, ces Entités qui nous ont précédé, mais aussi celles qui nous suivent, qui forment « notre Égrégore ».

 Comme bien des Entités nous ont précédé, que le chemin est infiniment long, et que certaines de ces Entités sont déjà bien loin devant nous, les conseils et les enseignements passent « de bouche à oreille », ou « d’esprit à esprit », des plus avancées vers les moins avancées. Ou par celles qui sont à même de mieux nous faire comprendre les conseils dont nous avons besoin, parce que la confiance que nous leur accordons « ouvre » suffisamment notre esprit pour que le sens des mots y pénètre dans leur « simplicité ».

 Comme les conseils dont nous avons besoin diffèrent d’un instant à l’autre – au temps mesuré à l’aune de l’infinité – l’Entité qui nous aidera sera différente, bien qu’ayant la même formation, la même expérience que les autres. Elle aura donc tendance à se présenter à nous sous une forme familière, une forme que nous connaissons et qui nous rassurera.

 A cet égard, il était un ami, notre ami, que nous nommerons Jean, qui citant lui-même un autre ami, tous deux dégagés à présent des obligations de ce bas monde, qui souvent disait :

 « Cette affaire d’Égrégore, c’est un peu comme l’affaire de la bouteille, de l’étiquette et du contenu. Il est possible de changer soit la bouteille, soit l’étiquette, soit les deux à la fois, mais le contenu, même s’il change de forme, de couleur apparente ou d’appellation, demeure pourtant, toujours le même.« 

 L’idée est on ne peut plus juste, et on y reconnaît là, la façon de parler des hermétistes, prenant une caractéristique bien connue d’une matière quelconque, et lui empruntant son nom pour en désigner une autre ayant en commun cette caractéristique.

 Alors, quand cette idée d’égrégore est bien comprise, du moins jusqu’ici, car nous n’en avons fait qu’aborder le début du commencement des prémices de la définition complète, il nous faut faire acte de modestie et de prudence quand il nous parvient, par les voies médiumniques,  un message signé d’un nom prestigieux, qu’il soit d’une personne illustre, ou celui d’une grande Sainte Femme, ou d’un grand Saint Homme.

 Il convient toujours, et avant tout, de se rappeler que ce message a peut-être été transmis un jour, par une Entité bien plus avancée que nous, qui a jugé utile de le transmettre à une autre un peu moins avancée qu’elle, et ainsi de suite… avec le risque d’une distorsion du message originel,  dû à la compréhension partielle de chacune des Entités qui l’ont transmise. Une distorsion qui se fait un peu à la manière de du message transmis par « l’homme qui a vu l’homme, qui a vu l’homme … qui a vu l’Ours !!! ».

 Surtout, il convient de se poser, non sans humilité, la question suivante : << Est-ce que mon « évolution spirituelle » est telle que je puisse entrer directement en contact avec cette Entité si resplendissante, et que je puisse comprendre entièrement tout ce qu’elle a exprimé en si peu de mots ?>>.

 Car de ce point de vue, il convient aussi de se poser la question de savoir si nos actes, notre comportement, notre probité morale, nos connaissances… dans cette vie, en un mot, si notre « évolution spirituelle » est suffisante pour qu’un tel contact direct soit possible, avec cette Entité dont le nom symbolise une grande évolution spirituelle. Et surtout, si nous avons su traduire sans trahir, sa pensée profonde.

  » Traduttore, traditore »

(« Traduire, c’est trahir », ou littéralement, « traducteur, traître ») dit une expression italienne, non sans vérité…

 Tout est vibration dans notre monde et certainement dans les autres mondes de notre Univers. La science « moderne » (enfin pour l’instant !!!) avec ses théories quantiques, est de ce point de vue parfaitement en accord avec l’enseignement des Esprits.

 Mais ces vibrations sont soumises à des lois physiques, du moins dans la sphère limitée de notre compréhension actuelle et du monde dans lequel nous vivons. Et nous savons que deux vibrations peuvent être harmoniques et donner de bons résultats sans aucune détérioration des ensembles qui les émettent, mais qu’elles peuvent aussi conduire à des phénomènes de résonance si une des vibrations impose sa fréquence de vibration à l’autre (cas des « vibrations forcées »). Et dans ce cas un des ensembles peut se détériorer ou se briser, du fait de l’accroissement de l’amplitude des vibrations qu’il subit, et qui ne lui sont pas « naturelles » (comme ce peut être le cas des ruptures de pont sous les pas cadencés d’un régiment ou sous l’effet de rafales de vent régulières).

 Sans parler de la « puissance » de ces vibrations, ou si l’on préfère, de leur zone d’action.

 Là encore prenons un exemple simpliste. Si un moteur électrique fonctionne sous 12 volts, il est plus que dangereux de brancher ses bornes sur une source de puissance électrique en 220 volts et à fortiori sur une source de puissance électrique en 10 000 volts. C’est l’explosion assurée. Il faut interposer un transformateur électrique, ou même plusieurs en série pour abaisser la différence de potentiel (la tension) à une valeur qu’il puisse supporter. Tout le monde à appris cela, soit à l’école, soit par expérience….

 Dans notre Égrégore, il en va de même.

