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A. Vincent : Le spiritualisme experimental et les apports (1882)

  • Posted on avril 2, 2010 at 19 h 07 min

Ce qu’il y a de certain cest qu’un médium possède

un quelque chose qu’un être ordinaire n’a pas en sa possession.

Williams Crookes: Recherches sur le Spiritualisme.

 

Je suis porté à croire que cest la force nerveuse  elle-même qu’il ma été donné d’étudier, ou tout

 au moins un de ses dérivés les plus prochains,  dans une série de manifestations que la science

s’est longtemps refusée à admettre.

Dr Barety : Gazelle médicale de Paris. Septembre 1881. 

  

 AVANT-PROPOS  

La lutte pour l’existence, et aussi pour le bien-être matériel, absorbe la plus grande partie des forces intellectuelles des hommes. Il en résulte que les consciences sont guidées par quelques-uns seulement, qui se donnent la mission d’éclairer les autres et le font avec plus ou moins de bonne foi. Mais, qu’ils soient prêtres ou savants, ces directeurs sont surtout des hommes; tous apportent donc, dans les développements de leurs théories,  les préjugés qu’ils tiennent de l’éducation première. Les uns prêchent un spiritualisme superstitieux ou sentimental, les autres un matérialisme absurde; tous parlent surtout, comme on dit vulgairement, pour leur paroisse, c’est-à-dire pour leurs intérêts personnels. Les moutons de Panurge suivent les uns ou les autres, et c’est ainsi que l’humanité tourne toujours dans le même cercle, depuis des siècles !

 Cependant parmi tous ces gens d’affaires, tous ces sages, qui n’ont, au fond, d’autre rêve que celui de bien vivre. Il se trouve quelques fous dont l’ambition est de chercher la vérité, non pas dans le journal de l’écrivain X…, les sermons de l’abbé Z…, ou les conférences du philosophe mais dans l’examen des phénomènes naturels. Les pages qui vont suivre ont été écrites par l’un d’eux. Il les soumet à tous les esprits indépendants, qui n’appartiennent à aucune coterie religieuse, philosophique ou scientifique !

Alexandre Vincent

 I

Théories préliminaires 

Les savants et les philosophes se sont préoccupés, dans tous les temps, des phénomènes du cerveau et ils cherchent encore le secret de son singulier mécanisme. Mais, aujourd’hui, le but de la plupart d’entre eux est de prouver que l’esprit est l’œuvre de la matière qu’il prend sa source en nous-mêmes et cesse d’exister quand le corps humain cesse de vivre. — C’est, en deux mots, la théorie du matérialisme.

 Il en est cependant que l’idée de l’anéantissement complet ne peut satisfaire et qui accordent à l’esprit la faculté de ne pas disparaître tout entier dans la mort. Ils admettent donc sa survivance, mais non son intégralité. Or, les organes ayant disparu, un changement d’état radical devrait, d’après eux, s’ensuivre : il ne resterait, de l’individu, qu’un point de conscience indéfinissable, une monade intellectuelle qui serait l’âme et s’en irait on ne sait où ! — C’est la théorie du spiritualisme métaphysique.

 D’autres enfin, sans nier l’existence indépendante de l’esprit ne l’affirment pas non plus. Ils cherchent. Mais ils écartent « toute imagination dans l’explication des choses » et ils ne procèdent que « par constatation réelle, par observation. » En un mot, ils n’admettent que les faits incontestables. — C’est la théorie du positivisme. 

*

*  * 

Bien que la science spirite n’entre point dans le programme positiviste, c’est pourtant sur ce terrain que je vais me placer pour écrire cette étude, dans laquelle on trouvera la relation de faits positifs. Ces faits prouvent que la mort corporelle existe seule ; que l’âme et le corps fluidique ou périsprit survivent tout entiers, à la destruction des organes ; enfin que nous conservons, après la mort, les facultés acquises. — C’est la théorie du spiritualisme expérimental, appelé aussi spiritisme, d’où sortira la philosophie de l’avenir. 

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*  * 

Maintenant, — et avant de développer les idées qui serviront d’introduction à ce travail, — je demanderai aux matérialistes quelles preuves définitives ils apportent à l’appui de leurs prétentions ? Sont-ils en mesure d’affirmer que le cerveau seul donne naissance à la pensée? Parce que le bromure de potassium, le nitrite d’amyle, et quelques autres produits pharmaceutiques, peuvent, selon les cas, rétablir, en agissant sur les organes, un équilibre relatif dans l’intelligence malade, est-il permis à la science d’assurer que ses remèdes seront de plus en plus victorieux et qu’elle parviendra enfin à démontrer qu’il n’existe pas une force supérieure ayant sa source en dehors de la matière ?

 A ces questions les savants, officiels ou non, que répondront-ils ? Ils seront bien obligés d’avouer leur impuissance à tout expliquer puisqu’ils n’étudient que par leurs côtés physiologiques ces questions complexes et mystérieuses. Ils en conviennent, du reste, et cependant ils dirigent toujours leurs investigations vers le même point, croyant, de bonne foi, que l’analyse minutieuse des organes leur livrera, tôt ou tard, le mot de l’énigme.

 Il est permis d’en douter. C’est très-bien, en effet, de chercher, dans l’examen du cerveau, l’explication des phénomènes de la pensée ; mais étudier aussi, dans ces phénomènes, le rôle le l’âme, c’est peut-être mieux encore ; c’est du moins plus complet. Voilà ce que font les spirites, malgré les sourires des hommes de science. 

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*  * 

Or les spirites disent ceci :

Quels que soient le poids et le volume du cerveau ; qu’il y ait en lui des cases distinctes pour l’intelligence, comme le prétend Gall, ou seulement pour les sensations, comme le pense Gratiolet ; que la théorie des localisations soit, en conséquence, rationnelle ou défectueuse, il n’en est pas moins vrai que, durant la vie organique, la substance cérébrale est imprégnée par un fluide impondérable qui doit la gouverner (1). Malheureusement ce fluide n’est pas toujours le maître, aussi ne rencontre-t-il pas constamment, dans les organes, une obéissance passive. Il faut bien se persuader qu’il y a là deux forces en présence. Elles sont intimement liées, sans doute, mais quelquefois cette liaison se trouve rompue, par suite (les circonstances que la pauvreté de la nature humaine explique très-bien. Le moindre choc peut détruire l’équilibre. Il y a alors inharmonie entre l’âme et le cerveau. Si par exemple le cerveau est altéré par une cause physique quelconque, il met l’autre force dans l’impossibilité de produire, sur lui, des impressions convenables.

 De là la folie, ou du moins une affection cérébrale en rapport avec la gravité de la lésion existant dans les organes. Et, d’autre part, lorsqu’une vive douleur trouble l’âme, celle-ci, paralysée en quelque sorte, n’est plus capable d’influencer convenablement l’organisme qui lui permettait de se manifester d’une façon régulière. Dans l’un comme dans l’autre cas, le périsprit se dégage et flotte au-dessus du cerveau, qui se trouve vidé intellectuellement, si je puis dire.

 (1)   Ce fluide ne se forme pas avec l’individu ; il existait auparavant, à l’état de corps éthéréens, dans l’espace, et il avait pris cet état après avoir habité un corps matériel d’animal ou d’homme. Il se réincarnera plus tard encore et cela jusqu’à ce qu’il soit assez parfait pour abandonner définitivement notre globe.

  Il est facile de constater ce vide, en remarquant l’étrange regard des fous. Leurs yeux sont fixes, hagards. On sent qu’il y manque la vie spirituelle. On observe le même phénomène chez les somnambules et chez les magnétisés, lorsqu’ils sont en l’état d’extase. Chaque fois, du reste, que le périsprit abandonne le cerveau, il se produit un vide dans le regard de l’individu ; il n’a plus l’étincelle qui le faisait véritablement humain. Et cette étincelle, cette chose insaisissable, immatérielle, ne reparaît qu’au moment où le périsprit reprend possession des organes.

 Ce ne sont donc pas les remèdes physiques seuls qui peuvent amener toujours la guérison de ces mystérieuses maladies du cerveau. Il faudrait agir sur l’âme par des remèdes moraux, en même temps que l’on agit sur la matière par des procédés scientifiques. 

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*  * 

L’âme, ou l’esprit, n’est qu’un point, comme le pensent les métaphysiciens, mais un point que, d’après les spirites, le fluide vital enveloppe. Nous savons que ce point existe au centre du cerveau sans que nous puissions dire exactement quelle partie de la substance il habite. Il est, en réalité, la seule étincelle divine que nous ayons en nous. Tout le reste appartient à la matière. Selon qu’elle est plus ou moins grossière, celle-ci livre, à ce point, à cette âme, qui forme notre conscience, qui nous fait agir et nous dirige vers le bien ou le mal, une lutte plus ou moins vive. L’âme ne peut se perdre dans cette lutte, mais la matière parvient si souvent à la dominer qu’elle la paralyse parfois et lui enlève alors toute sa force morale !

 C’est ce point qui fixe dans les organes le fluide vital que les nerfs y retiennent. Mais comme je viens de le dire, ce fluide peut se dégager dans certaines circonstances. Il quitte alors le cerveau et il flotte au-dessus, ainsi que je l’ai fait remarquer. Il peut aussi se transporter à des distances considérables. Du reste, qu’il soit près ou loin de son enveloppe, il est toujours rattaché à elle par une ligne fluidique qui part de l’âme avec laquelle il se trouve ainsi en communication directe; (le cette communication profitent les organes, puisque l’âme ne les abandonne jamais avant l’heure de la mort. 

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*  * 

De même que l’âme, l’esprit, l’intelligence, ne sont qu’une seule et semblable force, le périsprit, appelé aussi corps éthéréens, corps électro-lumineux, n’est pas autre chose, à l’état d’incarnation, que l’ensemble du fluide vital, ou du fluide nerveux, si l’on préfère le nommer ainsi. Sa forme est la forme humaine, et c’est après la destruction du moule dans lequel il a repris cette forme, c’est-à-dire après la mort, qu’il devient véritablement le périsprit des spirites. Quant à la force appelée, vulgairement, force nerveuse, et, scientifiquement, force neurique par les uns, force psychique par les autres, elle permet ‘au périsprit de produire, sous la direction de l’âme, mais avec le concours de la matière organisée, des manifestations matérielles, tandis que la pensée, produit sous la même direction, des manifestations intellectuelles! 

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*  * 

L’état de somnambulisme donne au fluide vital la faculté de se dégager, pour un temps plus ou moins long, de l’enveloppe charnelle (1). Les rêves alors ne sont plus produits par le simple travail de l’imagination et de la mémoire, agissant en dehors de la volonté paralysée comme dans le sommeil ordinaire ; ils sont la vision exacte des scènes auxquelles assiste le périsprit qui se transporte véritablement dans les lieux où ces scènes se passent.

