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Les tortues…

  • Posted on février 16, 2014 at 15 h 50 min

 Simon Selliest le 15 février 2014

 

Depuis quelque temps un même symbole nous était donné, entouré de différentes circonstances, ou accompagné d’autres visions connexes, mais toujours récurent, insistant, émettant cette curieuse « petite Musique des Sphères » qui se ressent plus qu’elle ne s’entend vraiment.

Ce symbole, une tortue qui se présentait à nous ou que l’on nous offrait avait quelque chose de touchant, mais aussi une sorte de gravité qui nous faisait dépasser la simple affection pour un animal.

Un rapide coup d’œil sur l’incontournable Chevalier et Gheerbrant nous remis en mémoire l’universalité du symbole, qui se retrouve dans à peu près toutes les croyances, quelle que soit la partie du monde considérée. Ces maîtres mots sont  :

  • Support du Monde,

  • Stabilité, pérennité, Sagesse,

  • Médiation (1) entre le Ciel et la Terre,

  • Etc,

Autant de significations que nous laissons le soin au lecteur de retrouver dans ce « Dictionnaire des symboles » si la nécessité s’en faisait sentir, et dont les autres maîtres mots seraient forcément de la nature de Saturne.

Mais la tortue est aussi porteuse d’une symbolique hermétique, que Dom Pernety, l’érudit bénédictin défroqué, fondateur, entre autres, des Illuminés d’Avignon (2), avait compilée dans son « Dictionnaire Mytho-hermétique (3) ». Étant donné que la nature des circonstances entourant ces visions nous inclinait, nous poussait, pourrions-nous même dire, la plupart du temps vers une compréhension hermétique, il nous semble donc opportun de reproduire ici la définition qui en est donné par Dom Pernety :

Les Philosophes Hermétiques ont employé la tortue pour symbole de la matière de l’Art, parce qu’elle est cachée sous une écaille fort dure, dont il faut la tirer pour en faire usage. Un d’entre eux a fait représenter Basile Valentin faisant une sauce avec du jus de raisin sur une tortue, pour signifier la manière d’extraire le mercure des Sages de sa mine, et leur grain aurifique qui doit animer ce mercure. C’est pour cela que la Fable attribue à ce Dieu ailé l’invention de l’instrument de Musique appelé Tortue. La manière dont Mercure s’y prit, l’endroit où il trouva cet animal, et les choses qu’il y employa, sont très remarquables. Mercure, dit Homère (Hymne en l’honneur de ce Dieu) Mercure cherchait les bœufs d’Apollon; en passant sur le bord escarpé d’un antre, il y trouva une tortue, qui lui procura des richesses infinies. Elle mangeait de l’herbe, et marchait très lentement. Mercure, ce fils très utile de Jupiter, ne put contenir sa joie en la voyant, et dit : je me garderai bien de mépriser un signe, un symbole si utile pour moi. Je te salue, aimable nature, tu es pour moi d’un si heureux présage. Comment, étant de la race des coquillages, vis-tu sur ces montagnes ? Je te porterai chez moi, et tu m’y seras très nécessaire. Il vaut mieux que je fasse quelque chose de bon de toi, que si tu restais dehors pour nuire à quelqu’un, car tu es par toi-même un poison très dangereux pendant que tu vis, et tu deviendras quelque chose de bon après ta mort.

Mercure emporta donc la tortue chez lui; et après l’avoir fait périr par le fer, il chercha dans son esprit, comment il la mettrait en usage, puisque avec elle il devait avoir des richesses infinies. Il couvrit l’écaillé avec du cuir de bœuf, après avoir étendu et attaché la peau de la tortue avec des roseaux; il y ajusta sept cordes faites de boyaux de brebis. Il trouva ensuite le moyen de voler les bœufs des Dieux, et les emmena en les faisant marcher à reculons, afin qu’on ne pût savoir le chemin qu’il avait pris.