 La fréquence, l’amplitude et la puissance des vibrations des Entités qui sont loin devant nous doivent être progressivement transformées et abaissées pour permettre aux médiums qui les reçoivent, ou aux différentes Entités de l’Égrégore, de les supporter sans risque et sans dommage. C’est le rôle de la médiumnité intuitive qui permet aux Entités de communiquer la connaissance d’esprit à esprit, avec celles ayant des zones de vibrations compatibles, tout à la fois, avec l’Entité supérieure et l’Entité inférieure. Ces zones de compatibilités de vibrations pourraient être symbolisées par les zones sécantes de plusieurs cercles (ou autres formes de périmètres fermés) qui se recouperaient deux à deux, ou groupes par groupes. Les schémas ci-dessus nous semblent assez parlants pour nous dispenser de tous commentaires, bien que ce ne soit que deux exemples parmi tant d’autres….

C’est un des rôles du périsprit qui sert de lien entre l’esprit et le corps, ou du sel des alchimistes à qui ils confèrent la propriété de permettre d’unir dans un même corps, le soufre et le mercure, deux corps de même genre quoique de natures différentes.

Ainsi, l’enseignement se transmet des plus avancées vers les moins avancées. Mais parfois aussi, les moins avancées apportent leur propre message à celles qui sont devant. C’est ce qu’a traduit Khalil Gibran dans le passage suivant :

« Et lorsque l’un d’entre vous tombe, il tombe pour ceux qui sont derrière lui, les prévenant de la pierre d’achoppement.

Oui, et il tombe pour ceux qui sont devant lui, qui bien qu’ayant le pied plus rapide et plus sûr, n’ont pourtant pas écarté la pierre.« 

(Khalil Gibran : Le Prophète p. 40 et 41 (édition Casterman 1956)

Car, il ne faut jamais oublier que le chemin de l’évolution est une longue, longue, très longue route. Et parfois, la fatigue peut nous gagner, ou nous préférons faire une pause, ou nous butons sans cesse sur le même obstacle sans pouvoir le franchir, retardant ou stoppant momentanément ainsi notre avancement…. Durant ces arrêts, volontaires ou pas, d’autres Entités de notre Égrégore peuvent nous « rattraper », et même nous dépasser. De la même façon, ou nous pouvons en « rattraper » d’autres qui se trouvent à l’arrêt….

Et surtout, surtout…. Qui peut vraiment juger de « son avancement spirituel » ? Ou de celui d’un autre. Nous pouvons être très avancés dans un domaine et très en retard dans un autre, et là, de ce fait, seul Dieu, peut juger de notre vraie place !!

Pour en revenir aux messages que nous pouvons recevoir, les uns ou les autres, il faut bien concevoir que l’Entité qui nous l’a transmis, qu’elle fut ou ne fut pas très « avancée spirituellement » dans sa vie terrestre, qu’elle fut un personnage historique ou symbolique, ne change rien au fonds du problème, car ce message vient peut-être de bien plus haut, ou de bien plus bas. C’est aussi cela qu’à sûrement voulu dire Allan Kardec quand il écrit dans ce même livre des Esprits :

« La forme peut varier, seul l’esprit est important« .

Voilà ce qu’il nous semblait utile de dire dans un premier temps, sur ce passage du  « Livre des esprits ». Toutefois, nous sommes bien loin de penser avoir été exhaustif….

Ni sur ce passage, et encore moins sur ce livre !

Nous avons souhaité simplement, apporter une très modeste contribution à la compréhension d’un tout petit passage, et inciter ceux ou celles qui auront eu la bonté de nous lire jusqu’au bout, à lire et surtout à « relire », dans la paix de leur âme, ces textes d’inspiration supérieure, qui ne peuvent se dévoiler et se comprendre que peu à peu, car notre esprit est encore très souvent, bien trop empêtré dans une matière brute et imparfaite.

Il nous faut sans cesse « laver » cette matière, par la méditation et l’humilité, pour que notre esprit s’en dégage peu à peu.

Ces ‘Laveures » comme disait Nicolas Flamel, qui préconisait de les faire par le « Feu », et qui rappelle curieusement ce que disait Léon Denis sur le rôle de la « douleur » (ce « feu » de la chair ou ce « feu » de l’âme souffrante), au chapitre XXVI de son livre : Le problème de l’être et de la destinée.

Ce qui rappelle aussi, ce qu’écrit Luc dans son Évangile, faisant dire à Jésus :

« Je suis venu jeter un feu dans la terre, et que désirai-je sinon qu’il s’allume« 

                                                                                                                          Luc (XII, 49) Traduction Lemaistre de Sacy édition 1843)

Ou la Passion du Christ sur la Croix, ce « feu de douleur » qui transmuta le corps terrestre du Christ en « corps » de Lumière.

Ce qui permit à Eugène Canseliet de dire, bien plus tard, en parlant de la préparation de la matière en vue de la captation de l’esprit (sous entendu ici « esprit universel »):

« La matière n’est jamais pure que relativement« 

C’est ce « relativement », que l’on a toujours tendance à assimiler à la perfection, quand on se regarde.

Lisons et relisons donc les enseignements retranscrits par Allan Kardec et par les autres maîtres, et petit à petit, la lumière sortira  des ténèbres de notre esprit pour nous éclairer. Petit et tremblotant lumignon au début, mais promis à croître. Et il croîtra d’autant plus que nous « croiront ». Et s’il devient un tant soit peu visible, n’oublions pas cette parole du Christ rapportée par Matthieu (V, 15,) :

« Aussi  n’allume-t-on pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais sur un pied de lampe; et elle luit pour tous ceux qui sont dans la maison. »

Traduction J. N. Darby, édition 1986

Car il y a peut-être une ou des Entités de notre Égrégore, dans « notre maison » qui  ont besoin que nous les guidions à notre tour, sur un petit bout de leur chemin….

N’oublions pas non plus, qu’il y a « plusieurs demeures dans la Maison du (de mon) Père » (Jean XIV, 2), mais c’est là une autre histoire….

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