Le Sel de la Terre (I)

  • Posted on décembre 7, 2012 at 13 h 38 min

(Première partie)

La Parabole des porteurs de Lumière

 

Simon Selliest le 1° décembre 2012

Revu et complété le 6 avril 2013

Revu et complété le 30 juillet 2013

 

Parmi les expressions et adages qui comportent l’expression : « le sel de la terre », certainement la plus connue est une parabole de Jésus Christ, que Matthieu nous rapporta dans son Évangile, et contenue dans le sermon sur la montagne :
 « Vous êtes le Sel de la Terre. Si le sel perd de sa force, avec quoi le salera-t-on. Il n’est plus bon à rien qu’à être jeté dehors, et à être foulé aux pieds« .

                                                                                                                                                                                                                                                                                                          Lemaistre de Sacy Édition 1843 Matthieu V 13.

 Disons tout de suite que si, nous nous sommes permis de mettre une majuscule aux deux mots : « sel » et « terre », alors que ceux-ci, bien entendu, n’en comportent pas dans le texte original, ce n’était pas sans une arrière pensée. Arrière pensée que nous développerons un peu plus loin.
 Mais revenons d’abord un instant sur ce sermon sur la montagne.
 Les circonstances en sont bien décrites dans l’Évangile de Matthieu, puisque celui-ci nous dit :
Jésus voyant tout ce peuple, « qui l’avait suivi de Galilée, de la Décapole, de Jérusalem, de la Judée et d’au-delà du Jourdain » (verset IV. 25), monta sur une montagne, où s’étant assis, ses disciples s’approchèrent de lui (V. 1)
 Et ouvrant sa bouche, il les enseignait …. (V. 2) …..
 Le verset V. 13 s’adressait donc à ses disciples, ceux qui devinrent les Apôtres et pour certains d’entre eux, les Évangélistes.
 La compréhension ordinaire est évidente, et pour ne pas mal refaire ici, ce qui a été bien fait ailleurs, nous laisserons au lecteur le soin d’aller sur Internet pour rechercher tous les sens communs de cette expression : « le sel de la terre », et notamment le sens « de personne charitable et altruiste ».
 Mais cette parabole, comme bien des paraboles et versets du Nouveau Testament, comporte plusieurs niveaux de compréhension. Et celle qui nous préoccupe ici ne peut prendre toute son importance, que si on la considère, non pas dans une interprétation au sens commun, mais dans celle du sens Hermétique.
 Plaçons-nous donc dans l’interprétation mythiste (1) de ce paradigme, comme nous l’autorise l’étude étonnante de Patrick Dupuis (l’Énigme de Jésus Christ (2)).
 De ce fait, il nous semble qu’il serait bon que quelques points de repères soient placés sur notre route d’initié(3) studieux, afin que nous n’errions pas indéfiniment dans la recherche de l’arcane.  
 Commençons donc par poser le premier jalon de cette longue route.
 On nous apprend, dès les premiers cours de chimie que le sel commun, celui de nos salières, est en fait un corps chimique appelé « chlorure de sodium » (NaCl), et depuis que la publicité a envahi nos écrans de télévision, il n’est de secret pour personne que ce sel provient majoritairement, pour la France du moins, de l’exploitation des marais salants, comme ceux de Guérande ou ceux des salins de Giraud. On nous apprend aussi que pour obtenir ce sel blanc et cristallin que nous connaissons bien, il faut le purifier plusieurs fois après sa collecte. Et plus il est purifié, plus il devient blanc.
 A noter que plus il est gris (donc moins purifié), plus il est cher… Notre mode de vie actuel n’en est plus à un paradoxe près !!!
 Ce sel (NaCl) qui se présente donc sous forme de fins cristaux blancs pouvait être confondu ou mélangé, dans les temps anciens (car la fraude n’est pas, hélas, une invention moderne…) avec bien d’autres corps de même aspect, mais qui n’avaient pas les vertus gustatives du chlorure de sodium. Si bien que si ce mélange de sel impur était soumis à l’humidité, le chlorure de sodium se dissolvait par déliquescence, et il ne restait alors que les autres corps salins sans goût particulier.
 Ainsi, le « sel » restant devenait insipide et fade.
 Ce qui précède, permettrait donc une première interprétation de la parabole de jésus Christ, en concordance avec la réalité de tous les jours.
 Mais si le sel devient insipide, perd-t-il pour autant toute sa valeur « mythiste » ?
 Interrogeons-nous donc sur ces autres corps formés de cristaux blancs. Peut être y trouverons nous matière à méditations….
 Nicolas Lémery (1645 – 1715), qui fut l’élève du fantasque Christophe Glaser dans son très précieux « Cours de chymie » enseignait qu’il existait un « sel nitre » ressemblant au chlorure de sodium (sel marin), et aux vertus insondables…  Voici ce qu’il en dit entre autre :

 

Nicolas Lémery Cours de chymie édition 1734

 Pour qui sait lire correctement ce texte de « chymie » ancienne, ce « Sel de Terre » commence à se dévoiler…. Mais quel est donc ce sel nitre aérien empreint des esprits de l’air dont parle Nicolas Lémery ?
 Une réponse pourrait nous être donnée par le Premier Médecin du roi Victor Amédée II de Sardaigne Denis Copponay de Grimaldi (1623 – 1717), dans ces Œuvres posthumes(4), dont nous préférons donner la version en français du XVIII° siècle, afin de lui conserver toute son authenticité.