 Si nous admettons que le fluide vital abandonne les organes, non-seulement dans l’état de folie, comme je l’ai dit plus haut, mais aussi dans le somnambulisme, nous pouvons, il me semble, admettre encore qu’il soit possible (le contraindre le périsprit à se dégager, surtout chez les personnes dont le système nerveux est très-impressionnable, très-sensible.

 Je rappellerai à ce propos, certains faits, vus, dans l’Inde, par des voyageurs nombreux. Ainsi il est arrivé plusieurs fois que des fakirs se sont fait enterrer, après avoir annoncé qu’ils se réveilleraient tel jour, à telle heure, puis qu’ils sont restés, en effet, en état de léthargie pendant des mois entiers. Au jour dit, on ouvrait leur tombeau et ils revenaient immédiatement à la vie. Comment expliquerait-on ce phénomène, attesté par des témoins dignes de foi, si l’on n’admettait pas la réalité du dégagement du périsprit qui obéit, dans ce cas, à la propre volonté du sujet, abandonne le corps, s’en éloigne, et, à un moment donné, vient reprendre possession de son enveloppe ? (2).

 D’un autre coté, le magnétisme animal nous prouve que sous l’action d’une force, intellectuelle et physique à la fois, émanant d’un individu et produite par sa volonté, un autre individu peut tomber dans le sommeil somnambulique. En ce cas le magnétiseur a le pouvoir d’imposer sa propre pensée au sujet; il peut vouloir que celui-ci voit des objets qui n’existent pas; il peut aussi forcer le périsprit du magnétisé à quitter le séjour matériel qu’il habite. Alors, si le sujet est bien lucide, selon l’expression consacrée, le fluide vital de son cerveau va où l’expérimentateur l’envoie. Cela a été prouvé des milliers de fois, dans tous les pays, n’en déplaise aux conférenciers de la Sorbonne.  

(1) L’état de léthargie n’est pas autre chose. Au moment où se produit cette mort artificielle, le périsprit se dégage, s’en va et ne revient animer les organes qu’a l’heure du réveil.

 (2) Ces faits ont été racontés et commentés par les écrivains les plus sérieux. Paul de Saint–Victor, entre autres, leur avait consacré, il y a quelques années, un article fort remarquable, dans le Moniteur Universel. 

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*  * 

Le pouvoir qu’ont certains individus de lire dans l’esprit des autres peut se rattacher à ce même ordre de phénomènes. Cette faculté, dont l’existence a été démontrée par des faits nombreux (1), appartient à des êtres qui ont dû l’acquérir en des planètes plus avancées, où elle existe pour tous et où ils auront vécu. Lorsque l’un d’eux dit à une personne qu’il n’a jamais vue ce qu’elle a été, ce qu’elle est, il arrive ceci: Le voyant entre dans un état particulier de somnambulisme qui offre l’aspect d’une sorte de recueillement et bientôt son périsprit se dégage et lit dans la pensée de son visiteur. Or, celui-ci, quelque incrédule qu’il soit, ne peut se dispenser, en ce moment, de songer que l’autre va lui parler, bien ou mal, de sa vie passée; et, par ce fait qu’il y songe, une série de tableaux représentant les scènes saillantes de son existence, se détache vivement de l’ensemble confus des autres images qui se sont, chaque jour, gravées dans sa mémoire. Le sorcier, comme les ignorants l’appellent, n’a donc plus qu’à photographier, si je puis dire ainsi, ces images qui viennent, tour à tour, s’offrir à lui d’elles-mêmes. C’est ce que fait son intelligence tandis que sa parole décrit les faits que lui dévoile inconsciemment la pensée de son visiteur (2).

 (1) En voici un, entre autres, raconté par le Bander of light. C’est à Mlle Florence Marryat, fille du capitaine Marryat, le célèbre écrivain anglais, que la chose est arrivée. Elle se trouvait un jour, chez un médium, M. Fletcher, et voici ce qui se passa: « M. Fletcher s’assied simplement en face de sa visiteuse et lui prit la main. Ses yeux se fermèrent, « quelques frissonnements convulsifs parurent l’agiter, puis sa tête tomba sur le coussin de la chauffeuse. Il paraissait endormi, mais ses yeux s’ouvrirent de nouveau et il parla naturellement. Sa voix était plus  faible, plus douce, presque féminine. Alors, dit Mlle Marryat, « il me raconta mes pensées et mes sentiments, me lisant comme un livre ouvert; il me répéta des mots, des actions, des pensées, qui avaient été dites, faites, et rêvées, dans la solitude et à plus de cent lieues de distance de l’endroit où nous étions… Il me lut des lettres qui étaient chez moi, sous clef, dans des tiroirs… »

Cette relation se retrouve, avec de plus longs détails, dans la Revue spirite de 1880, p. 93 et suivantes.

 2) Tout ce que nous voyons se grave, plus ou moins profondément sous forme d’images, dans notre mémoire, selon la vivacité des impressions ressenties. Ces images se groupent avec un ordre d’autant plus grand que nos facultés sont mieux équilibrées. La volonté régit le tout, et, sous son action, ces images reviennent à notre pensée, selon nos besoins, nos fantaisies, notre caprice… Dans le rêve ordinaire, la volonté s’étant engourdie, elles reparaissent au hasard et se déroulent confusément, se heurtant, se précipitant pêle-mêle. Vienne le réveil et la plupart disparaissent, pour faire place à celles seulement qui vont nous être utiles pour nos travaux de la journée. C’est ainsi que nous nous souvenons qu’hier nous avons fait telle chose (dont nous revoyons en esprit l’image) à laquelle va s’enchaîner telle autre chose que nous devons faire aujourd’hui.

 Il peut même arriver qu’à l’aide des documents dont il s’empare il pressente les faits à venir qui seront la conséquence des faits passés et qu’il les prédise.

 Toutes les prédictions, à toutes les époques, ont été occasionnées par la connaissance des événements passés et elles se sont trouvées ensuite plus ou moins exactes suivant le plus ou moins de perspicacité de ceux qui les avaient faites. Mais ce qui ne saurait être rationnel ce serait la prédiction d’un fait devant avoir lieu dans un temps déterminé, tel jour, à telle heure ! Les actions futures des hommes ne sont pas inscrites par avance sur un grand livre que certains êtres privilégiés, de la terre ou de l’espace, auraient la faculté de lire.

 Penser ainsi ce serait tomber dans le fatalisme. Non, tout ce qui arrive n’était pas écrit, comme le croient les Orientaux, et nous avons le pouvoir de modifier les événements qui sont notre œuvre et même quelquefois ceux qui sont l’œuvre de la nature. Pourtant il est bien vrai aussi que certains êtres, incarnés ou non, peuvent lire dans notre pensée, la pénétrer jusque dans ses profondeurs les plus intimes, et, de la sorte, exercer une influence sur nos décisions, en nous inspirant l’idée de faire certaines choses auxquelles nous ne songions pas. Les désincarnés surtout, plus perspicaces que les vivants, ont certainement ce pouvoir. Mais ceux d’entre eux qui connaissent l’esprit humain se gardent bien d’assigner aux faits des dates précises, car ils savent combien sont fragiles nos combinaisons, et ils n’ignorent pas que souvent, et par pur caprice, nous défaisons le lendemain les plans que nous avions établis la veille !

 On me pardonnera cette digression qui d’ailleurs n’était pas inutile, car elle m’amène directement sur le terrain du spiritisme. 

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Si la volonté d’un magnétiseur produit le dégagement du périsprit chez le magnétisé; si la propre volonté de l’individu lui-même peut également faire se dégager son fluide vital, comme cela a lieu chez les fakirs de l’Inde ; si enfin ce même fluide peut se dégager seul, dans l’état de somnambulisme, — il arrive aussi quelquefois qu’une autre force intellectuelle, qui n’est ni celle du magnétiseur ni celle du sujet, occasionne ce même phénomène (1). Cette force appartient alors à un être désincarné, à un mort; pour me servir de l’expression habituelle. Celui-ci, dans ce cas, s’empare du sujet, qui devient un médium, c’est-à-dire un intermédiaire entre les vivants organisés et les vivants dépourvus d’organes. 

(1) Il en était peut-être ainsi dans le cas du médium Fletcher, dont je viens de parler. Ce qu’il (lisait pouvait, en effet, lui être dicté par un Esprit qui se trouvait auprès de lui et qui lisait dans la pensée de la personne présente. Je n’en maintiens pas moins tout ce que je viens de dire au sujet de la faculté qu’ont certains incarnes de lire, par eux-mêmes, dans l’esprit des autres.

 Mais si le périsprit a la faculté, pendant la vie organique, de se dégager du cerveau, sous l’une des influences dont je viens de parler, — et d’y rentrer, est-il possible d’admettre qu’après avoir abandonné définitivement la matière qu’il animait, c’est-à-dire après la mort, il aura le pouvoir d’agir sur des organes appartenant à d’autres incarnés ?.. Je ne pense pas que cette proposition puisse effrayer la pensée d’un spiritualiste qui raisonnera sans parti-pris religieux ou philosophique, — en supposant même qu’il n’ait jamais vu d’expériences spirites.

 Si l’on admet, en effet, la survivance de l’âme, on peut, je le crois, lui accorder encore quelque puissance après la destruction de la matière. Mais plus le phénomène qui préparera cette destruction paraîtra terrible et désorganisateur, plus on sera porté à croire radicale la transformation que l’être aura subie. Les religions se sont toutes appuyées sur ce mystère fameux de la mort pour fortifier leurs doctrines.

 Au contraire si le phénomène vient à être connu, — et il l’est, aujourd’hui, grâce aux recherches spirites, — on le trouvera très-simple et l’on conviendra qu’il ne saurait établir une barrière infranchissable entre les deux états de l’esprit : celui qu’il avait pendant la vie et celui dans lequel il se trouve après. 

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*  * 

Qu’arrive-t-il donc au moment de la mort ?

 Voici la réponse du spiritualisme expérimental :

 Qu’elle soit le résultat d’une maladie, d’une catastrophe ou d’un crime, la mort n’est rien, surtout lorsque celui qu’elle frappe a la conscience tranquille. Il est à remarquer d’ailleurs que, dans certain cas, la phtisie, par exemple, le malade, à ses derniers moments, souffre bien moins que ceux qui l’entourent. En effet, les siens ne songent qu’à la perte prochaine d’un parent tendrement aimé ou d’un ami bien cher; mais le moribond entrevoit, lui, un autre état plus heureux que celui qu’il va quitter. Et cet état nouveau lui est révélé par ces tableaux merveilleux, ces apparitions souriantes, qui se manifestent si souvent à l’heure de la mort. Bien des gens ont entendu des malades décrire ces choses étranges auxquelles la fièvre prend moins de part que ne le croit la science. C’est ce que les médecins appellent des hallucinations et ce que les spirites prétendent être la révélation première des mystères de l’autre vie !

