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Gaston Luce : Spiritisme et rénovation (1937)

  • Posted on avril 3, 2010 at 18 h 14 min

  

O douce Lumière sous laquelle j’entre avec confiance dans le nouveau chemin ! 

DANTE (Purgatoire). 

  I

Le spiritisme christique

 

  1. La véritable doctrine spirite est dans l’enseignement donné par les esprits.

                                                                                                                      (Allan KARDEC.) 

 2.           L’idéal que proclament les voix du monde invisible n’est pas différent de celui du fondateur du christianisme.          

                                                                                                                             (Léon Denis.) 

 3.           Les Évangiles : message éternel dont la lettre déformée n’exclut pas le langage de l’Esprit parfait.   

                                                                                                                   (H. Petit Rivaud). 

 4.    Le spiritisme sera christique ou ne sera pas.

(René Kopp.) 

5.    L’étendard du Christ est appelé à dominer le monde.  

                                                                                                                 (Esprit Jeanne d’Arc.)  

 Le spiritisme et la science

  Quelque gêne que me cause l’occasion de faire intervenir le moi toujours haïssable, surtout en pareille question, il est cependant indispensable que vous sachiez sur quelle autorité je me fonde pour parler devant vous. Je suis moins un auteur spirite qu’un témoin qui s’est fait un devoir de rapporter ce qu’il a vu, ce qu’il a appris, ce qu’il sait. L’autorité sur laquelle je m’appuie, c’est moins un savoir livresque que l’observation, l’expérience, la méditation personnelle. Toutes les objections que j’ai pu me faire à moi-même au cours de ces années d’études, depuis le retour à l’au-delà de mon bon maître Léon Denis, — à qui je suis heureux d’adresser aujourd’hui un hommage de vénération particulière, toutes les objections qui me sont venues d’autrui sont tombées une à une devant la réalité des choses devenues pour moi l’évidence même, et je me suis rendu compte que le but véritable du spiritisme n’a pas encore été suffisamment dégagé, malgré l’impulsion si ferme que lui avait, dès l’origine, imprimé son fondateur, malgré les indications précieuses qu’il nous a données, et que 1’on hésitait encore trop souvent sur la direction à prendre.

 (1) Cette conférence a été donnée á la Société vaudoise des études psychiques, à Lausanne, le 16 octobre 1936, et le 17 à la Société d’études psychiques de Genève, sous le titre général : Spiritisme et Rénovation, 

  J’ai dit et écrit que le spiritisme, en France, est à la croisée des chemins. Je maintiens cette affirmation, et j’en prends la responsabilité. Le spiritisme étant à notre époque l’élément primordial de la rénovation qui s’impose, c’est à nous, Messieurs, de veiller sur son développement avec une attention scrupuleuse et la plus grande vigilance.

 Les religions et les philosophies nous offrent un exemple tellement frappant des altérations et des déviations que leur a fait subir l’esprit humain dans ses sautes constantes que, le sachant, nous serions impardonnables de laisser la doctrine spirite à la merci des fantaisies ou des préférences de tel ou tel groupe ou de telle ou telle personnalité.

 Si nous ne craignons point les innovations, nous avons mission de les examiner avec un soin extrême lorsqu’elles se présentent, surtout à une époque de confusion comme la nôtre, et le critère, en un tel examen ce sera, comme toujours, la raison et le bon sens.

 Essayons donc, Messieurs, de définir, avec toute la précision désirable, ce qu’est le spiritisme. Ne croyons pas que ce soit chose faite.

 Nous ne voyons pas encore, avec une clarté suffisante, d’ou il vient, ce qu’il est, ou il conduit.

 Je vous convie à le rechercher avec moi. Les uns disent : c’est une science ; les autres : c’est une philosophie ; les autres : c’est une croyance ; les autres : c’est une religion ; et d’autres encore : c’est une philosophie religieuse. I1 y a du vrai dans tout cela et, cependant, la signification exacte n’est pas dans ces formules.