Le mal que Mercure dit de la tortue avant qu’elle soit morte et préparée, et l’utilité dont elle doit être après sa préparation, s’accordent très bien avec ce que disent les Philosophes de leur matière. Elle est un des grands poisons avant sa préparation, et le plus excellent remède après qu’elle est préparée, dit Morien. Avec elle Mercure se procura des richesses infinies, telles que sont celles que donne la Pierre Philosophale. Le cuir de bœuf et les intestins de brebis ne sont-ils pas les matières desquelles se tire le mercure des Philosophes, puisque le Cosmopolite dit qu’il se tire des rayons du Soleil et de la Lune, au moyen de l’aimant des Sages, qui se trouve dans le ventre d’Aries. Avec ce mercure il est aisé de voler les bœufs du Soleil. Plusieurs Philosophes orientaux disaient que la tortue portait le signe caractéristique de Saturne; et si peu qu’on ait lu les livres des Chymistes Hermétiques, il n’est point de Lecteur qui n’en conclue qu’il faut prendre une matière de race de Saturne, pour première matière de l’œuvre.

Dom Pernety : Dictionnaire Mytho-Hermétique Éditions Bibliotheca Hermética (1974)

Tout Fils de Science (4) un tant soit peu attentif, reconnaîtra aisément (en redonnant aux mots et noms employés, leur définition hermétique), dans la préparation de cette tortue (qui lui procura des richesses infinies), que fit Hermès, les phases préparatoires du Premier Œuvre, qui dans la voie sèche sont aussi appelées : « Purification », « Combat des deux Dragons », « la Passion du Christ », « Sa Crucifixion », « Combat du Chien de Corascène et de la Chienne d’Arménie », etc.. Phase que décrivit E. Canseliet avec beaucoup de minuties et de très charitables détails dans son « Alchimie expliquée sur ses textes classiques (5) ».

Mais nous, les médiums qui « recevions » (au sens de « recevoir un hôte de haute qualité »,) des Maîtres ces fragments d’enseignements, nous en comprenions aussi qu’elle nous représentait en tant qu’Entités en devenir.

En effet si nous relisons avec plus d’attention la première phrase que donna Dom Pernety de la description de la tortue :  » Les Philosophes Hermétiques ont employé la tortue pour symbole de la matière de l’Art (6), parce qu’elle est cachée sous une écaille fort dure », il est difficile de ne pas concevoir, tout à la fois, la manière dont les Maîtres nous voyaient et ce qu’ils attendaient de nous.

De nos vies et de nos épreuves antérieures, nous avions fini par comprendre qu’il existait d’autres dimensions, d’autres mondes, d’autres formes de vies, et que la vie terrestre qui était la notre actuellement, n’était qu’un épisode parmi tant d’autres de la vie de notre Entité. Pourtant, toutes ces vies et ces épreuves avaient aussi commencé à briser cette « écaille fort dure », sous laquelle notre esprit et notre corps étaient tenus prisonniers depuis notre création.

Il était temps, puisque nous avions été acceptés par les Maîtres » comme « Matière de l’Art », ou plus prosaïquement comme « première matière de l’Œuvre », c’est-à-dire une matière qui a la propriété de pouvoir être préparée à recevoir l’Esprit Universel (7), de nous mettre très sérieusement au travail.

Car contrairement à la matière de l’Art que l’alchimiste travaille sous l’Autorité des Maîtres, afin de lui servir d’aimant (8), nous les êtres humains ordinaires, nous nous devons de travailler sur nous, et par nous-mêmes. De travailler par notre volonté, notre force de caractère, nos efforts, notre perspicacité, notre travail physique et intellectuel, nos efforts afin de surmonter les obstacles sur la route de notre vie…  et ainsi dégager notre esprit des terrestréités qui l’entourent, le rendant toujours plus apte à recevoir l’Esprit.

Sachons bien aussi, que dans ce long travail, l’aide que nous pourrons recevoir sera toujours proportionnelle à l’intensité et à la grandeur de nos efforts personnels.

