Devons-nous prier pour les morts

  • Posted on février 22, 2012 at 17 h 31 min

Étude sur un texte de Sédir

 

 Simon Selliest mardi 21 février 2012

 

Nous relisions il y a quelque temps, un ouvrage de Sédir (Jean-Yves Le Loup 1871 – 1926), édité par les « Amitiés Spirituelles » (6 rue de Savoie Paris 6°), non daté, et imprimé par Audin à Lyon, dont le titre général était : « La prière », et notamment le paragraphe IX et dernier du livre.

Le titre de ce paragraphe était : « Devons-nous prier pour les morts ».

Afin qu’il n’y ait pas d’ambigüité sur nos propos, nous nous empressons de dire, avant toute chose, que nous apprécions infiniment cet auteur aujourd’hui disparu, et sans avoir lu toute son œuvre, nous pouvons nous féliciter, pour ce qu’elle nous a apporté en son temps, d’en avoir lu une bonne partie.

Toutefois, cet article nous a posé un problème de conscience, à nous qui pensons être un spirite convaincu. Même si nous reconnaissons bien volontiers, toutefois, que la doctrine spirite écrite de 1859 à 1869 par Allan Kardec dans ses différents ouvrages(1), mériterait de nos jours, d’être quelque peu « dépoussiérée » des pesanteurs imposées par le souhait, bien compréhensible, de ne pas trop heurter l’Église catholique de l’époque, alors toute puissante.

Empressons-nous aussi de dire, que nous ne pensons pas que tout ce qui est écrit dans ce texte de Sédir soit faux ou calomnieux, ce qui ne ressemblerait pas à l’éthique irréprochable de Sédir, mais il nous semble quand même que certaines phrases mériteraient d’être nuancées ou que sa vision de certains faits – hélas réels de l’époque du début du spiritisme -, soit élargie.

C’est ce que nous allons essayer de faire ici.

Pour la commodité de la compréhension de ce texte ainsi composite, nous avons opté pour une écriture intercalée entre les deux points de vue.

Voici donc, le texte de Sédir et nos réflexions, intercalées sous forme de « Notes de lectures personnelles ». Bien entendu, nous n’avons apporté aucune remarque sur les passages pour lesquels nous ne pouvons qu’être en accord avec Sédir.

Devons-nous prier pour les morts

 Que faudrait-il pour connaitre la Mort ?

 Son royaume est séparé de cette terre par un abime ; et rien de ce que notre planète nous a fourni ne peut franchir ce précipice.

 Quant à elle-même, nous ne pouvons y voir qu’un assemblage de contradictions. Une mort, par exemple, est en même temps une naissance; c’est une de nos plus grandes douleurs, et c’est une grâce inestimable; c’est la plus radicale des séparations, et cependant nos ancêtres restent là avec nous ; c’est un très grand voyage, et il n’y a qu’un pas à faire pour l’accomplir; elle est un repos, malgré qu’on travaille encore de l’autre côté; les défunts vont ailleurs et ils sont tout de même parfois très longtemps attachés au cadavre; tout le monde doit subir la mort, et il y a des êtres qui ne la connaissent point encore; enfin elle est la forme la plus implacable de la fatalité, quoiqu’il soit possible de la vaincre.

  Si nous sommes, en fait, des spiritualistes, si nous conformons nos actes nos croyances, la Reine des épouvantements se trouve perdre à nos yeux son prestige d’effroi et son halo de mystère. Elle devient la délivrance, le pas en avant, l’entrée dans un monde nouveau. Nous regardons venir alors la Faucheuse en toute sérénité ; nous accueillons avec un sourire sa visite inévitable; car c’est de Dieu qu’elle tient son pouvoir, et sa force est une des formes de la force du Verbe. La peur que les hommes ressentent à son approche, si aucune ivresse ne les enlève à eux-mêmes, est toute physique et prend son origine dans l’inertie de la matière. Les vieillards en souffrent plus que les jeunes gens, parce que les esprits corporels, habitués à ce monde, à cette lumière, à cette atmosphère, aux objets familiers, craignent de perdre tous ces voisinages habituels, appréhendent l’inconnu qu’ils pressentent, et se cramponnent désespérément à cette coque obscure qui est leur maison. Mais le moi conserve en général plus de calme, et les contractions dernières, qui frappent douloureusement les spectateurs de l’agonie, ne sont, en majeure partie, que des automatismes tout à fait physiques.