 Des chercheurs, et leur bonne foi n’est pas ici en cause, ont cru que le spiritisme devait s’identifier à la science pour s’affirmer devant l’opinion, et qu’en conséquence, le spiritualisme expérimental était mieux à même que tout autre d’apporter une  solution satisfaisante au problème de l’existence humaine.

 Le résultat, vous l’avez constaté, ce fut un compromis, et il n’en pouvait être autrement, car le spiritisme expérimental aboutit naturellement à la métapsychique. Le fait, dit : supranormal, ayant été enregistré, vérifié, étudié d’après les méthodes en usage au laboratoire, i1 a bien fallu l’interpréter. Le résultat ne s’est pas fait attendre. Deux thèses se sont affrontées dans une opposition irréductible, deux camps rivaux se sont dressés l’un contre l’autre, et la dispute menace de s’éterniser entre chercheurs d’une égale bonne foi. Faut-il s’en étonner ? Non, Messieurs. I1 n’est pas ici de solution commune au problème pour la raison bien simple que la métapsychique se donne comme une science, et que notre science contemporaine, purement analytique, se veut amorale, dégagée de tout concept philosophique ou religieux. Vous voyez la difficulté de concilier les deux ordres de recherches : d’une part, le fait d’expérience en lui-même, d’autre part, le fait de conscience ; le phénomène et le noumène ?

 Que disent à ce sujet nos savants actuels ? :

 « La science, écrit G. Claude (j’emprunte ces vues à une récente enquête du Figaro), la science n’a rien à voir aux choses de la conscience. »

« Borné à l’exploration du domaine des phénomènes naturels, dit de son côté P. Termier, l’esprit scientifique n’a rien à voir avec le sentiment religieux. I1 ne lui est pas opposé, il l’ignore. »

 Selon le Dr. Lecornu :

« Les notions du bien et du mal sont complètement étrangères à la science ; là ou s’arrête son rôle commence celui de la croyance ».

 E. Picard, secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences, constate de son côté :

 «… que les conceptions avec lesquelles la science s’édifie présentent quelque arbitraire, et qu’il semble qu’il y ait des choses irréductibles à la connaissance scientifique, telles que la morale et la foi ».

 Mêmes vues chez le Pr. Matignon, du Collège de France :

« La science, observe-t-il, cantonnée dans l’étude de la matière, ne peut élaborer la morale qui fournit à l’humanité ses directives. I1 faut en chercher ailleurs les fondements.

 Enfin, l’éminent physicien E. Branly parle dans le même sens, en signalant les effroyables périls que peut engendrer le laboratoire avec une science orientée comme l’est présentement la nôtre.

 Ainsi donc, la science ignore et veut systématiquement ignorer les éléments du savoir qui ne sont pas de son ressort. Et là-dessus, avec une modestie louable, elle est unanime à proclamer son incompétence. Vouloir dans ces conditions la faire servir, contre son gré, à des fins pour lesquelles elle n’est ni préparée, ni outillée, ce serait là, Messieurs, vous en conviendrez, une inconséquence ou une gageure impossible à tenir.

 La métapsychique est une science comme les autres sciences, et qui a pour objet l’étude des phénomènes psychiques et psychologiques dus à des forces intelligentes appartenant à un autre plan de vie que le nôtre, ou à des facultés de l’esprit demeurées inconnues. Comme telle, sa méthode est tout objective. N’aborde pas qui veut cette science. Elle demande des connaissances étendues et précises, surtout en physique, radioélectricité, médecine, psychiatrie, psychotechnique, etc… C’est dire qu’on ne s’établit pas métapsychiste sans études préalables, et nous venons de voir qu’il s’agit ici d’études très complètes.

 Si le spiritisme se confondait réellement avec la métapsychique, si c’était vraiment une science comme les autres sciences, convenons-en, les spirites seraient plutôt rares.