 La définition du salpêtre se trouvant dans tous les livres de chimie et dans un nombre incalculable d’articles sur Internet, le lecteur n’aura que l’embarras du choix pour en comprendre la définition et l’origine….
Alors pourquoi Jésus Christ a-t-il dit à ces disciples qu’ils étaient le « sel de la terre », puisqu’il n’y avait manifestement rien de glorieux à être comparé à ce salpêtre, ce sel de pierre, ou encore ce sel de la terre puisque issant par efflorescence des sols autour des étables, des vieux murs humides, des grottes, etc ….
Alors, la réponse ne pourrait-elle pas être, dans le verset suivant, puisque Jésus Christ ajoute :
« Vous êtes la lumière du monde :  une ville située sur une montagne ne peut être cachée :
« et on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau; mais on la mets sur un chandelier, afin qu’elle éclaire tous Ceux qui sont dans la Maison. »

Lemaistre de Sacy Édition 1843 Matthieu V 13.

« Sel de la terre » et « Lumière du Monde », voilà bien deux qualificatifs totalement opposés, sauf si…. Sauf s’il devait exister un « Sel » de même apparence que le sel nitre, ce sel de pierre, mais aux vertus totalement différentes et bien plus spirituelles !
Essayons donc d’élargir le champ de nos investigations(5), et commençons par réécrire ces versets à la manière des Philosophes Hermétiques.
« Vous êtes le Sel de la Terre. Si le Sel perd de sa Force, avec quoi le salera-t-on, il n’est plus bon à rien qu’à être jeté dehors, et à être foulé aux pieds« .
« Vous êtes la Lumière du Monde :  une ville située sur une montagne ne peut être cachée :
« et on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau; mais on la mets sur un chandelier, afin qu’elle éclaire tous Ceux qui sont dans la Maison.
« Ainsi que votre Lumière luise devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes Œuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les Cieux.« 

Lemaistre de Sacy Édition 1843 Matthieu V 13 et 14.

Il est d’usage de considérer en Science Hermétique que les mots commençant par une majuscule soient porteur d’une interprétation autre que celles qui leurs sont couramment attribuées. A titre d’exemple nous en donnerons une, tout en laissant le plaisir de la découverte des autres aux chercheurs véritables :

« Force » écrit avec une majuscule, n’est pas une force « musculaire » ou mécanique,  mais peut faire penser à une concentration supérieure à la normale d’un principe actif, comme c’est souvent dit pour les alcools. Ainsi, une liqueur  « forte » est une liqueur dont la teneur en alcool pur est élevée.

Ce principe étant compris, l’interprétation de ces versets pourrait en devenir plus facile…

D’ailleurs, cette « Lumière du Monde » fait irrésistiblement penser à la gravure placée en fin du livre de Raymond Lulle (1232 – 1315): La Clavicule (ou petite « clé »…), et tellement parlante du fait de la transmission par cette femme (Marie, en n’en pas douter…)  du rayon céleste vers un bébé à la tête auréolée (qui ne peut être que Jésus enfant…..) et qui lui tend les bras, alors qu’un angelot allume une flamme (une autre « lumière »…), avec une « loupe grossissante ».

 

Lulle R. : Clavicula seu Apertorium

Édition chez Iean Remy, 1647

In Theatrum Chemicum (1602) et In Bibliotheca Chemica Magneti (1702)

 Il devient donc alors évident, que le « Sel »  dont parle Jésus Christ, ne peut être le « sal petræ » des efflorescences murales, mais bel et bien un Sel aux propriétés très particulières. Mais alors, se demandera-t-on aussitôt : lesquelles ???
 A cette question, Monsieur de Grimaldi y réponds sans hésitation dans son ouvrage déjà cité.

Denis Copponay de Grimaldi : Œuvres posthumes édition 1745, page 49 à 52.