 Les phénomènes de la mort sont pour ainsi dire inconnus. La description exacte et complète de la mort n’est écrite nulle part ; le lieu où s’effectue le départ des âmes est caché ; l’air du pays des morts est malsain aux vivants.

 La mort n’est qu’une reprise par l’âme de la terre de ce qu’elle nous avait prêté à la naissance. Si l’on restitue de bon cœur, on ne souffre pas. Si l’on refuse, i1 y a des déchirements inévitables, des blessures et des regrets jusqu’à ce que le défunt comprenne la sagesse d’une résignation confiante. Les gens de bien souffrent fort peu; ceux qui, au contraire, se sont fait des idoles d’eux-mêmes et de leurs qualités, expérimentent le vide de leurs gloires. Le corps, le double, les sentiments, les fonctions mentales, la mémoire, l’habileté professionnelle, les goûts particuliers, tout cela est repris par les dieux terrestres, pour une purification, une réfection et une mise en réserve, dans un lieu spécial, en vue de servir plus tard, soit à celui qui en avait déjà reçu le dépôt, soit à quelqu’un de la même famille spirituelle.

 La seule vraie mort est la perte de la Lumière ; toutes les autres morts ne sont que des transformations. De même que notre intellect ne sait pas évoluer s’il ne passe d’une opinion à l’autre, de même notre moi ne peut gagner son lieu propre s’il n’expérimente des multitudes d’organismes transitoires.

 Quelle doit être notre conduite avec les morts ?

 D’une façon générale, nous n’avons pas à nous occuper d’eux; nous n’avons pas de devoirs envers eux.

 Notes de lectures personnelles :

Nous pensons que cette phrase est maladroite, car elle prêterait à penser que nous devons chasser de notre mémoire le souvenir de tous nos parents, de tous nos amis défunts, ainsi que celui de toutes celles et de tous ceux que nous avons aimés et que nous aimons encore, malgré leur disparition. Elle est d’autant moins compréhensible que la phrase suivante vient immédiatement la contredire.

 Texte de « Devons nous prier pour nos morts »

Il ne nous est pas défendu de penser à eux, de continuer à les chérir, de les regretter. Mais il ne faut pas les faire revenir, ni par la magie, ni par les moyens plus simples du spiritisme.

 Notes de lectures personnelles :

Fondamentalement, nous ne pouvons qu’approuver le fait de ne jamais essayer de retenir l’âme des défunts et encore moins de tenter de la faire revenir parmi nous. D’ailleurs le spiritisme est parfaitement clair là-dessus. Il nous suffit de relire les prières « pour quelqu’un qui vient de mourir » ou « la prière pour les personnes que l’on a affectionné », pour voir tout de suite que le vrai spiritisme n’appelle pas l’âme des morts à revenir nous voir, mais bien au contraire, ces prières sont tournées vers le désir de les voir se dégager de la matérialité de leur vie passée, de ce tourner vers la Lumière des Bons Esprits qui viennent les accueillir et qui ne cherchent qu’à les aider dans leur nouvelle phase d’évolution.

 De même ces prières sont toutes autant de demandes à ces Bons esprits de venir en aide à ces âmes errantes en souffrance.

  Texte de « Devons nous prier pour nos morts »

Ce n’est pas que tout soit faux dans le spiritisme. Son fondement philosophique, la réincarnation, conçue comme conséquence de la justice divine, est exact. Mais tenter des incursions au pays des morts est téméraire ; nous ne connaissons rien de ce royaume, de ses frontières, de la route qui y mène, non plus que des ses habitants. On s’expose à des dangers imprévus, à des rencontres hasardeuses, à des erreurs et à des tromperies.