 On peut dire que dès le moment où ces visions se manifestent l’existence terrestre est finie. Elle ne tient plus qu’à un fil qui va se rompre bientôt. La mort, dans ce cas, n’est pas brutale ; elle vient, douce et bonne, délivrer l’esprit, chez lequel se produit un phénomène analogue à celui du sommeil. Enfin le dernier souffle s’exhale et la vision se continue, accentuant, de plus en plus, ses formes, d’abord un peu vagues. Puis, au bout d’un temps plus ou moins long, en rapport avec le degré d’avancement que l’esprit avait sur la terre, il y a, pour lui, dégagement complet des attaches charnelles: il est dématérialisé. Vient alors le réveil, semblable à celui qui suivrait un sommeil orné de beaux rêves. Ces rêves sont la réalité même. Cependant l’individu conserve la faculté précieuse de ne pas abandonner tout-à-fait cette terre où il reprendra un corps peut-être ! En attendant il revoit ses amis d’ici-bas ; il les entend ; il pénètre parfois leurs plus intimes pensées. . . S’il n’a plus son corps charnel, il est en possession de son périsprit, qui garde, on le sait, la forme humaine et se présente revêtu de l’image fluidique des vêtements qui recouvraient le corps durant la vie organique (1).

 Voilà tout le mystère de la mort.

 Dans cet état l’être reste ce qu’il était auparavant. Il pense, voit, sent et souffre comme autrefois. Il est donc naturel qu’il cherche à faire part de ses joies ou de ses peines à ceux qu’il a laissés dans cette vie.

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*    *

 Cependant les spirites ne prétendent pas que l’esprit désincarné puisse donner seul des signes de son existence. La philosophie officielle ne savait point ce que sont vraiment nos phénomènes lorsqu’elle les a niés en disant qu’il n’était pas possible «de rencontrer une âme dégagée de tous liens avec la matière». Assurément une âme dans cet état ne tombe pas directement sous nos sens et nous ne pouvons ni la voir, ni l’entendre, ni lui demander des nouvelles de l’autre monde. Pourtant cette même philosophie fait un aveu précieux à retenir lorsqu’elle déclare que l’âme « qui n’est pas détruite par la perte des organes, conserve virtuellement la puissance de penser. »

 Or, cette âme, qui pourrait se manifester encore, s’il ne lui manquait le mécanisme indispensable, c’est-à-dire le cerveau, restera-t-elle inactive lorsqu’une force physique, semblable à celle qu’elle a perdue, viendra s’offrir à elle ? Ne sera-t-elle pas tentée, puisqu’il est convenu qu’elle peut penser encore, de donner à sa pensée l’ampleur, le relief, la forme enfin d’autrefois, ne serait-ce qu’un instant et pour montrer aux incarnés qu’elle existe toujours ? Cela me parait rationnel, car je ne crois pas qu’aucune loi de la nature puisse empêcher l’âme de se servir d’un intermédiaire mis à sa disposition par la nature elle-même. — Cet intermédiaire c’est le cerveau du médium.

 (1)         Ce phénomène s’explique ainsi : L’être humain, au moment où il se désincarne et rentre dans la période de trouble ne peut d’abord se figurer qu’il vient de mourir, surtout s’il pensait, avec les catholiques, qu’après la mort on paraît devant Dieu, ou, avec les matérialistes, que l’anéantissement complet suit le dernier battement du cœur. Croyant donc toujours vivre, il se croit toujours revêtu de l’un des costumes qu’il portait dans les derniers jours de sa vie. Sa pensée, troublée, comme je viens de le dire, ne peut lui communiquer la volonté de prendre un autre aspect que celui qu’il avait hier. Il en résulte que son périsprit, subissant l’influence de sa pensée, se montrera tel que cet individu songe qu’il doit être encore. Si un médium le voit alors il le dépeindra donc comme il était durant sa vie. Plus tard, lorsque cet esprit connaîtra mieux sa situation, il gardera la même forme ou bien il pourra, par un simple effet de sa volonté, se montrer sous un aspect différent.

 Par l’entremise du médium, l’âme désincarnée nous fait part de ses impressions ; elle nous éclaire, de son mieux, sur les choses de l’espace ; elle soulève devant nos yeux le voile de la mort. Privée de son auxiliaire indispensable, elle retombe, vis-à-vis de nous, dans le mystère et le silence; elle redevient ce point métaphysique enseigné par la philosophie officielle. 

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*  * 

Maintenant que sont les médiums ?

 Je vais essayer de le dire.

 La médiumnité ne peut s’exercer, étant donnée la fragilité de l’organisme humain, qu’au détriment de la santé corporelle. Elle n’existe que par suite d’une délicatesse excessive du système nerveux. Pour que celui-ci permette au périsprit de se dégager des organes et d’y rentrer ensuite, il faut qu’il soit dans des conditions de sensibilité tout-à-fait exceptionnelles ; il faut qu’il y ait une sorte de désagrégement permanent des nerfs , si je puis dire ainsi. Un état bien normal ne peut donc être favorable à la médiumnité et c’est pourquoi des troubles si fréquents sont remarqués chez les personnes douées de ce singulier pouvoir. Plus la médiumnité s’exerce plus aussi elle tend à mettre les nerfs dans un état d’éréthisme, qui pourrait devenir dangereux à la longue. Cependant si l’hystérie (1) chez les femmes médiums, ou si des affections analogues, chez les hommes qui ont la même faculté, se rencontrent parfois, cela n’enlève au phénomène ni sa cause véritable ni sa haute portée philosophique (2). 

(1)        L’hystérie n’est pas toujours un dérèglement sensuel. C’est plutôt un détraquement général du système nerveux, qui s’affirme de différentes façons.

 

 (2) Les miracles de Lourdes et d’ailleurs sont tout simplement des apparitions d’Esprits à des médiums. Quant aux vertus des fontaines qui ne manquent pas de jaillir aussitôt sur les lieux mêmes, il est absolument certain que ces vertus n’existent que dans l’esprit des dévots. Øtais, comme toute émotion vive a la plus grande influence sur l’état des nerfs, il est évident que les croyants qui se plongent dans les fontaines saintes peuvent ressentir une secousse capable de rétablir spontanément l’équilibre dans leur système nerveux malade. Plus leur foi sera grande, plus leur émotion sera grande aussi. Provoquée par une cause toute différente, celte émotion produirait les mêmes effets si, bien entendu, elle était aussi profonde.

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*  * 

Mais si ces faits, dira-t-on peut-être, sont naturels et s’ils se sont produits dans tous les temps, pourquoi, aujour­d’hui, fatiguent-ils ainsi ceux qui les obtiennent ?

Je répondrais à cette question, si on me la posait, que les esprits se communiquaient, en effet, et même avec beaucoup de facilité, dans les âges anciens, comme l’histoire d’ailleurs nous l’apprend.

  Mais j’ajouterais que, si les communications entre les vivants et les morts étaient plus faciles qu’aujourd’hui, cela résultait d’une pureté de mœurs et, par conséquent, d’une souplesse des organes que l’on ne retrouve plus, surtout dans nos contrées d’Europe

 Nous ne songeons pas assez, en effet, aux droits que la matière a su s’arroger, à mesure que la civilisation s’est avancée. Nous progressons, dit-on; c’est possible.

 Pourtant il est possible aussi que nos sens ne se perfectionnent pas dans la lutte que nous soutenons pour la vie, lutte d’autant plus fatigante que nos besoins sont, de jour en ,jour, plus nombreux. Bref, la matière, un peu par notre faute, a su prendre sur l’esprit des droits qu’elle ne cède qu’avec peine. Si elle y est contrainte, l’ensemble tout entier du système en souffre ; mais le phénomène psychologique n’en existe pas moins, à côté du phénomène physiologique qu’il a pu occasionner ou qui pouvait exister antérieurement à l’apparition de la faculté médianimique.

 D’ailleurs il est possible de réglementer cette faculté dans une juste mesure. On peut donc se dispenser d’en abuser et le corps ne s’en trouve que mieux. Il faut tenir compte enfin de la nature des esprits qui visitent un médium. S’il est, moralement, bien organisé, il sera difficile aux esprits méchants de s’emparer de lui et son corps ne souffrira que très peu de la possession intermittente qui sera la conséquence de sa faculté. De la sorte les troubles nerveux seront rares et les crises hystériques, amenées quelquefois par le travail de l’Esprit désincarné sur les nerfs du médium, pourront même ne jamais se produire. Si, malheureusement, le médium n’est pas d’un naturel excellent, d’un grand cœur, d’une riche organisation intellectuelle, en un mot, il sera exposé à recevoir la visite d’esprits inférieurs , inexpérimentés ou méchants , qui l’obséderont, s’empareront de lui sans mesure, occasionneront des troubles fâcheux (le l’esprit et du corps. Les possédés du moyen-âge étaient de malheureux médiums (le ce genre. On les faisait brider pour la gloire du ciel et pour la confusion (lu diable , ce qui n’éclairait pas beaucoup les populations sur la cause véritable de leur mal ! 

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En somme, un médium est un instrument. Plus délicat, plus mystérieux aussi, qu’aucun instrument de précision fabriqué par la main des hommes, il produit, selon sa nature, des phénomènes matériels ou intellectuels, qui étonneront longtemps encore les savants. Le jour où ceux-ci renonceront à traiter les spirites de charlatans ou de fous et voudront se donner la peine d’examiner, de près, nos phénomènes, ils reconnaîtront que ces phénomènes sont vrais. D’ici-là nous continuerons à les produire en nous souciant peu des arguments que l’on présentera contre nous. En réalité, on n’en trouvera pas de sérieux. L’esprit, qui a toujours survécu à la matière, lui survivra encore, car c’est la loi. Et comme c’est aussi la loi qu’il puisse se manifester dans les conditions spéciales que j’ai essayé de déterminer en ces pages, il se manifestera jusqu’à la fin des âges, de même qu’il l’a fait depuis le commencement des siècles !