 Mais le spiritisme n’est pas une science comme les autres sciences, il en diffère radicalement. La science spirituelle n’est pas la science matérielle ; la science d’observation n’est pas la science expérimentale ; la science pure n’est pas la science appliquée. Or, si nous voulons apparenter le spiritisme à une science, et c’est une chose qui s’impose d’elle-même puisqu’il est, lui aussi, un élément du savoir, c’est à la science spirituelle, à la connaissance, qu’il faudrait le rattacher plutôt qu’à la science matérielle. A quoi servirait, je vous le demande, d’invoquer ici la Science, une science qui n’existe pas encore et ne saurait exister avec les conceptions régnantes ? C’est au savant à s’élever jusqu’à la synthèse philosophique, et non à la science qu’il professe.

 Cependant, objecterez-vous, certains faits d’ordre matériel, qui relèvent indéniablement du spiritisme, tombent bien sous les prises de la science expérimentale ? Je vous répondrai ce ne sont pas des faits de l’ordre de ceux que, d’ordinaire, la science enregistre : ce sont des faits supranormaux obéissant, non plus à des forces naturelles, mais à l’action d’intelligences appartenant à un monde autre que le nôtre. Et c’est pourquoi la tâche du savant ici se complique. Ou il reste déconcerté, ou il se détourne finalement de ces recherches, ou il s’en tire à coups d’hypothèses. Mais vous, spirites, si vous n’interprétez pas ces faits dans le sens spirituel, vous devenez prisonniers de la science matérielle, vous restez dans la métapsychique ; vous n’en pouvez sortir.

 Je comprends la préoccupation qu’a tout chercheur sincère d’échapper à l’illusion, de se maintenir en terrain ferme, C’est là un très légitime souci que doit partager tout ami de la vérité. Vous recherchez la science, c’est-à-dire la discipline, c’est-à-dire l’ordre dans les idées ? En bien ! Soyez rassurés. En agissant ainsi, vous suivez « la méthode simple et lumineuse de l’obéissance au réel. Or, se contenter du réel, c’est rester scientifique toujours, et c’est en même temps déjà ouvrir de vastes horizons susceptibles d’orienter des vies entières, et cela, d’une façon définitive A. (René Kopp.)

 Tout homme de bon sens peut donc rester scientifique dans le domaine spirite en gardant simplement sa pensée soumise à l’objet. Or, ici, Messieurs, je le répète, nous ne sommes plus au laboratoire, parce que le fait est inséparable de l’enseignement qui s’y rattache. La table frappe des coups, mais c’est pour dire quelque chose ; le oui-jà tourne dans un but identique ; une lumière se montre, une fleur est apportée sans intermédiaire visible dans une intention précise. S’en tirer avec un mot n’avance à rien, à moins d’avoir des œillères. Il est impossible de séparer le fait en lui-même de son expression intelli­gente, de sa signification spirituelle. On ne saurait dissocier ces deux opérations : 1’expérimentation et la spéculation, sans arbitraire, et il apparaît nettement que le spirite peut rester tout aussi objectif, tout aussi scientifique que le métapsychiste le plus distingué. Convenons toutefois que dans l’acception actuelle du mot science, l’expérimentation rigoureuse, je le répète, aboutit à la métapsychique, non au spiritisme. Et c’est pourquoi le Professeur Richet, l’éminent protagoniste de cette science, tout comme l’actuel directeur de l’Institut Métapsychique, M. le docteur Osty, tablant pourtant l’un et l’autre sur une gamme très étendue de faits spirites, sont restés irréductiblement opposés à notre doctrine ; c’est pourquoi nous voyons toujours la science officielle, l’Université, bouder à nos travaux.

 J’ai lu dans un ouvrage récent définissant la méthode du spiritisme scientifique, qu’avant d’aborder la recherche du fait, il fallait, d’une façon générale, réaliser aussi parfaitement que possible une ambiance morale élevée, l’harmonie des pensées, le désir de s’instruire. Et en exergue figure cette phrase de Léon Denis :

« L’expérimentation, en ce qu’elle a de grand, la communication avec le monde invisible, ne réussit pas au plus savant, mais au plus digne, au meilleur, à celui qui a le plus de patience, de conscience, de moralité.

