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Francette (1)

  • Posted on mars 25, 2013 at 15 h 30 min

Simon Selliest le 24 mars 2013

C’est ainsi, sous ce nom, que vous êtes venue à nous cet après-midi là. Vous étiez en larmes dans le bonheur d’avoir enfin retrouvé l’homme que vous aimiez tant, et que vous continuez de chérir après toutes ces d’années passées à sa recherche.

Nous ne vous attendions pas, mais votre venue nous a profondément ému, et depuis nous avons beaucoup médité sur la très émouvante histoire de votre vie, qui nous ramenait à un passé oublié (2).

 Nous ne vous cachons pas que profondément ébranlé, nous n’avons cessé depuis, à repenser à votre histoire, Ô combien admirable et bouleversante. Tant d’abnégation, tant d’amour sincère et désintéressé, tant de constance, et sûrement tant de peines et de chagrins cachés ou tus si longtemps, ne pouvant d’ailleurs laisser quiconque insensible, et à fortiori celui qui en était l’involontaire cause, puisque directement impliqué.

Nous avons ainsi redécouvert une phase d’une des vies passées de l’un d’entre nous, certainement la dernière, et nous nous interrogeons depuis, tout comme lui, sur ses propres sentiments et sur les raisons de sa conduite apparente dans cette phase de vie là.

En ce temps là, nous avez-vous dit, cette tuerie « organisée »  (3) que l’on appelait « la guerre », faisait rage et mutilait ou décimait brutalement et sauvagement des millions de femmes et d’hommes, ainsi frappés dans leur chair et leur âme pour le restant de leur vie, et certainement pour bien d’autres vies à venir. 

A cette époque là, les hommes jeunes ou encore jeunes partaient à la guerre, pour « faire leur devoir », et les femmes pleuraient leur départ.Bien plus tard, en 1956, Louis Aragon écrira dans son « Roman inachevé » :

« Car c’est ainsi que les hommes vivent, et nos baisers au loin les suivent« 

Admirable concision et magnifique polysémie, que seul permet un immense talent, mais Ô combien cruelle réalité pour celles qui en furent les actrices déchirées et à jamais meurtries.

Francette, plus que toute autre, vous avez fait ainsi, refusant la vérité d’une mort anonyme et sans gloire de l’être aimé, dans une tranchée immonde, quelque part dans le monde. De cette disparition, nous n’en savons rien, et nous ne chercherons pas à en savoir plus. Le Destin en avait décidé ainsi, et sûrement non sans de bonnes raisons. Cependant, permettez-nous de penser que cette mort a dûe être l’unique cause qui empêcha un retour auprès de vous de cet homme que vous aimiez tant. N’oublions pas qu’en ce temps là, la population était majoritairement rurale, et les hommes n’avaient qu’une hâte, quand ils étaient libérés de leurs « obligations » militaires, c’était celle de retourner dans leur village, dans leur ferme, de retrouver leur famille, celles et ceux qu’ils aimaient et de reprendre leur métier. Il n’y avait donc pas de raison qu’il n’ait pas agi ainsi, si la possibilité lui en avait été offerte.

Depuis cette époque, pour ces anonymes et oubliées âmes disparues, surprises dans leur jeunesse, ayant quitté, peut-être un peu trop vite, un corps déchiqueté et rendu inidentifiable par la puissance des armes, la tombe du soldat inconnu sert de lieux de recueillement à leur famille. La Nation n’en a pas fait plus.

Le temps a passé, cet homme tant chéri a repris un autre cycle d’évolution, et comme toujours, la matérialité du corps physique lui a fait oublier les souvenirs de ses vies passées. Sauf, à n’en pas douter, cette notion sacrée du respect de la vie, et du respect des sentiments d’autrui.

Nous sommes donc resté confondu devant votre abnégation et la permanence de vos sentiments depuis tout ce temps, et qui sont pour nous une grande leçon d’évolution spirituelle. D’autant qu’il n’a manifestement pas choisi le même chemin que vous, simplement parce que le Destin et son Égrégore (4) ont dû le convaincre d’en décider autrement. Cette vie actuelle se devait donc de ne pas être commune avec vous, et elle ne l’a pas été, mais peut-être serez-vous de nouveau réunis un jour, dans d’autres circonstances et au milieu d’autres événements, et pas forcément dans une éternité,

Il nous faut quand même vous dire toutefois, combien nous souhaitons que vous repreniez à présent, de votre coté, le chemin de votre propre évolution spirituelle (5), que vous ne déposiez pas le fardeau que Dieu avait posé en son temps sur vos épaules, afin de le porter toujours plus loin, toujours plus haut. S’il nous est permis de vous aider, nous le ferons, soyez en sûre, de tout notre cœur et dans la mesure de ce que notre Égrégore (4) nous autorisera à faire, mais nous le ferons avec toutes nos forces. C’est la moindre des choses que nous pussions faire à présent pour vous, avec nos prières.

Car c’est aussi cela l’évolution spirituelle : le détachement et la distanciation.

« Se détacher  » en matière d’évolution spirituelle, ne veut pas dire « oublier » ou « renier », ou « abandonner », ou « ne plus aimer », mais simplement : « aimer différemment », « jouer un autre rôle social » auprès de la personne tant aimée. Cela veut dire aussi « aimer d’autres personnes » en tenant compte de ce qui a été appris auparavant.

De même, « prendre la distance » (la distanciation) ne veut pas dire « s’enfuir au loin », « oublier », « ne plus vouloir se souvenir », mais simplement considérer la situation avec un certain recul, sans passion ni haine, sans s’y investir entièrement….

Francette, vous devez « revivre », au sens d’entreprendre à nouveau, d’agir et de « rebâtir » dans d’autres lieux et avec d’autres personnes. Vous devez quitter ce chagrin qui vous ronge depuis si longtemps et vous laisser envahir de nouveau par les sentiments d’amour, de bonheur, de joies de vivre…  Vous retrouverez ainsi d’autres ami(e)s de toujours, d’autres amours de toujours, et vous croîtrez en connaissances et en esprit.

Dieu ne vous en demande pas plus, mais vous apprendrez alors qu’il vous en demande déjà beaucoup !

Francette, nos pensées et nos prières vous suivront et, paraphrasant la chanson citée plus haut :

« Notre regard au loin vous suivra »

Notes

(1) Francette ne semble pas avoir été un nom beaucoup usité vers 1900 (cf. entre autres sites : http://www.aufeminin.com/w/prenom/p6502/francette.html), contrairement à ceux de France, Francine, Franceline… mais on devait vous appeler alors Francette, parce que ce diminutif était plus affectif, plus doux et gracieux, et qu’il devait mieux correspondre à votre personnalité si sensible.

(2) le spiritisme nous apprend que lorsque l’esprit se réincarne, il perd tous les souvenirs de ses vies antérieures, ne gardant que les fondements des leçons spirituelles qu’il y avait acquis.

(3) Nous ne cachons pas notre scepticisme devant la possibilité de parler « d’organisation » concernant cette imbécillité et cette incompétence collective des responsables militaires qui n’hésitaient pas à envoyer une grande partie de la force vive de leur pays à l’abattoir, au nom de la théorie de la suprématie de l’attaque sur la défense…). Cf. à cet effet l’incontournable Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_tranch%C3%A9es

(4)  Cf. : http://www.concordances-spirituelles.com/?p=105

(5)  Cf. : http://www.concordances-spirituelles.com/?p=470