 La pratique du spiritisme est une atteinte à l’ordre établi, quelque bonne que soit l’intention du pratiquant. Toutes les fois que l’on veut mettre le pied dans un appartement où nous ne sommes pas destinés à entrer, il faut payer le gardien. C’est pour cela que le spiritisme et l’usage des arts occultes apportent en général la déveine matérielle.

 Notes de lectures personnelles :

Cela rappelle la doctrine indoue des Gardiens du Seuil, qui dans sa forme populaire est quelque peu idiote, mais qui dans sa forme plus évoluée est tout à fait réelle et subtile.

 « Nul ne peut accéder à un niveau de conscience supérieur au sien, sans y être autorisé. »

 Sous entendu que cette « autorisation » ne peut lui être accordée que s’il a longuement étudié et longuement travaillé sur son caractère, sur son tempérament, sur son comportement envers les autres(2), sur les choses de la Vie et de la Mort, sur ses connaissances humaines et spirituelles, pour être en mesure de le faire.

 Cependant, il faut bien reconnaître que les premières manifestations des esprits auprès des sœurs Fox nommées : Leah (1814-1890), Margaret (1836-1893) et Kate (1838-1892), vivant près de la ville de Rochester dans l’État de New York, furent lamentablement décrites et commentées par toutes les parties prenantes de celles-ci.

 Et le pire ce ne sont même pas les pitoyables atermoiements de ces sœurs, certainement âmes mal trempées, plus à plaindre qu’à blâmer, mais bien la façon dont les « beaux esprits » d’une certaine bourgeoisie, en France comme en Europe, utilisèrent les phénomènes spirites pour égayer leurs soirées agrémentées de copieux repas et souvent fortement alcoolisées…..

 Ces « séances de spiritismes » furent sûrement de « grosses parties de rigolades », mais combien de personnes qui y assistèrent y ont perdu leur âme, et combien durent en payer le prix plus tard ? Combien d’entre elles furent obsédées, trompées, spoliées, des années durant ?

 C’est à ceux là que devait pensait Sédir en écrivant les lignes ci-dessus, et certainement pas aux spirites dignes de ce nom, respectueux des âmes des disparu(e)s, qui savent les écouter quand elles se présentent à eux, qui savent prier pour celles qui demandent de l’aide, et qui savent honorer la mémoire de leurs parents et leurs ami(e)s par de douces, respectueuses et tendres pensées d’amour.

 Texte de « Devons nous prier pour nos morts »

Le spiritisme, pour celui qui a confiance en Dieu, est au moins inutile. D’ailleurs, les esprits ne savent rien de plus que nous des secrets de l’univers; et ils peuvent très bien se faire entendre de nous spontanément en cas d’urgence.

 Notes de lectures personnelles :

Il est parfaitement vrai que la plupart des esprits n’en savent pas plus que les vivants, pour la simple bonne raison, que ces âmes ne sont que celles des personnes ayant vécues sur terre. Si elles étaient ignorantes des choses de la Vie et de la Mort de leur vivant, elles ne peuvent qu’être ignorantes des mêmes choses du fait de leur état d’esprit errants.

 Mais là n’est pas toute la réalité des phénomènes spirites.

 Les esprits sont comme les vivants (qu’ils furent en leur temps…). Ils se cooptent par affinités, par vocations, par courant de pensées, par mille traits de leur évolution spirituelle. De fait,  si nous vivants, nous nous efforçons de mener une vie de femmes et d’hommes de bien, de femmes et d’hommes conscients de nos devoirs, de nos responsabilités, de nos engagements envers les autres et notamment de ceux qui partagent notre vies –êtres humains et animaux -, si nous fuyons le mal et toutes formes de violences, de médisances, de cruautés, etc…, et si nous nous efforçons simplement d’apporter une aide à celles et ceux qui nous en font la demande, alors nous serons admis dans des Égrégores(3) d’esprits évolués qui ne demanderont pas mieux que de nous aider, de nous protéger et de nous instruire !

 Car dans ces Égrégores là, il existe des chaines de communications permanentes entre les âmes des différents niveaux d’évolution spirituelles(4) qui, de proche en proche nous initient aux mystères des choses de la Vie et de la Mort et aux Arcanes de la Connaissance (avec un grand « C »), même s’il nous faudra encore d’innombrables vies d’apprentissage laborieux et besogneux des « connaissances » (avec un petit « c »), pour tenter d’aborder les premiers débuts du commencement des prémices de la « Connaissance »….