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   *   *

J’arrive maintenant au récit d’expériences, faites par moi, et qui ont eu pour résultat la production de phénomènes spirites matériels. Je viens de le dire, un médium est un instrument, un sujet inconscient, qui obéit à d’autres volontés que la sienne. Il n’a donc, pas plus que le magnétiseur, à tirer vanité de sa puissance. C’est pour cette raison que je ne donnerai pas ici le nom de mon collaborateur. Lui et moi, nous travaillons pour une idée ; notre but est la recherche de la vérité. Mais comme il faut au moins que l’un des deux prenne la responsabilité du travail commun, du moment que nous soumettons ce travail au public, c’est mon nom seul qui paraîtra dans ces pages. Seul, par conséquent, je répondrai aux railleries des uns et aux objections plus sérieuses des autres.

 

 II

Les Expériences 

Depuis que je m’occupe de recherches spirites, j’ai obtenu avec le concours du médium..* une quantité considérable de phénomènes intellectuels, qui se sont produits soit par l’écriture mécanique, dans l’état de veille du sujet, soit durant le sommeil magnétique, provoqué par moi.

 Ces phénomènes, pour lesquels j’ai toujours pris les plus grandes précautions, ont peu fatigué la santé du médium.

 Mais j’ai voulu obtenir aussi des faits d’un autre genre, et au lieu de communications ayant toutes un caractère intelligent, mais ne prouvant pas assez, — pour les incrédules, — l’intervention d’une force extérieure, j’ai demandé aux Esprits avec lesquels je suis en relation des phénomènes ayant un caractère matériel. Ils m’ont répondu que cela ne serait pas impossible, mais qu’ils tenaient à ménager le médium et que je ne devais pas m’attendre, par conséquent, à obtenir souvent de pareils résultats. Dans des communications très-claires, l’un de mes Esprits familiers, sollicité par moi plus particulièrement que les autres, m’a dit, plusieurs fois, en septembre 1880, qu’il essaierait de faire, en ma présence, un premier apport et que, si la chose réussissait, plus tard il en ferait d’autres. J’ai eu, en effet, cet apport le 29 septembre.

 En avril 1881, j’ai sollicité d’un autre Esprit, qui fréquente la planète Jupiter et me rend de nombreuses visites, un nouvel apport. Cette fois, guidé par une curiosité qui semblera peut-être audacieuse, j’ai demandé à cet Esprit de me donner une fleur fluidique venant des espaces qui entourent Jupiter (11. Il m’a répondu qu’il essaierait. En effet, quelque temps après, il tenta, à différentes reprises, de faire cette expérience. Les résultats ont été négatifs et, plus loin, j’expliquerai pourquoi.

Mais ce même Esprit, qui tenait à me donner une preuve de sa puissance, a pu matérialiser, au mois de mai 1881, une boucle de cheveux, qu’il a déposée sur un guéridon, à mes côtés.

 J’ai donc eu, dans moins d’une année, un apport, diverses tentatives d’apports et une matérialisation partielle.

 Ce n’est pas grand chose, il est vrai, si l’on songe à ce qu’obtiennent certains spirites. Mais j’aime mieux avoir reçu peu et m’être bien rendu compte de ces phénomènes. C’est précisément parce qu’ils se sont produits difficilement, parce que j’ai dû prendre de grandes précautions pour les obtenir, que j’ai pu les étudier de près, en observateur froid et attentif.

 Je vais donc raconter ici, avec la sincérité la plus absolue, ce que j’ai vu ; je répéterai aussi ce que mes Esprits familiers m’ont dit, à ce propos. Mais je tiens à ce qu’on le sache bien : toute supercherie, de la part du médium, aurait été impossible ; et, d’un autre côté, quelques accidents nerveux qui ont suivi l’expérience relative à la fleur de la planète Jupiter, — accidents auxquels le médium n’est pas sujet, — m’ont prouvé qu’il y avait là un phénomène incontestable.

 Voici comment je procède habituellement :

 Quand je veux obtenir une communication quelconque, je magnétise le sujet, ou bien celui-ci prend, tout éveillé, un crayon et du papier, puis se recueille et attend. C’est ce que l’on appelle l’écriture mécanique (2). Quel que soit le mode employé le résultat est toujours intéressant.

 (1) J’ai dit, dans la Revue spirite de juin 1881. que, d’après mes Esprits familiers, il existait aux confins de l’atmosphère terrestre, une sorte de terrain fluidique, qui entoure notre globe. Là se reforment les périsprits des plantes et des animaux dont les corps meurent sur la terre. Autour de chacune des planètes de notre système solaire, il y aurait également un terrain du même genre. Dans mon travail sur les Phénomènes du Spiritisme, publié par l’Echo de Parthenay, en 1880, j’ai essayé d’expliquer comment s’étaient formées ces régions toutes particulières de l’espace.

 (2) Il se passe alors ceci : L’esprit qui veut écrire s’empare des fluides du bras du médium et, à l’aide de cette force, guide sa main, qui, obéissant à l’influence de l’être désincarné, trace les mots que pense celui-ci. Le cerveau est complètement étranger à ce phénomène, aussi le médium peut-il causer tout en écrivant. Ces expériences se font généralement sans lumière. 

*

*  * 

J’arrive maintenant au premier apport et voici ce que je trouve dans mes notes, à la date du 28 septembre 1880 :

 — Depuis quelques jours, je magnétise le médium tous les soirs. L’Esprit qui veut produire l’apport m’a fait cette recommandation afin de bien disposer le sujet, parce que celui-ci n’est pas un médium à effets physiques assez puissants pour qu’il soit possible d’obtenir spontanément avec ses fluides, un tel phénomène. Je magnétise donc le médium ce soir encore. Aussitôt qu’il est endormi l’Esprit arrive.

 Il se manifeste de la manière suivante :

 Je l’interroge, comme si je parlais à un individu incarné qui se trouverait là. Il m’entend et sa pensée formule une réponse qui frappe les organes cérébraux du médium endormi. Celui-ci me transmet alors de vive voix, et comme si elle était émise par sa propre pensée, la phrase qu’il vient d’entendre ; puis je pose une autre question et l’entretien se continue ainsi jusqu’à ce que l’Esprit, sentant le médium fatigué, me conseille de provoquer le réveil.

 —   Il est probable, me dit-il, que je ferai mon apport demain.

—    Et que nous apporterez-vous ? demandai-je.

—    J’ai deux objets en vue. Ils sont l’un et l’autre en Angleterre, à Londres. L’un est une image, que j’avais donnée à ma sœur, au siècle dernier. Il y a des mots anglais derrière. L’autre est un souvenir que le médium a donné, autrefois, à une personne de ses amies. Je l’apporterai, ajoute l’Esprit, l’un ou l’autre de ces objets; peut-être les deux.

—     Alors vous irez les chercher en Angleterre ?

—     Oui. Maintenant tu peux le réveiller. A demain. Je réveille le médium. La séance a duré un quart d’heure. 

*

*  * 

Le lendemain, 29 septembre, je magnétise le médium à neuf heures du soir. L’Esprit arrive et me dit qu’il va produire le phénomène.

 Sur ces conseils, je fais coucher le sujet par terre. Un instant après l’Esprit me dit d’éteindre la lumière. J’éteins la lampe. Placé près du médium, j’entendrais le moindre mouvement qu’il ferait. Il ne bouge pas. J’attends. Au bout de deux ou trois minutes, le médium me dit, toujours endormi :

—           Il me présente quelque chose, mais je ne puis le prendre.

—           Que vous présente-t-il ?

—           Ah ! il le met à côté de moi.

 Je m’adresse alors à l’Esprit :

—           Vous êtes toujours là ?

D’une voix faible le médium répond :

—           Oui. Je reviendrai demain et je te donnerai des détails. Réveille-le.

 Je rallume la lampe et je trouve, à côté du médium, une image ayant à peu près l’aspect de ces gravures que les jeunes filles ont dans leurs livres pieux. Il y a, d’un côté, un dessin, représentant une rose coloriée ; derrière se trouvent ces mots anglais :

 « FOR MY DEAR RIKA  OCTOBER 1783 »

 Dans une coupure faite à cette image, au-dessous de la rose, sont passés trois petits rubans blancs, un peu fanés. Sur l’un, je lis ces mots, qui ont été brodés : Je suis le pain de vie ; sur l’autre, ceux-ci : God is love; et sur le troisième : Christ est ma vie. Les rubans ont quelques plis, mais l’image est intacte, et il serait absolument impossible, entourée, comme elle l’est, d’une dentelure très-fragile, que cette dentelure ne se soit pas froissée et déchirée si le médium eut pris ces objets sur lui pour les déposer à son côté. Du reste, je le répète, il n’a pas fait un seul mouvement pendant l’expérience. Il est comme anéanti sur les coussins où je l’ai mis et j’ai beaucoup de peine à le réveiller.

 J’ajoute que le médium a été très fatigué durant la soirée et la journée du lendemain. C’était comme une sorte d’épuisement ; pas de douleur mais une lassitude générale. 

*

*  * 

Le jour suivant, à neuf heures et demie du soir, je magnétise le médium. L’Esprit arrive.

 — Le sujet a été fatigué, dit-il, par cet apport ; aussi ne faudra-il pas prolonger son sommeil. J’aurais été content si tu t’étais rendu compte de son état, en consultant les battements du cœur ou le pouls. Tu aurais remarqué qu’ils battaient moins fort que de coutume ; que son état n’était plus l’état ordinaire.

— Pouvez-vous me dire comment vous vous y êtes pris?

— Pas aussi bien que je le voudrais. C’est par une sorte d’absorption du fluide vital. Nous nous imprégnons des fluides du médium.

— Je voudrais aussi vous demander comment vous avez pu faire traverser à ces objets la muraille, puisque la pièce où nous avons fait l’expérience n’a pas de cheminée et que la porte et la fenêtre étaient fermées ?

— Je suis allé chercher ces objets, dans la journée, avec des fluides que j’avais pris au médium. Je les ai dématérialisés dans les endroits où ils se trouvaient, car ils étaient dans deux maisons différentes ; puis, lorsqu’ils ont été rendus fluidiques par cette opération première, je les ai apportés ici, en leur faisant traverser la muraille comme je la traverse moi-même. Je les ai rendus matériels ensuite, avec d’autres fluides empruntés au médium que tu venais (l’endormir. — L’image avait été donnée par moi autrefois à ma sœur, nommée Frédérika, ou Rika par abréviation, à l’époque où nous habitions Londres, après avoir quitté l’Allemagne. Quant aux trois petits rubans, c’est le médium lui-même qui les a donnés, il y a quinze ou seize ans, à une personne de ses amies, morte depuis à Londres. Et maintenant, réveille le médium.

—  Je le réveille. Il est dix heures et quart. 