Il ne faut jamais oublier de plus, lorsque l’on s’engage dans la Voie de l’Évolution en pleine conscience, que les Maîtres ne font, et ne peuvent, qu’orienter notre travail, et qu’il nous incombe de l’accomplir tout seul, car si la Connaissance est en nous, encore nous faut-il la chercher longuement avant de la trouver.

Telle est la « Loi ».

Il nous semble donc, que les visions de ces tortues étaient donc là, pour nous rappeler tout à la fois notre modeste niveau d’évolution et les obligations de la Voie d’Évolution que nous suivons.

Ni plus et surtout : ni moins !

 

Notes

(1)   Le terme « médiation » étant pris ici au sens très humble « ce qui sert d’intermédiaire », et non de celui de « Sage » c’est-à-dire celui qui concilie deux parties qui s’opposent.

(2)   Cf : « Illuminé », est un qualificatif nominal qui prête malheureusement à confusion du fait de l’usage qui en est fait actuellement dans le langage courant. Aussi nous ne saurions trop recommander de lire l’article de Wikipédia suivant :  http://fr.wikipedia.org/wiki/Illumin%C3%A9s, en retenant surtout la notion religieuse et philosophique « d’illumination intérieure ».

(3)   Dom Pernety : « Dictionnaire mytho-hermétique » dont l’édition originale de 1758, fut maintes fois reprise, et dont il convient de signaler la très belle édition (quasi introuvable aujourd’hui), de la collection Bibliotheca Hermetica Denoël (1974)

(4)   Il est courant, en Philosophie Hermétique, pour désigner celles et ceux qui la pratiquent, d’utiliser les appellations ci-dessous suivant leur degré d’avancement, dans l’étude d’abord, puis dans l’expérimentation au laboratoire concomitante à l’étude :

  • Fils de Science : Personne qui étudie l’Alchimie, sans pratiquer au laboratoire.
  • Philosophe par le feu : Personne qui pratique l’Alchimie de façon concrète et matérielle au laboratoire, surtout par la voie sèche.
  • Artiste : Personne qui pratique l’Alchimie de façon concrète et matérielle au laboratoire, que ce soit par la voie sèche, ou la voie humide. Excellent manipulateur de laboratoire, et personne ayant atteint, sans toutefois les réussir les phases du Troisième Œuvre.
  • Adepte : Celui qui est parvenu au plus haut point de l’initiation en obtenant la Pierre Philosophale.
  • Myste : Synonyme d’Adepte.

(5)   Eugène Canseliet : L’alchimie expliquée sur ses textes classiques Éditions JJ Pauvert (1972). Rares rééditions par la suite.

(6)   Il ne serait pas forcément inutile de lire ou de relire, ce qui avait été écrit sur la même thématique dans le « Sel de la Terre » : http://www.concordances-spirituelles.com/?p=1124

(7)   Ibidem ci-dessus, en rappelant que l’Adepte de la Rochelle, dans son « Mutus Liber » (commenté par E. Canseliet, dévoile (presque) sans aucun doute possible l’origine de cet Esprit Universel dans sa planche IV et IX. Si nous émettons toutefois un doute sur la totalité de cette révélation, c’est que Magophon (alias Pierre Dujols de Valois) dans son Hypotypose nous prévient de façon quelque peu envieuse (selon Eugène Canseliet) : « Nous devons déclarer, de bonne foi, que le bélier et le Taureau de la planche (planche IV ici), qu’on prend toujours pour les Signes du zodiaque, sous lesquels on doit recueillir le flos cœli, n’ont aucun rapport avec les symboles astrologiques ».

Mais il nous est impossible de croire qu’un Philosophe par le Feu aussi érudit qu’Eugène Canseliet ignora le symbolisme de la naissance du Christ, finalement imposée le 25 décembre par la religion chrétienne, et donc celui de la Crèche « inventée » par Saint François d’Assise. Lire à cet égard : Max Heindel : « Enseignement d’un Initié.

(8)   Le lecteur lira sans doute avec beaucoup de profits, l’étude faite par Eugène Canseliet sur « La jeune fille et la tortue à longue queue ».