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Le pont, le désespéré et vous (III)…

  • Posted on février 17, 2012 at 6 h 53 min

 Acte III

 l’obsolescence programmée de nos biens et de nos vies

ou

Petite réflexions d’économie et de spiritisme

 

Simon Selliest le 3 septembre 2011

Corrigé et complété le 17 février 2012

 Il y a moins d’un siècle, et même encore vers 1930, dans nos campagnes, il était courant de partager sa table,  avec le pauvre hère  de passage. Il suffisait à celui-ci de frapper à la porte de la maison, d’entrer directement dans la pièce commune qui servait aussi de cuisine et où les repas étaient pris en commun, pour être reçu et invité à partager la soupe et le pain avec ses hôtes.

 Parfois, il pouvait travailler quelques jours à la ferme, nourri et logé (logé dans une pauvre pièce ou même à l’étable il est vrai…), et repartait quelques pièces en poche. Et tout le monde était content. Il y avait sûrement des abus, beaucoup de peines au travail, et surtout des vieillesses misérables dans les « mouroirs » de l’époque que l’on appelait alors « hospices », mais c’était ainsi, et les portes des fermes n’étaient jamais complètement fermées.

 Pour des raisons qui se comprennent bien par ailleurs, nos sociétés ont établi des lois de protections sociales qui, au fil du temps et des luttes sociales se sont progressivement améliorées. Le système est devenu ainsi si complexe et si contraignant, que plus personne n’ouvre plus sa porte, et n’invite plus un ouvrier de passage à sa table, et aucune tâche ne lui est plus confiée sans que les deux parties (celle qui reçoit et celle qui demande) aient signé un contrat dûment préparé par leurs syndicats respectifs !!!!

 Et comme, dans ces domaines, tout est réglementé, régi par des lois excessivement complexes, que plus rien ne se fait plus sans la présence d’un syndicat ou d’un avocat, et que tout cela coûte très cher, il faut bien en répercuter le coût sur le prix de vente final. Tout coûte ainsi de plus en plus cher sur les rayons des magasins !

 Alors, ceux et celles qui n’ont jamais fait l’effort de comprendre ce système, avec ses règles, ses codes, les obligations et les avantages de chacun… ou qui l’ont refusé pour une raison ou pour une autre, se trouvent tôt ou tard rejetés par le monde du travail et la société moderne, soit de par leurs attitudes, soit par manque de moyens financiers pour s’y faire aider.

Parallèlement, pour baisser les prix de fabrication et donc de vente (car le consommateur, paradoxalement même s’il est aussi par nécessité « le producteur », exige des prix toujours plus bas !), la solution fut trouvée dans un premier temps en :

  • supprimant tout ce qui n’était plus rentable,

  • en augmentant la productivité par tous les moyens possibles et imaginables, technologiques, organisationnels (ce qui implique bien entendu les réductions d’effectifs et l’accroissement des rythmes de travail), etc.,

  • faisant produire dans des pays à bas coût de main d’œuvre du fait qu’ils en étaient socialement parlant, là où nos sociétés occidentales en étaient au début du XX° siècle.

 Ainsi les omnibus hors d’âge et les voies ferrées vétustes et pas assez rentables fautes de voyageurs, ont disparus ou disparaissent, les usines à fort taux de main d’œuvre peu qualifiée se délocalisent, le « tissus industriel » comme le nomme les grand lettrés de nos administrations prestigieuses, et les emplois de notre pays s’amenuisent, les salaires stagnent ou baissent à l’embauche, etc. Et comme il y a pléthore de diplômés qui arrivent sur le marché du travail, les sociétés qui reçoivent deux cents ou trois cent CV pour un poste subalterne, prennent la ou le candidat qui présente le meilleur niveau d’études et de qualifications, la meilleure motivation, et qui se contente de la moindre rétribution…..

 Arrivés à ce point de nos premiers constats, il est peut-être utile de se demander qui est fautif et qui est responsable de cela  ?????

 Les sociétés capitalistiques et leurs dirigeants ? Le « patronat » dans son ensemble ? Le consommateur que nous sommes tous ? La « mondialisation » (ce mot que tout le monde prononce sans vraiment se rendre compte de ses implications dans notre vie courante et de sa réelle signification), ou un peu tout le monde ?