 Qu’est-ce à dire, Messieurs, sinon que le spiritisme, même quand il se veut scientifique, ce qui est une intention louable en soi, est, je le répète, une éthique, une affaire de conscience d’abord, car il s’agit avant toute chose de l’Esprit qui ne saurait être soumis, lui, aux exigences de la méthode expérimentale. De deux choses l’une : ou vous expérimentez avec la rigueur obligatoire, et vous restez dans la métapsychique, ou vous acceptez le magistère spirituel, et vous ne voyez dans l’expérimentation qu’un moyen de contrôle des phénomènes supranormaux.

 De quelque façon qu’on envisage la question, il semble bien, en effet, ? qu’il y ait des choses irréductibles à la connaissance scientifique, telles que la morale et la foi ,. Cette phrase vaut d’être retenue, et c’est pourquoi j’y reviens, car elle éclaire toute la question. Ces choses irréductibles à la connaissance scientifique, mais, du point de vue ou nous nous plaçons, ce sont justement celles qui nous importent le plus. Un psychologue éminent, Th. Ribot, a dit que le sentiment est ce qu’il y a de plus fort en nous.

 Qui n’en a fait la constatation ?

 Lorsque les grands événements de notre existence nous apportent soit la joie, soit l’accablement, à ces moments ou le bonheur nous comble, ou lorsque tout nous manque et que le terrain se dérobe sous nos pas, notre savoir, notre degré de culture, notre bagage intellectuel ne nous importent guère. Nous vivons repliés sur nous-mêmes, nous vivons en profondeur, tandis qu’autour de nous, le monde poursuit son train habituel. Nous réalisons alors qu’il est des choses étrangères à l’intellect et qui nous sont absolument nécessaires, qu’elles intéressent un domaine tout autre, qui est le domaine spirituel, ou le cœur a sa part, ou le sentiment domine, et avec le sentiment, des facultés d’une subtilité inouïe. De l’intellectualité procèdent les systèmes contradictoires, de la spiritualité découle une tradition invariable dont l’origine plonge dans le passé multimillénaire. Elle nous a été transmise, en Occident, par le druidisme, le pythagorisme et le platonisme ; elle se retrouve dans les principales religions, notamment le christianisme, et le spiritisme, à son tour, vient épouser ses données essentielles. I1 occupe donc une position des plus fortes. Son originalité réside simplement dans sa méthode de recherches. I1 recueille les faits, les étudie, les enregistre sans a priori, ou scientifique, ou philosophique, ou religieux. I1 n’établit aucune démarcation arbitraire entre ces faits ; qu’ils soient d’ordre matériel ou d’ordre intellectuel, il discerne à leur origine une cause identique ; il s’en réfère à la méthode expérimentale, mais en refusant toute limitation, parce qu’avant tout, il fait crédit à l’Esprit, qui nous déborde de toutes parts. Enfin, il examine avec un soin tout spécial les phénomènes qui accompagnent l’inspiration et la communion spirituelle (on disait les charismes au temps de saint Paul) : car le langage, vous le savez, sous les influx venus du monde invisible, revêt un caractère sacré.

 De tout temps, les hommes en ont fait la remarque- Le prophétisme a toujours été de leur part l’objet d’un respect particulier, parce qu’il fut l’élément civilisateur par excellence, le révélateur et le gardien des valeurs morales.

 Or, tout prophète, tout inspiré est un médium, et tout médium doit tendre vers la haute inspiration, fille de la Lumière, par quoi nous parviennent les vérités qui sont l’aliment de notre âme.

 Quelle que soit donc la façon dont on envisage le spiritisme, il apparaît nettement que le phénomène n’est qu’un départ, que l’amorce mise sur le chemin de ces vérités qui sont vraiment notre pain de vie.  