*

*  * 

Telle est l’histoire de ce premier apport. Pendant plusieurs jours j’interrogeai le même Esprit pour avoir quelques détails très-précis sur la manière dont s’opérait ce phénomène. Il me répondit toujours qu’il ne pouvait pas me l’expliquer plus clairement qu’il ne l’avait fait. Le 11 novembre 1880, un autre Esprit me fit cette réponse, par l’écriture mécanique :

 « Vous avez demandé à notre ami une explication du phénomène des apports. L’Esprit le plus érudit ne pourrait lui-même résoudre certains problèmes que, vivant   sur la terre, il expliquerait à l’aide d’appareils spéciaux. La matière cosmique joue toujours le plus grand rôle dans toutes les opérations des Esprits. Analyser comment il peut se faire qu’au moyen de cette matière on désagrège un corps solide n’est pas chose facile, attendu que l’Esprit se rend à peine un compte exact de ce qu’il fait. Il faut aussi compter avec la volonté de l’Esprit qui veut faire une chose. En un mot, les termes nous échappent complètement. Peut-être finirions-nous par nous expliquer si, comme je vous le disais tout à l’heure, nous pouvions user, dans ces sortes d’épreuves, des instruments en usage sur la terre dans les expériences scientifiques : ballons, cornues, etc. Soyez-nous indulgents et croyez-nous vos amis. »

 Je ne savais donc pas grand chose encore, au sujet des apports, cependant le peu que j’avais appris valait toujours mieux que rien. Je résolus d’attendre quelque temps puis de demander, soit à l’Esprit auteur du premier apport soit à un autre, de produire encore ce phénomène et de me donner, si cela était possible, des explications plus complètes. 

*

*  * 

Un Esprit vraiment supérieur, et dont le nom est très répandu dans l’humanité, m’a fait l’honneur de se manifester devant moi, pour la première fois, vers la fin de décembre 1880. Il vient me voir souvent depuis cette époque et il m’a donné, comme je l’ai dit plus haut, des renseignements pleins d’intérêt sur la planète Jupiter. Dans le courant de mars 1881, j’eus une idée hardie, que je lui communiquai.

— Pourriez-vous, lui dis-je, m’apporter un objet venant d’une autre planète ?

— Que voudrais tu ? demanda-t-il.

—  Une fleur de Jupiter

—  Ce sera difficile. Les plantes de Jupiter étant moins matérielles que celles de votre globe, il me faudrait des fluides assez purs pour pouvoir les matérialiser. Mais j’essaierai, je te le promets. 

*

*  * 

Le 31 mars, je reviens sur le même sujet et j’ajoute :

—         Les plantes de Jupiter ont-elles la même nature que les nôtres ?

—         Non. répond-il, et c’est ce qui me donne à réfléchir. C’est justement parce qu’elles diffèrent des vôtres qu’il y a difficulté pour moi, à cause des fluides du médium. Je rencontre, pour faire cet apport, une grande difficulté, en ce que ces fluides sont trop épais si je puis me servir de cette expression, pour matérialiser un objet venant de la planète Jupiter. J’essaierai cependant.

—           Y aura-t-il du danger pour le médium ?

—           Peut-être ; je ne puis pas bien le dire encore. Il pourrait être ébranlé fortement.

—           Comment les fleurs de Jupiter sont-elles faites ?

—           Il y en a de toutes sortes. Elles sont beaucoup moins matérielles, moins lourdes que celles de la terre (1). Je crois qu’il faudrait des fluides excessivement légers. J’essaierai dans quelque temps. 

*

*  * 

Après plusieurs autres séances, dans lesquelles la conversation roula, presque toujours, sur le même sujet, nous arrivons au 27 avril, dix heures du soir.

 Le médium, qui a été fatigué toute la journée, — qui a été influencé, suivant l’expression dont nous nous servons, — veut écrire mécaniquement et prend du papier et un crayon. Mais il ne peut rien obtenir et bientôt s’endort, tout seul, du sommeil somnambulique.

 Je m’approche de lui et je constate aussitôt qu’il a les mâchoires contractées et ne peut articuler un seul mot. Je le dégage en lui soufflant fortement sur la bouche.

Au bout d’un instant il peut parler et me dire qu’il voit l’Esprit.

 Celui-ci me déclare « que cette sorte de paralysie qui « vient de se produire n’avait rien de dangereux; qu’il était venu pour influencer le médium et se familiariser, en vue de l’apport projeté, avec le maniement de ses fluides, mais qu’il ne croyait pas aller aussi loin que cela. » Nous parlons encore de nos projets. « — Demain soir, dit-il, je reviendrai et je tâcherai d’apporter quelque chose. Peut-être ne réussirai-je pas cette fois. Alors je recommencerai le jeudi suivant. »

  (1) Elles sont évidemment en rapport avec la densité de la planète. On sait que la terre de Jupiter a, d’après Camille Flammarion, la densité du chêne. 

*

*  * 

Le jeudi 28 avril, à neuf heures et demie du soir, je magnétise le sujet. Au bout de quelques minutes, il dort et me dit :

—                Je vois l’Esprit.

—                Que dit-il ?

—              Il dit : Je vais t’indiquer la marche à suivre : Tu vas continuer à magnétiser le médium jusqu’à ce qu’il soit en extase. Il y aura ensuite un sommeil excessivement lourd, pendant lequel j’essaierai de matérialiser ce que j’ai apporté.

—              Faudra-t-il que j’éteigne la lumière ?

—              Oui ; quand tu le verras s’endormir après l’extase.

 Je magnétise plus fortement. Bientôt l’état extatique se manifeste. Le médium ouvre les yeux, regarde fixement vers un coin de la pièce, se lève et marche. Je le prends par la main et je le conduis vers un édredon que j’ai mis sur le plancher. J’éteins ensuite la lumière.

 Au bout de deux minutes, il se réveille et l’Esprit me dit : — Rallume la bougie.

 Je m’empresse de le faire, mais je ne vois aucun objet auprès du médium.

—           Avez-vous réussi ? dis-je à l’Esprit.

—         A moitié… Je pense réussir entièrement une autre fois.

–             Qu’aviez-vous apporté ?

—         Une fleur… Maintenant tu vas magnétiser un peu plus le médium et tu lui donneras, de la sorte, de nouveaux fluides qui te permettront de le remettre en extase. Ensuite tu le conduiras vers son » fauteuil et je le réveillerai moi-même.

 Je suis ces recommandations. Je fais quelques passes magnétiques devant le sujet qui se relève bientôt, les yeux grands ouverts, fixes. Je le reconduis alors vers le fauteuil où je l’assieds. Un instant après il se réveille tout seul, très fatigué.

 Cette expérience n’a pas eu de suites fâcheuses pour la santé du médium. Le lendemain cependant il ressentait une vive douleur aux poumons et dans la poitrine. Cette douleur disparut bientôt. 

*

*  * 

Le 3 mai, j’obtiens de l’Esprit quelques explications. I1 me dit notamment qu’il recommencera bientôt son expérience; que la fleur qu’il avait apportée venait du terrain fluidique de la terre et non de celui de la planète Jupiter. mais que cette fleur n’avait pu se matérialiser parce qu’elle était trop grosse et aussi parce que le sujet était plutôt un médium à effets intellectuels qu’à effets physiques. Il me promet d’essayer encore.

 —         La fleur que j’apporterai, la prochaine fois, ajoute-t-il, sera prise dans le terrain  fluidique de la planète Jupiter. Si j’ai essayé de matérialiser une fleur terrestre, c’est parce que je voulais me rendre compte de la puissance des fluides du médium. Je me disais que s’il m’était possible de réussir, ce serait un succès pour moi. Mais, je le répète, je crois que la fleur que, j’ai apportée était trop grosse. Je n’ai fait qu’un essai. Je reviendrai bientôt.

 —              Il me semble, lui dis-je, que si la fleur que vous apporterez était moins dense qu’une fleur terrestre, elle devrait se matérialiser avec une plus grande facilité ?

—              Mais il faudrait des fluides plus purs, répond-il.

—              A moins qu’une fleur de Jupiter, en se matérialisant avec des fluides humains, ne prenne, par ce fait, la consistance d’une fleur terrestre ?

—              Cela pourrait être.

—              Je crois, ajoutai-je, que tout objet qui ne sera pas terrestre devra prendre, en devenant matériel sur notre globe, une densité terrestre, si je puis m’exprimer ainsi.

Il m’avoue qu’il partage mon avis, mais que ni lui ni moi ne pourrions affirmer cela puisque jamais une matérialisation de ce genre n’a eu lieu encore. Sur ces mots, il ajoute qu’il reviendra prochainement, puis il me quitte et je réveille le sujet.

 Le 10 mai, je magnétise le médium à dix heures du soir. Mais comme j’ai une forte migraine je ne lui communique que (les fluides défectueux. L’Esprit vient cependant et nous causons.

—         Jeudi je reviendrai, me dit-il. Tu le magnétiseras à dix heures et ce qu’il y aura de mieux à faire ce sera de provoquer l’extase immédiatement. Nous irons jusqu’au bout. Je veux arriver.

—         II est bien entendu que c’est une fleur de la planète Jupiter que vous nous apporterez ? (1)

—         Oui. Je l’ai, ce soir. Veux-tu que je la lui montre? — Je le veux bien.

 Le médium me dit alors qu’il voit, dans la main de l’Esprit, une branche, où il y a des fleurs. Elles forment un bouquet de ces fleurs, qui sont blanches, sortent comme de petites plumes rouges. Les feuilles sont allongées et dentelées. Le tout est très-clair.

A l’Esprit :

—           Y a-t-il des fleurs de ce genre sur la terre ?

—           Il y en a qui leur ressemblent un peu. Mais réveille le médium. Je reviendrai jeudi. 

 (1) On comprend qu’il ne s’agit pas ici d’une fleur cueillie sur le sol de Jupiter mais d’une fleur fluidique, prise dans les espaces qui entourent cette planète. 

*

*  * 

Le lendemain, mercredi, 11 mai, à dix heures et demie du soir, le médium se met à la table avec l’intention d’écrire mécaniquement. Mais bientôt il s’endort tout seul. Je l’interroge.

 Il me dit qu’il voit plusieurs de nos amis de l’espace, entre autres celui qui doit faire l’apport.

—           Fais en sorte, me dit alors cet Esprit, que l’humeur du médium soit bien égale demain.

—           Pourra-t-il sortir dans la journée :’

—           Oui, s’il le veut. Il m’est plus facile de l’influencer convenablement en plein air que dans un air concentré. Je l’ai influencé aujourd’hui dehors, il ne s’en est pas aperçu ; il n’a éprouvé aucune fatigue. Je vais maintenant le réveiller. A demain.