 A chacun sa réponse… et forcément, selon que l’on est salarié(e) ou dirigeant(e) ou encore consommateur, la réponse n’est pas la même. Toutes sont justes si elles sont considérées dans leurs « logiques », et fausses si elles sont considérées dans la « logique » de l’autre partie

 Alors les ouvriers, les employés, les fonctionnaires, les professions libérales, en fait toutes et tous manifestent contre la vie chère, l’augmentation des prix, le stress au travail, les horaires décalés, les CDD, la précarité, etc… et à la fin de la « manif », beaucoup d’entre eux vont faire leurs courses dans des magasins « hard discount ». Ces magasins où les employé(e)s sont mal payé(e)s, surchargé(e)s de travail et en CDD, en achetant les produits les moins chers (et de qualité discutable)… qui sont fabriqués à l’étranger !!!! Parce que c’est là où les coûts de fabrication sont les plus bas du fait qu’il n’y a pratiquement pas de cette protection sociale dont nous réclamons toujours plus… Et peu importe alors la qualité des produits qui y sont à la vente.

 Alors, pour ceux et celles qui ne sont pas montés au bon moment dans le train de l’évolution sociale, et qui sont restés sur le quai(1), qui sont donc sortis du monde du travail du fait de leur inadaptation, involontaire ou volontaire à celui-ci, il ne leur reste que les ponts !!! Ils commencent à y dormir dessous, puis un jour, vidés de tout espoir, ils montent dessus, et ils en enjambent le parapet.

 Tout cela est dur à dire, mais c’est malheureusement ce qui se passe aujourd’hui du fait de notre mode de vie actuel. Celui-ci est donc à repenser totalement, et à rebâtir sur des valeurs de travail et d’efforts, de respect de l’environnement, de la juste et nécessaire consommation, de la disparition du gaspillage, de l’acceptation de payer un prix plus élevé pour acheter ce que nous fabriquons, etc.

 Qui aura le courage, dans le monde politique de nos dirigeants, de nous expliquer cela  et surtout de le mettre en œuvre ?

 Mais ce n’est pas tout !

 Il fut un temps, pas si éloigné que çà, ou les usines fabriquaient des objets qui duraient des années(2), et où les gens utilisaient et gardaient ces objets aussi longtemps qu’ils pouvaient encore servir. On le réparait ou on les « rafistolait » tant bien que mal et peu importait si la mode avait changée, ou si l’objet ne fonctionnait plus très bien, du moment qu’il fonctionnait encore « à peu près ».

 La robe de mariée était transformée en robe du dimanche et les femmes allaient voir la couturière du quartier une fois par an ou une fois tous les deux ans, pour se faire faire une robe neuve (quand ce n’était pas pour rajeunir une robe existante…). « Le » costume que les hommes se faisait faire dans leur jeunesse, faisait quasiment la vie entière… Il est vrai qu’il n’était mis que pour les grandes occasions.

 Les réfrigérateurs, les rares appareils électroménagers, quand ils furent inventés et fabriqués (dans les années 50/60 pour la plupart d’entre eux), fonctionnaient pendant vingt cinq ou trente ans…. Et quand on finissait par le remplacer, on le mettait à la cave, juste au cas où …..

 Faut dire aussi que tous ces objets ou tous ces vêtements coutaient très cher à cette époque là !!!!!

 Maintenant, pratiquement plus personne ne répare plus ses appareils ménagers, ou ne raccommode plus ses chaussettes ou l’accroc de ses vêtements. D’ailleurs, réparer un appareil électroménager, n’est souvent guère moins cher que d’acheter du neuf, et au moins, on repart avec un objet neuf, à la mode, avec une garantie d’un an, voire de deux ans… Quand aux chaussettes et aux vêtements, qui sait encore coudre ????? Ou qui sacrifierait sa soirée TV, ou une partie avec ses ami(e)s pour ces réparations ???

 Tout serait donc dans le meilleur des mondes si la grande majorité des objets que nous achetons et que nous utilisons actuellement n’étaient pas fabriqués hors de nos frontières.

 Il fut une époque, pas si lointaine (une vingtaine d’années tout au plus), des « intelligents », hautement diplômés, nous expliquaient que l’avenir était aux sociétés (françaises) sans usines. Le concept était basé sur le fait que nos sociétés industrielles se spécialiseraient dans la conception, l’innovation, la haute technologie, etc… et par « transfert de technologie » (expression qui fut très à la mode….), feraient fabriquer leurs produits par de la main d’œuvre à bas coût à l’étranger. Ce qui permettait d’obtenir une meilleure compétitivité par des prix de revient (et donc de vente) nettement plus bas.