 D’ailleurs s’il n’en n’était pas ainsi, à quoi nous servirait notre médiumnité(5)  ???

 Texte de « Devons nous prier pour nos morts »

De même il est inutile de prier pour les morts. Par la prière notre esprit va chercher celui pour lequel il prie et l’amène devant le Seigneur. Or, nos esprits ne sont pas assez purs pour aller dans le pays des morts.

 Au reste, les morts n’ont pas besoin de nous. Personne ne quitte cette terre avant son heure ; personne ne réside en un point quelconque sans avoir à y travailler. Si nos parents, si nos amis s’en vont, c’est qu’ils ont à faire ailleurs. Le Père veille sur tous. Quand un être bien-aimé nous quitte, des sympathies nouvelles l’entourent ; il a des guides, il a des aides; et où que son juste destin le porte, c’est pour son perfectionnement.

 Notes de lectures personnelles :

Nous ne pouvons, en réponse à ce qui précède, que renvoyer le lecteur à ce que nous avons écrit ci-dessus et aux articles référencés donnés en bas de texte.

 Texte de « Devons nous prier pour nos morts »

Luttons contre la révolte et contre le désespoir. Nos gémissements ne peuvent que retenir nos morts à la terre, d’une façon anormale. Laissons-les partir; ils reviendront. Ils reviennent même souvent d’une façon très matérielle ; car si l’aïeule sourit avec une tendresse si profonde à son arrière-petit-fils, c’est que leurs esprits se rencontrent et se ressouviennent des années disparues, où peut-être ils peinèrent ensemble et furent ensemble heureux. Mais respectons le voile que la Bonté divine a heureusement jeté sur le mystère des existences.

 Notes de lectures personnelles en forme de conclusions :

Sédir à été et reste un grand écrivain spiritualiste, et nous prenons toujours autant de plaisir à le lire et à apprendre de lui. Mais nous ne pouvons pas, malheureusement, faire autrement que de souhaiter qu’il eut de son vivant, une autre vision du spiritisme, et qu’ainsi il eut pu mettre l’infinie générosité de cœur et l’immense talent qui furent les siens au service du spiritisme.

 Puisse son âme avoir reconnu ces insignes erreurs et puisse son esprit, ou celui de son Égrégore inspirer quelques un(e)s d’entre nous, pour pallier à ces quelques bien modestes divergences d’idées.

 Nous lui adressons, comme nous nous l’adressons à nous même, en guise de notre reconnaissance, et surtout si, par maladresse bien involontaire, nous eussions froissé la bonté de son âme, la prière de Saint François d’Assise(2) et notamment le passage suivant :

 » Là où est l’offense, que je mette le pardon.
Là où est la discorde, que je mette l’union.
Là où est l’erreur, que je mette la vérité. »

Notes

(1)   Parmi les ouvrages d’Allan Kardec, citons quelques uns de ses ouvrages de façon non exhaustive :

  • Le livre des esprits (1857 et éditions suivantes),
  • Le livre des médiums (1861 et éditions suivantes),
  • Les évangiles selon le spiritisme (1864 et éditions suivantes),
  • La genèse selon le spiritisme (1868 et éditions suivantes),
  • Le ciel et l’enfer (1865 et éditions suivantes),
  • Qu’est ce que le spiritisme (1859 et éditions suivantes),
  • Recueil de prières spirites (dans le « livre des esprits »)

(2) Lire ou relire la Prière de Saint François d’Assise (Seigneur daigne faire de moi un instrument de ta Paix…) qui est en fait, un véritable programme d’évolution spirituelle…

(3) CF. : http://www.concordances-spirituelles.com/?p=105

(4) Cf. : http://www.concordances-spirituelles.com/?p=548

(5)  Cf. : http://www.concordances-spirituelles.com/?p=8335  (Médiumnité passive et Enseignements interactifs I, II,  III et IV)

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