—           Le médium revient en effet à lui, tout seul, au bout de quelques minutes. Il se sent très-fatigué. 

*

*  * 

Je le magnétise le lendemain, dans la soirée, à dix heures. Cinq minutes après il dort.

 Il voit l’Esprit, accompagné encore de nos autres amis. Je lui demande si le sujet est bien disposé. Il me répond qu’il le trouve très-bien ; qu’il va tenter l’expérience et que, s’il ne réussit pas, il apportera, la semaine suivante, un objet terrestre.

 Alors, sur sa recommandation, je conduis le médium vers des coussins que j’ai mis par terre; je le couche dessus; j’éteins la lumière et j’attends. Un mince rayon de lune pénètre dans la pièce et me permet d’apercevoir, à mes pieds, le médium, inerte.

 Au bout d’une minute celui-ci me dit qu’il voit une fleur dans la main de l’Esprit. Cette fleur est blanche et brillante. Il l’appuie sur la poitrine du médium…

 Mais alors il se passe une chose étrange et dont le sujet endormi me rend compte en termes fort précis : Dès que la main de l’Esprit abandonne la fleur, celle-ci monte doucement vers le plafond. L’Esprit la reprend et veut de nouveau tenter l’expérience ; mais aucune combinaison des fluides de l’objet apporté et des fluides du médium ne peut. avoir lieu, car, aussitôt que l’Esprit se dessaisit de la fleur, elle remonte encore. Un troisième essai ne réussit pas mieux que les précédents. Il semble pourtant au médium que la fleur prend un peu plus de consistance, change de couleur et paraît moins fluidique. Mais c’est tout, et après avoir tenté en vain, une quatrième fois, de produire le phénomène, l’Esprit est obligé d’avouer que la matérialisation de cette fleur lui parait impossible. — Je ne sais par quel moyen, dit-il en la reprenant, je pourrais arriver à mes fins.

 Il est évident, pour lui comme pour moi, que les fluides humains ne peuvent produire ce phénomène, très-curieux, du reste, malgré l’échec que nous venons de subir.

 L’esprit me prévient qu’il m’apportera, le mardi suivant, un objet plus facile à matérialiser, puis, sur ses conseils, je réveille le sujet, qui est très-fatigué et ressent un grand froid par tout le corps. I1 est dix heures et demie. 

*

*  * 

J’arrive maintenant à un phénomène de matérialisation, qui a eu lieu, non pas le mardi suivant, comme l’Esprit me l’avait annoncé, mais le lundi 23 mai 1881.

 Cette fois l’expérience a parfaitement réussi. En voici le compte-rendu.

 Je magnétise le médium à 10 heures et demie. Il voit, aussitôt qu’il est endormi, l’Esprit qui doit produire le phénomène et un autre Esprit, une enfant de 15 ans qui était la fille du médium dans une précédente incarnation.

Je dis alors à l’Esprit :

—              Vous allez essayer?

—              Oui.

—              Que faut-il que je fasse? Dois-je provoquer l’extase ?

—              Non. Il faut forcer la magnétisation. Ensuite tu feras comme (l’habitude.

 Je fais ce qu’il me dit. Je magnétise le médium un peu plus, mais sans pousser jusqu’à l’extase. Je le couche par terre et j’éteins la lampe.

Bientôt le médium, qui est absolument immobile, me dit que l’Esprit lui présente (les cheveux qu’il vient de prendre sur la tète de la jeune fille. I1 enroule ces cheveux autour de son doigt.

—              Comment les avez-vous coupés? lui dis-je.

—              Avec mes doigts. Je vais les poser sur une petite branche.

—                Ou cela?

—                Parmi les plantes qui sont sur la table.

 Nous causons encore un instant. Le médium voit toujours la jeune fille qui sourit à côté de l’Esprit. Bientôt celui-ci me dit de donner de la lumière et de réveiller lentement le sujet.

 Je le réveille, et je trouve, en effet, roulée en boucle, sur une branche d’un arbuste qui orne le guéridon, une mèche de cheveux noirs, longue de 40 centimètres environ. Elle est attachée par un autre cheveu qui retient l’une de ses extrémités. 

*

*  * 

Le lendemain, 24 mai, le médium a une forte migraine. Dans la journée je m’absente. Le soir, en rentrant. je le trouve couché et endormi. Je le réveille en lui soufflant fortement au visage ; puis, pensant produire une réaction chez lui, je l’endors tout-à-fait. Bientôt il est pris d’un accès de somnambulisme et pendant près d’une demi-heure, il va et vient dans la maison. I1 va chercher notamment une lettre qu’il avait reçue, le matin, et qui se trouvait dans une boite, sur une étagère. Il me dit de lui lire cette lettre, ce que je fais. Enfin, pensant que l’accès a assez duré, je le réveille à huit heures. La migraine est un peu moins forte et le médium ne se souvient de rien. Le lendemain il se sent très-bien. 

*

*  * 

Le lundi 30 mai, à dix heures et demie du soir, je remarque que le sujet est très-influencé. Je lui fais prendre du papier et un crayon ; mais, au lieu d’écrire, il s’endort, sans le secours d’aucune passe magnétique.

 Je m’aperçois alors qu’il est surexcité dans son sommeil. Je lui dis que je vais aller chercher une plume et du papier pour prendre note de ce qu’il va me dire.

— Non, dit-il, je veux y aller moi-même.

 Il se lève, toujours endormi, et s’en va par la maison. Bientôt il me rapporte un porte-plume et un encrier. Je le fais asseoir, puis je l’interroge :

—   Que voyez-vous?

Il me répond durement :

—  Que voulez-vous que je dise ?

—  Que voyez-vous ?

— Mais que voulez-vous que je dise ?

— L’Esprit est-il ici ?

— Non, fait-il, d’un ton sec.

 Je remarque qu’il est très agité. Alors je le dégage en lui soufflant sur la figure et je me rends bientôt maître de la situation. Le sujet parait plus à l’aise. Il me dit qu’il voit l’Esprit.

—           Ces choses, dit celui-ci, arrivent toujours lorsque je viens. Je vais te dire, en peu de mots, comment j’ai pu faire cette matérialisation. Ce ne sera qu’un résumé : Le soir de l’expérience, lorsque le médium a été endormi. j’ai placé la jeune fille auprès de lui, et j’ai pris, pour matérialiser les cheveux de cette enfant, les fluides qui se dégageaient de la tête du médium.  Voilà, en quelques mots, ce qui s’est passé. Que veux-tu que je te dise de plus maintenant ?

—           Vous ne savez pas pourquoi les fluides d’un médium peuvent produire ce phénomène ?

—           Je le sais sans pouvoir l’expliquer clairement : C’est par un mélange de fluides matériels et de fluides spirituels. Nous ne sommes pas chimistes pour pouvoir analyser ces fluides. Par notre volonté, il y a combinaison et voilà tout. Comment veux-tu que je démontre de quelle manière cette matérialisation a été faite ? J’ai voulu et cela a été.

 —           Pensez-vous qu’un savant pourrait expliquer la chose ?

–               Pas plus rationnellement. Cela lui serait du moins bien difficile.

—           Vous avez en vous la faculté de produire ce phénomène sans vous rendre un compte exact de la façon dont vous vous y prenez ?

—           Oui-.

—           Et tous les esprits, dans tous les temps, ont eu la même faculté ?

—           Assurément.

 Je l’interroge encore, mais le médium entend mal ses réponses et ne me les transmet que par monosyllabes. Les mâchoires sont contractées, les dents serrées. Je constate qu’il est impossible de pousser plus loin l’expérience.

 Je réveille alors le sujet à onze heures moins quelques minutes.

 Le lendemain il se trouve très-bien. 

*

*  * 

Le mardi 31 mai et les jours suivants la santé du médium paraît bonne. Depuis cette époque, du reste, il n’a éprouvé aucun des accidents nerveux qui se sont produits dans cette période de deux mois durant laquelle nous avons fait toutes ces expériences. Cependant, depuis, nous avons obtenu plusieurs autres phénomènes, mais tous intellectuels et conformes au tempérament médianimique du sujet.

 Que dirait donc la science si elle voulait se donner la peine de lire cette relation ? Une habile comédie a-t-elle été jouée, pendant deux mois, en ma présence ? Ce serait bien difficile à croire, étant données toutes les phases par lesquelles a passé la santé du médium. En outre, l’honnêteté de celui-ci écarte absolument cette supposition de ma pensée. Ou bien est-ce moi-même qui, de concert avec mon collaborateur, cherche à jeter de la poudre aux yeux du public ? Le croira qui voudra : mais afin de prouver le contraire j’offre de produire des phénomènes analogues (levant les savants, s’ils le désirent, en petit comité toutefois et pour les raisons, sérieuses, que j’exposerai plus loin. Cas pathologique, diront-ils, névrose, hallucinations, folie !.. Soit! — D’où provenait alors cette gravure qui n’avait jamais été en ma possession, qui m’a été apportée à la fin de septembre 1880 et que j’ai conservée ? D’où provenait cette boucle de cheveux, que j’ai obtenue quelques mois après, et dont je viens loyalement, sincèrement, sans phrases et sans fantaisies d’aucune sorte, d’expliquer la singulière origine ? 

 

III

 

La Force Psychique 

  Nous ne sommes plus à l’époque des cabalistes, ni au temps où l’on croyait aux Esprits élémentaires, aux sympathies occultes, aux charmes, aux suppôts du diable et de l’enfer ! Il est bon, je le crois, de faire remarquer cela, dans une étude de ce genre, et de déclarer surtout que le spiritualisme expérimental doit répudier tout ce qui, de près ou de loin, touche à la superstition. L’idée a fait du chemin depuis la fin du dernier siècle ; elle est sur le point d’entrer dans le domaine de la Science ; il faut donc qu’elle se présente aujourd’hui sérieusement et dépourvue de toute enveloppe fantaisiste ou sentimentale. Cela rien vaudra que mieux pour elle.