 Pour nous, qui n’étions qu’un « besogneux », et qui avions passé une bonne partie de notre vie dans des ateliers industriels poussiéreux et laborieux, ou sur des chantiers industriels, ce concept nous paraissait complètement idiot. Pour les bonnes et simples (voire « simplistes…) raisons suivantes :

  • Les pays qui possédaient cette main d’œuvre à bas coût, possédaient aussi des ingénieurs et des scientifiques (eux aussi à bas coût…), et que là où nos « prestigieuses écoles françaises » sortaient 10 ingénieurs par an, ces pays en sortaient mille, voir dix mille !!!!

  • Ces ingénieurs, cadres et scientifiques là étaient tout aussi capables que les nôtres de comprendre et de poursuivre par la suite nos idées technologiques les plus avancées. Même s’il fallait pour cela y mettre deux ou trois personnes là où nous n’en mettions qu’une ……

  • Aucune technologie ne peut dépasser le savoir faire de l’ouvrier(e) qui va la mettre en œuvre, ou qui va l’utiliser (même partiellement) dans le processus de fabrication industrielle.

  • On ne pouvait recycler les millions d’ouvrier(e)s actuel(le)s en petits génies de l’innovation et de la conception de la haute technologie. Ce qui allait engendrer forcément une hausse du chômage, de la précarité… et par conséquent le coût du sacro saint « système de protection sociale français ». Ce qui augmenterait encore le coût de notre main-d’œuvre et donc des produits fabriqués en France, et donc inciterait encore davantage nos société à faire fabriquer à l’étranger pour réduire leurs couts de fabrications afin de demeurer compétitives dans leurs prix de vente.

  • Enfin et surtout, pourquoi ces pays « émergents » (il est permis de se demander « de quoi émergent-ils et où veulent-ils aller »….), qui allaient posséder ainsi les usines, le savoir faire industriel, la main d’œuvre formée, les techniciens et ingénieurs, la capacité financière, bref les « 6 M » chers au cabinet d’organisation McKinsey, pourquoi donc ces pays, continueraient-ils à produire des objets conçus ailleurs, alors qu’ils avaient ainsi obtenu toutes les possibilités de conception.

 Pour ne pas prolonger indéfiniment ce texte et le rendre complètement abscons, nous allons laisser ici (pour l’instant…) celles et ceux qui ont eu le courage de nous lire. Il leur suffira de se rappeler (ou d’apprendre…), entre autres :

  • ·        l’histoire des « Dacia roumaines » et autres « Logan »,

  • ·        des ordinateurs personnels dont la montée en puissance et capacité fut savamment organisée pour nous les faire remplacer tous les deux ans (en parfait état de marche mais obsolètes vis-à-vis des nouveaux logiciels),

  • ·        des Iphones, Smartphones (dont notre jeunesse est si avide de posséder le dernier modèle),

  • ·        du vêtement qui ne coûte à l’achat que le prix d’une demi-heure de travail de couturière ou de tailleur (soit quinze à vingt euros), qui ont par contre besoin, eux, de deux jours de travail et trois essayages pour le faire « sur mesure »),

  • ·        des produits « made in ailleurs ». De cet « ailleurs » qui fut d’abord symbolisé par la Corée ou le Viêt-Nam (les « dragons asiatiques »), puis par la Chine et l’Inde, puis par les pays de l’Europe de l’Est, le Maroc, la Tunisie, et…  Les usines « sur roulettes » étant déplacées au fur et à mesure que les coûts de main-d’œuvre et donc de  fabrication y augmentaient.

 Il y a donc là, matière à méditation sur :

  • notre système de pensée actuel,

  • nos habitudes de vies et de consommer,

  • notre comportement face aux problèmes que traverse (et que va encore longtemps traverser) notre pays.

  • Le fait que notre pays a eu un déficit de sa balance commercial en 2011 de près de 60 milliards d’euros. Ce qui veut dire que « 60 milliards d’euros générés en France par le travail de tout un chacun sont allés dans des « poches étrangères ». Ce qui peut se traduire aussi par le fait que notre pays a fait travailler la main-d’œuvre d’autre pays pour 60 milliards d’euros au lieu de faire travailler sa propre main-d’œuvre. Et ce ne sont pas les sophismes, aussi subtils que désuets, de Frédéric Bastiat, même datant de plus de 150 ans, qui pourront nous convaincre du contraire. Car un pays (et ses consommateurs), qui compte plus de trois millions de chômeurs, a certainement mieux à faire que de faire produire à l’étranger ce qu’il consomme. Surtout s’il s’agit de produits courants de peu de technicité.

 Puissiez-vous, ami(e)s lectrices et lecteurs, vous  y arrêter quelques instants…..

 Notes

 (1) Cf. http://www.concordances-spirituelles.com/?p=476

 (2) Cf. http://www.concordances-spirituelles.com/?cat=14

 A suivre….