 Il est bien certain que, pour le lecteur qui a eu le courage de lire les textes ci-dessus, et de les interpréter au plus près de l’idée de ceux qui les ont écrit, que les Paroles de Jésus Christ prennent un tout autre sens à présent !
 Comparer les apôtres à un Sel capable d’attirer un Sel de l’air qui les rend féconds et vivifiants et d’attirer ainsi sur eux une « Substance de Vie », un « Esprit de Vie »…. ne peut-être qu’une louange de grande portée(6)….
 Arrivés à cette croisée des chemins, nous devons laisser le lecteur poursuivre tout seul son chemin, car le notre ne peut guère se poursuivre plus avant en sa compagnie. Chacun, sur ce chemin de la connaissance, doit avancer tel l’Ermite de la lame IX, et chercher son chemin tout seul. D’autant, qu’en toute humilité, nous ne sommes même pas sûr d’avoir les qualités nécessaires pour lui servir efficacement de guide, et qu’il nous en coûterait beaucoup de l’égarer par des conseils inappropriés, même en toute bonne foi.
 Mais si nous avons réussi à mieux lui faire comprendre ces versets, ou tout simplement à les lui faire comprendre différemment, nous ne pourrions qu’en être déjà très heureux, et dans notre joie d’avoir apporté notre très modeste participation à cette tradition de « Passer le Message », nous n’hésiterons pas à dire encore, en toute charité chrétienne, qu’il pourrait ne pas paraître tout à fait inutile, de commencer en parallèle, une étude des barrières de Van Allen et sur la constellation la plus brillante du Signe du Cancer. Bien au contraire !
 Une telle étude pourrait en effet et très certainement aussi, éclairer d’une lumière nouvelle la planche IV en couleur du Mutus Liber (manuscrit de la fin du XVIII° siècle, en français, détenu par la Library of Congress de Washington), que nous reproduisons ci-dessous. Cette planche dont Eugène Canseliet dans son très charitable commentaire, nous dit sans détour :
 « La quatrième planche dévoile, positivement, l’un des plus grands arcanes de l’œuvre physique. »

Eugène Canseliet : Commentaires sur le Mutus liber « édition Jean-Jacques Pauvert 1967 d’après les gravures du Mutus Liber Édition 1677.   

 En parlant d’arcane, ne se pourrait-il pas non plus, que Ceux qui ont écrit les évangiles, aient aussi voulu indiquer qu’il existe certains êtres porteurs de cette « Lumière » ? Mais encore faudrait-il avoir des yeux pour la voir !
 Nous n’avons pas hélas, l’insigne honneur d’avoir été prédestiné à porter cette « Lumière », mais nous espérons, très humblement, que la très modeste lampe que nous avons essayé d’allumer ici, ne paraisse pas avoir été mise sous le boisseau, et qu’elle éclairera de son mieux, Celles et Ceux qui sont déjà dans la Maison, ou qui souhaitent y entrer. Car, s’il y a une chose dont on ne peut douter, cette Maison ne peut qu’être la Maison du Père. Une Maison qui est faite de plusieurs demeures…
 « Dans la maison de mon Père, il y a plusieurs demeures… »

Bible Darby  édition 1859 Évangile selon Jean 14. 2

Que la Lumière soit sur eux.

 Notes

(1) en référence aux « mythes » anciens qui ne révélaient qu’au plus avancés des initiés.

(2) Cf. : Patrick Dupuis : l’Énigme de Jésus Christ  (http://archeboc.free.fr/mytheJesus/lienMytDupuis.html)

(3) « Initié » vient du latin « initiare » : commencer, débuter, etc. et indique un étudiant débutant dans l’étude des Sciences Hermétiques (Fulcanelli Les demeures Philosophales Tome I Édition JJ Pauvert 1965).

(4) Il était assez courant, en ces temps anciens, que les personnes qui s’occupaient de spagyrie, et à fortiori de Sciences Hermétiques, ne fassent publier le résultat de leurs recherches qu’après leur décès. Cela les mettaient à l’abri de la vindicte ecclésiastique de l’époque.

 (5) Nous ne saurions trop conseiller au « lecteur curieux » de lire et/ou de re-lire les très charitables écrits d’Eugène Canseliet dans son « Alchimie expliquée sur ses textes classiques, les pages 159 à 180 (Édition JJ Pauvert 1972). A noter aussi, et cela n’est pas sans importance, que l’auteur nous renvoie au livre : Traité du Feu et du Sel de Blaise de la Vigenère (chez Abel l’Angelier 1608), que rééditèrent en fac similé et en 1976 les éditions Jobert.

(6) Comme l’indique fort à propos Eugène Canseliet (op. cit. ci-dessus), reprenant dans sa planche XIII le cartouche de titre de l’ouvrage de Blaise de la Vigenère, il faut être un de ces « parvuli » pour se saisir, des mains même de Dieu Tout Puissant, cet inestimable Sel. A cet effet, il ne sera peut-être pas sans intérêt de se référer à un ouvrage récent : Filostène « Fulcanelli exhumé » (Éditions de la Pierre Philosophale p. 192 à 195), pour y trouver d’autres axes de recherches.

 

 

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