 « Il faut croire, disait M. Alfred Naquet, en 1870, à la salle des Capucines, — il faut croire que le Spiritisme a de bonnes raisons pour se produire loin des regards des investigateurs de la science… » Eh bien ! le Spiritisme doit, aujourd’hui, relever la tête devant cette sorte de défi. Non, il n’a aucune raison pour se cacher; non, il ne fuit point la discussion ; et s’il ne lui est pas possible, excepté dans des cas fort rares, de produire ses phénomènes ailleurs qu’en des cercles peu nombreux et dans certaines conditions physiques presque toujours indispensables, il doit dire franchement pourquoi, sous peine d’être considéré, longtemps encore, comme une plaisanterie scientifique et de voir ses adeptes traités de charlatans. — Je vais essayer, dans l’intérêt de l’idée, de fournir ces explications que demandent « les investigateurs de la science. » 

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On s’est beaucoup étonné de voir les expérimentateurs réclamer une obscurité relative, quelquefois même une obscurité complète, pour les phénomènes spirites qu’ils désiraient obtenir. On a prétendu alors qu’il y avait des trucs cachés; puis, comme certains faux médiums se sont souvent, en effet, servis de trucs, on en a conclu, très-légèrement, que, dans le spiritisme, il n’y avait absolument rien, — que des dupeurs et des dupes. C’était condamner bien vite une idée vieille comme le monde, mais qui n’a pas été toujours bien expliquée.

 Or, il y a deux manières de faire admettre comme vraies, ou du moins comme vraisemblables, les choses les plus extraordinaires. La première, — et la meilleure, — c’est de les produire publiquement, au grand jour, et de recommencer les expériences jusqu’à ce que le doute ne soit plus permis à personne. Cela nous ne le pouvons pas. Je déclare même qu’il m’eut été impossible d’obtenir les phénomènes dont je viens de rendre compte, en pleine lumière et devant une nombreuse assistance. — La seconde manière, c’est alors d’expliquer pourquoi il n’est pas possible de faire cette sorte de preuve. Mais il faut au moins dire cela, si l’on veut que l’idée fasse son chemin.

 Voici donc pourquoi les esprits des morts ne peuvent se manifester, ou ne se manifestent que difficilement en pleine lumière: tout simplement parce qu’ils sont formés eux-mêmes d’une lumière antipathique à celles dont nous nous servons. Aussi les grands phénomènes, comme ceux des apports ou des apparitions ne peuvent-ils avoir lieu, le plus souvent, que dans l’obscurité. Mais il y a encore autre chose et je vais dire maintenant pourquoi nos expériences ne peuvent être faites devant les foules. 

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Chacun de nous porte en soi une force, tout à la fois physique et intellectuelle, dont j’ai déjà parlé au commencement de cet ouvrage, et à laquelle je donnerai, de préférence, d’après quelques savants Anglais, le nom de force psychique, ou force de l’âme, de l’intelligence, de l’esprit. Elle s’exerce par le dégagement du fluide vital, qui nous imprègne et nous enveloppe même comme d’une sorte d’atmosphère ; elle est régie par la volonté. Physiquement cette force s’échappe des doigts du magnétiseur (1) ; puis elle prend les yeux (lu magnétisé et les ferme ; elle le fait aller et venir ; souvent même elle le foudroie, comme je l’ai vu plusieurs fois. (2) Moralement elle peut imposer au sujet la propre pensée de l’expérimentateur, ainsi que je l’ai déjà dit.

 Or nous possédons tous cette force, plus ou moins développée en nous, selon que notre système nerveux est plus ou moins bien équilibré. Chacun est donc en quelque sorte magnétiseur à son insu ; chacun peut projeter hors de soi son fluide vital qui a certainement le pouvoir d’influencer, dans une mesure quelconque, les autres individus, selon leur nature, leur tempérament, leur caractère ! 

 (1) Certaines personnes ont la faculté de voir le fluide vital lorsqu’on les magnétise. Il apparaît au bout des doigts de l’expérimentateur, sous la forme de petites étincelles phosphorescentes.

 (2) Cette force ne peut produire de résultats physiques que si elle émane d’un corps organisé, par les nerfs duquel elle passe, en vertu de ce principe, qu’il n’y a pas de force matérielle sans la collaboration de la matière. C’est pourquoi les Esprits, qui n’ont de la force psychique que la partie intellectuelle, sont obligés, pour se manifester, d’imprégner de leurs fluides les organes des médiums, dans lesquels résident les fluides de ceux-ci. Cette combinaison, produit les phénomènes tout à la fois intellectuels et matériels du spiritisme.

 Supposons maintenant une réunion de personnes toutes prévenues contre un phénomène qu’on veut leur montrer et supposons aussi que chacune d’elles pense que ce phénomène n’est pas possible, — qu’en résultera-t-il ?.. Il en résultera que toutes ces forces psychiques réunies opposeront, physiquement et intellectuellement, une résistance incontestable à la force de même nature qui voudra produire le phénomène. Il y aura, du côté des incrédules, une dose de fluide plus grande, car ils seront plus nombreux, et, à moins que le médium ne soit tout-à-fait exceptionnel, l’expérience n’aura aucun succès ; cela sans même que le public, cause de l’échec, en soupçonne le motif véritable ; et, je dirai plus, sans que ce public ait eu la pensée de vouloir que le phénomène ne réussisse pas. Il lui aura suffi de songer que cela n’était pas possible.

 En matière d’expériences où les fluides humains sont en jeu, les plus grandes précautions doivent être prises, car on ne sait pas encore bien toute l’importance que peut avoir la pensée d’une foule devant laquelle on cherche à produire certains phénomènes.

 On reconnaitra, du reste, avant qu’il se soit écoulé de longues années, qu’il se dégage des agglomérations, des réunions d’individus , des vapeurs intellectuelles, s’il m’est permis de parler ainsi, qui influencent, soit dans un sens soit dans un autre, ceux qui se mettent en contact avec ces agglomérations, avec ces réunions. Il est facile de s’en convaincre. Allez dans une petite ville où s’épanouissent des idées étroites et demeurez-y quelque temps : Vous vous sentez bientôt enveloppé d’une atmosphère spéciale, qui paralyse en vous les idées généreuses, que vous pouvez avoir. Il vous semble que la sottise imprègne l’air que vous respirez. Allez ensuite dans un grand centre, largement ouvert au progrès, à la lumière : Vous vous trouvez bientôt influencé d’une tout autre façon ; votre pensée est entraînée, malgré vous, vers les spéculations intelligentes, familières au milieu dans lequel vous êtes. Les idées seraient donc dans l’air ? Direz-vous. Elles y sont assurément. Les êtres invisibles les émettent, les incarnés les recueillent ; et, pour qu’elles soient vraiment intelligentes, il faut qu’elles résultent du contact d’esprits avancés de l’espace et d’esprits avancés de la terre. Mais les premiers ne visitent que les cerveaux capables de les comprendre et qui, par ce fait, les attirent.

 On a déjà soulevé cette question, un peu mystérieuse il est vrai, des idées planant dans l’air. On s’en est préoccupé, si mes souvenirs me servent bien, dans une réunion de philosophes et de littérateurs, à Paris, il y a quelques années. L’un d’eux émettait cette théorie, ajoutant que l’on respirait, en quelque sorte, les idées. Mais un autre. un bel esprit assurément, détruisit, par un mot, tout le système. «— Il est heureux, dit-il, s’il en est ainsi, que Racine ait respiré l’idée de sa Phèdre au lieu d’avoir respiré l’idée de celle de Pradon.» Là-dessus on rit beaucoup et l’on parla d’autre chose. Les discussions ayant une recherche sérieuse pour objet se terminent souvent de la sorte, en France !

 Je reviens à ce que je disais tout à l’heure. Le fluide vital des individus a donc une influence qui n’est pas bien connue encore, mais qui ne saurait être contestée. N’a-t-on pas vu souvent, à propos de magnétisme, un expérimentateur ne pouvoir endormir son sujet parce qu’il se trouvait auprès de lui d’autres individus plus magnétiseurs, c’est-à-dire doués de plus de volonté, et qui, connaissant leur pouvoir, ne voulaient pas qu’un résultat se produisit. Et si l’on doutait, malgré cela, de l’influence que peuvent avoir certains hommes sur les autres, je demanderais alors d’où provient cette force d’entraînement qu’exerce un orateur sur son auditoire ou bien un général sur ses soldats? Cette sorte de fascination qui vous subjugue, vous enlève, vous fait aller où va celui qui vous commande, n’est-ce pas du magnétisme et la force qui anime celui qui produit cette fascination, qui occasionne ce mouvement, en frappant d’abord l’esprit de ceux qui l’écoutent, qui donc est-elle, sinon cette force psychique dont l’existence ne saurait être mise en doute ? 

Je citerai, à ce propos, les expériences que fait, tous les jours, à Paris, le magnétiseur Donato. « M. Donato, dit un journal, (Novembre 1881) n’endort pas les sujets, ne leur fait point de passes et néanmoins il paralyse leurs membres, enchaîne leur volonté, leur fait perdre et retrouver la mémoire, la conscience de leur sexe, la notion des choses et du goût, qu’il pervertit. »

 L’explication de l’étrange pouvoir de M. Donato est très-simple. L’habitude du magnétisme permet à son fluide de se dégager avec une facilité bien plus grande que s’il était un magnétiseur ordinaire. Il impose alors plus aisément sa volonté. Il faut bien reconnaitre aussi que faisant ses expériences dans les grandes villes, où une civilisation raffinée a débilité le système nerveux de la plupart des individus, il lui est plus facile d’influencer les personnes qui l’entourent que s’il opérait sur des constitutions saines et robustes. Enfin il faut aussi compter avec la foi dont se trouvent animés les gens qui assistent à ses séances, ou du moins beaucoup d’entre eux. Lorsqu’on a le parti-pris de croire et que l’on s’attend à voir se produire des effets parce que tout le monde dit que ces effets sont réels, cela donne une grande force à l’expérimentateur. Il opère alors avec bien plus de confiance dans ses moyens que s’il se trouvait devant des incrédules. Tout cela se rattache à ce que j’ai dit plus haut au sujet de l’influence, bonne ou mauvaise, de la pensée des foules. Il n’en est pas moins vrai que M. Donato rend un grand service à la cause du magnétisme et que l’on ne saurait trop l’en féliciter. (1)

(1) « Ces expériences, dit la Revue Spirite de décembre 1881, battent en brèche les allégations de l’école du professeur Charcot et les réduisent à néant : nous félicitons vivement M. Donato pour sa puissance et pour sa science, pour sa manière exceptionnelle et simple d’opérer. »

 Malheureusement, lorsqu’il s’agit d’expériences spirites, les Esprits qui se servent, la plupart du temps, des médiums endormis ne peuvent, ni par eux ni par leurs intermédiaires, produire une force psychique assez grande pour annihiler celle des incrédules qui, si inconsciemment qu’elle se dégage, n’oppose pas moins, par sa masse, si je puis dire ainsi, une barrière souvent infranchissable aux manifestations. Il en résulte que ces manifestations ne réussissent jamais bien, lorsqu’on cherche à les obtenir devant une réunion nombreuse.

 Cependant on peut, en présence de plusieurs personnes, qui sans être convaincues ne sont pas hostiles, obtenir, même en lumière, des phénomènes remarquables. Les expériences faites, il y a quelques années, chez le grand physicien-chimiste Anglais William Crookes, en sont une preuve. (1) 

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Certes si nos savants français avaient l’habitude de s’écarter des sentiers battus, il est probable qu’ils accorderaient une attention sérieuse à ces phénomènes du Spiritualisme expérimental. Mais on sait combien les effraye tout ce qui paraît devoir contrarier l’ordre de choses établi par eux. Ce sont de grands conservateurs, et, par conséquent, ils n’aiment pas les révolutionnaires. Aussi se tiennent-ils sur leurs gardes. Lorsqu’on leur apporta le phonographe, en 1878, ils prétendirent d’abord que c’étaient des ventriloques qui leurs présentaient cet appareil. Cependant ils furent bientôt forcés de se rendre à l’évidence. Plus récemment, ils ont été vivement émus par la découverte due à William Crookes, — un spirite ! — de la matière radiante, force nouvelle dont beaucoup de ces messieurs, ne soupçonnaient pas l’existence, bien qu’elle eut été pressentie par Faraday, il y a plus de soixante ans. Enfin en 1880, survint le photophone de Graham Bell, qui les surprit beaucoup. « Certaines expériences, dirent alors les journaux, ont complètement étonné les physiciens et fait entrevoir tout un monde inconnu, toute une nouvelle voie de recherches. » Mais une découverte, plus extraordinaire peut-être, a été faite encore, dans le même ordre de phénomènes, par M. J. Tyndall, membre de la Société Royale de Londres. (2)

 En même temps que M. Graham Bell trouvait le moyen d’obtenir des sons, en faisant agir, sur des corps solides, un rayon lumineux intermittent M. J. Tyndall obtenait ce même phénomène de la production des sons, en projetant un rayon de lumière sur des gaz et des vapeurs (3). On peut donc, aujourd’hui, en plaçant certains gaz dans des conditions particulières, leur faire rendre des notes musicales. Qui sait ce que demain nous réserve en fait de découvertes du même genre ?  

(1) Voir les Recherches sur le spiritualisme, par William Crookes.

 (2) Comme tous les chercheurs sérieux, M. J. Tyndall, avec bien d’autres savants Anglais et Allemands, s’est préoccupé des phénomènes spirites. M. Cromwell Fleetwood Varley, le célèbre ingénieur électricien, lui écrivit, à ce propos, eu 1868, une lettre fort curieuse et tout-à-fait à l’avantage du spiritisme. Je la retrouve dans un ouvrage très compétent sur la question : Le Spiritisme devant la science.

 (3)Voir la Revue scientifique de la France et de l’Etranger du 12 février 1881.

  Sans doute, entre ces phénomènes et les nôtres il y a une distance; mais toutes ces expériences que les savants étrangers font chaque jour, démontrent bien, ce qui est d’ailleurs l’avis de tous les chercheurs, que les lois de la nature ne sont pas toutes connues encore. Pourquoi donc une force qui certainement est en nous, qui, par ce fait, doit avoir des propriétés particulières, pourquoi cette force ne pourrait-elle pas, étant employée dans de certaines conditions, agir sur la matière d’une façon toute spéciale? Nom savants connaissent-ils assez bien la composition de la matière pour affirmer que cela n’est pas possible ? S’il est prouvé qu’une lumière artificielle peut, lorsqu’elle est en contact avec un gaz, produire des sons, pourquoi cette force lumineuse que nous avons en nous-mêmes ne pour-rait-elle pas, ayant une autre source, produire d’autres effets, lorsqu’elle est bien dirigée, bien employée par les Esprits, qui la voient et peuvent la manipuler à leur aise ?

Maintenant est-il absurde de prétendre que l’homme possède une lumière intérieure, qui l’imprègne tout entier, et qu’il se dégage de nous, après la mort, une forme fluidique phosphorescente qui renferme notre âme? Je ne le pense pas, puisque, d’une part, les gens qui se font magnétiser voient briller les yeux des opérateurs d’une façon toute particulière et voient même quelquefois des étincelles blanchâtres sortir des doigts de ceux-ci ; puisque, d’un autre côté, les médiums dépeignent les Esprits non seulement comme des êtres ayant la forme humaine, mais aussi comme des êtres phosphorescents, qui brillent plus ou moins, selon le degré de leur avancement intellectuel. Or, si cette force lumineuse existe, il est naturel qu’elle produise des effets, et les magnétistes, depuis un siècle, ont trop de fois prouvé son existence pour que les négations académiques puissent aujourd’hui faire croire le contraire.

 Mais est-ce une raison, parce que les êtres de l’espace ne peuvent pas nous dire comment ils s’y prennent, ne peuvent pas démontrer mathématiquement le phénomène de l’Apport, par exemple, pour que ce phénomène soit impossible ? Je ne le pense pas, du moment qu’il se produit. La meilleure preuve ce sont les faits. En somme, on ne peut pas demander aux spirites et aux Esprits, leurs collaborateurs, plus que l’on ne demanderait aux savants :

 «   Le rôle de la science, disait, l’année dernière, l’un d’eux, â la Sorbonne (1), c’est de constater les faits. de déterminer les conditions dans lesquelles ils se produisent ; mais elle n’en peut trouver l’explication. Pourquoi un corps abandonné à lui-même est-il attiré par la terre ? Pourquoi celle-ci est-elle attirée par le soleil? Pourquoi l’oxygène et l’hydrogène se combinent-ils ? »

 M. Regnard, dans une conférence sur le Sommeil et le Somnambulisme.

  «     Pourquoi un morceau de fer, autour duquel circule un courant, devient-il capable d’attirer le fer ? Nous n’en savons rien. Nous savons que cela est ainsi ; nous constatons, mais nous n’expliquons pas. »

 Eh bien ! nous faisons précisément, nous, spirites, comme ces messieurs qui parlent en Sorbonne. Nous constatons des effets dont nous ne pouvons pas toujours expliquer le mécanisme. Pourquoi le fluide vital a-t-il la propriété, dans certain cas, de désagréger la matière solide ? Pourquoi peut-il lui rendre instantanément sa densité, sa forme et sa couleur? Pourquoi, peut- il toujours la traverser, soit qu’il émane d’un corps organisé, soit que, libre, il existe à l’état périsprital, dans l’espace ? Pourquoi la pensée existait-elle avant le cerveau et ne meurt-elle pas avec lui ?.. Tout cela nous le constatons et nous en sommes sûrs parce que les faits journellement nous le disent. Ainsi l’un des nôtres, et le plus illustre, William Crookes, membre de la Société Royale de Londres, a constaté, lui aussi, et a déterminé les conditions, les circonstances, où il a vu, avec plusieurs autres personnes, une fleur palpable, tangible, matérielle enfin, passer à travers une table. (1). Plus récemment, un autre spirite dans un livre fort curieux (2) a déterminé de son côté, l’apparition d’un bouquet de chrysanthèmes, formé spontanément et venant on ne sait d’où. Enfin moi-même, je viens de dire dans quelles conditions une gravure m’a été apportée, dans une chambre bien close et dépourvue de cheminée !

(1) Voir les Recherches sur le Spiritualisme, par William Crookes.

 Et je ne parlerai pas des centaines, je pourrais même dire des milliers, de faits du même genre qui se produisent, chaque année, en Europe, en Amérique, en Chine, dans l’Inde, de toutes parts, en un mot, et pour le récit desquels je renvoie mes lecteurs aux feuilles spéciales qui les racontent.

 En somme, le phénomène de l’Apport, constaté d’ailleurs dans tous les temps, est absolument vrai. Je dirai même qu’il est la preuve la plus convaincante, la preuve irréfutable, de l’existence des Esprits !

 Mais, diront les sceptiques, en supposant que rame survive aux organes, ce qui est possible après tout, qu’est-ce que cela prouve? L’homme est-il beaucoup plus avancé après avoir fait cette découverte qu’auparavant? Connaît-il mieux les causes premières et les causes finales ? Sait-il mieux vers quel but il est entraîné? Voit-il Dieu face à face? A-t-il enfin trouvé le grand secret, cherché par toutes les philosophies et révélé, soi-disant, par toutes les religions ? Quel avantage peut-il retirer de cette science nouvelle, qui n’est pas reconnue encore et qui est obligée de se cacher, de se faire humble, toute petite, prise, comme elle l’est, entre ses deux ennemies : la Religion et la Science officielle ?

 (2) Voir les Chrysanthèmes de Marie, par J.-C. Chaigneau.

 Voici ma réponse :

 L’avantage intellectuel que l’homme retirera plus tard du spiritisme sera immense. Il se résumera par la connaissance exacte de la destinée future, et, en conséquence, par la disparition de toutes les idées superstitieuses, erronées, bizarres, de tous les préjugés, de tous les fanatismes, qui servent de cortège aux religions. Le spiritisme, en effet, le spiritisme rationnel, révélera le rôle véritable de la force organisatrice, que nous appelons Dieu, dans la création terrestre. Il ne mettra pas cette force à l’écart, comme le fait souvent la science; mais il ne lui élèvera pas des autels et ne la matérialisera pas, non plus, sous une forme ou sous une autre, comme le font toujours les religions; il se bornera à l’admirer, — dans ce que son œuvre a d’admirable, — et recommandera, non pas comme moyen de salut, mais comme moyen de progression, le culte seul de la fraternité entre les hommes !

 Il démontrera aussi que l’Esprit ne va pas brusquement de l’ombre à la lumière sans transition et au moyen seulement de la prière d’un prêtre ; qu’il est absolument faux et absurde de croire qu’à la dernière heure un Souverain juge est là qui nous guette, pour nous envoyer soit dans un paradis impossible soit dans un enfer plus impossible encore; et cela non point seulement à cause des vertus ou des crimes de la vie, mais en raison de l’état dévot ou athée dans lequel se trouvait l’âme au moment de la mort. Il fera sentir, combien les dogmes ont toujours été nuisibles au progrès de l’Esprit humain, qu’ils ont enchaîné pendant des siècles, — ce qui a donné lieu à des luttes sans fin, ayant toutes eu pour point de départ les dissensions religieuses.

 Enfin, comme il expliquera de quelle façon l’égalité doit s’établir entre les hommes, il adoucira forcément les caractères et rendra meilleures les situations sociales. Il fera surtout disparaître l’égoïsme, — cet égoïsme inconscient et brutal, conséquence de la lutte pour la vie matérielle — qu’aucune religion, aucune philosophie, aucune science, n’ont encore été capables de vaincre ! 

ALEXANDRE VINCENT

Angoulins-sur-mer Charente-Inférieure

Janvier 1882