La nouvelle révélation

 Cet enseignement qui nous vient de l’Esprit et, par délégation, des esprits qui le servent, est-ce vraiment la « nouvelle révélation » selon le mot de Conah Doyle, qui ne fait que reprendre ici, nous le verrons plus loin, la propre pensée d’Allan Kardec ? Cet enseignement est-il particulier à tel ou tel peuple ou est-il universel ? Vient-il innover ou détruire ?

 La réponse à ces questions est contenue dans la Genèse spirituelle, point culminant de l’œuvre du grand doctrinaire. Non, lit-on dans ces pages, le spiritisme n’est pas à proprement parler une nouveauté. 11 ne vient pas détruire la tradition, mais la continuer; il ne vient pas se substituer à la croyance générale, mais l’éclairer.

 Moïse a révélé aux hommes la connaissance d’un Dieu unique, c’est la première révélation. Christ a enseigné la vie future et la loi d’amour c’est la deuxième révélation.

 Quant au spiritisme, prenant son point de départ dans les paroles mêmes du Christ, comme Christ a pris le sien dans Moïse, il est une conséquence directe de sa doctrine.

Le spiritisme peut être considéré comme la troisième révélation. Voilà, Messieurs, ce qu’il importait de dégager, et Allan Kardec, dès le départ, 1’a fait avec sa rectitude coutumière.

 Le spiritisme est une conséquence de la doctrine du Christ; le spiritisme peut être considéré comme la troisième révélation, celle de l’ère nouvelle qui s’annonce, ouvrant un nouveau cycle d’évolution de l’humanité. La fermeté de ces propositions ne saurait nous échapper. Toute l’œuvre du maître, en effet, et j’insiste sur ce point, s’agrège autour d’une idée centrale qui semble avoir été perdue de vue, et cette idée peut se traduire ainsi : la doctrine spirite est la résultante de l’enseignement collectif et concordant des esprits de Dieu. Cet enseignement se retrouve dans 1’Evangile de Jésus, ce qui accuse son origine christique.

 Je sais, Messieurs, les préventions qui se sont élevées autour des livres sacrés, surtout depuis les travaux d’exégèse qui ont été très poussés à la fin du siècle dernier. On peut tout au moins concéder que les Évangiles nous dévoilent, plus que tous autres écrits similaires, les trésors cachés de la Parole, et qu’ils sont en réalité — et ceci est hors de conteste « le message éternel dont la lettre déformée n’exclut pas le langage de l’Esprit parfait ».

 Les rejeter au nom d’une soi-disant critique rationaliste hésitante en ses fins et ne semant que le doute, c’est tourner le dos à la vérité.

 Même chose, quoique à un degré moindre pour l’Ancien Testament. « La Bible ment» disent les uns, « la Bible a dit vrai » disent les autres. Prenons, si vous le voulez, un exemple, examinons La Genèse, de Moïse. Dans certains milieux, on trouve bon de dénigrer ces récits puissamment imagés. Et cependant, Messieurs, dans leurs passages saillants, ils sont recevables par nos sciences mêmes. Si je devais résumer, en quarante lignes, les acquisitions les plus authentiques de la géologie, disait, d’après l’abbé Moreux, feu A. de Lapparent, secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences, je copierais le texte de la Genèse, c’est-à-dire l’histoire de la création du Monde, telle que 1’a tracée Moïse.

 Moise, en effet, n’invente pas, il ne fait que rapporter une tradition antérieure qui mérite crédit en raison même de sa très grande ancienneté.

 Quand il fait le récit de nos origines, il ne faut pas interpréter à la lettre ce qui doit être reçu allégoriquement. Allan Kardec n’a pas commis la faute de rejeter ces textes vénérables ; il s’est attaché à en pénétrer le sens, aidé en cela par les esprits, ses collaborateurs et inspirateurs habituels. C’est ainsi qu’il nous a livré ces chapitres admirables où l’idée universelle de la chute s’éclaire aux rayons de la lumière spirituelle.

 Permettez-moi de vous en résumer la substance.

 a) L’incarnation de l’esprit n’est ni constante ni perpétuelle ; elle n’est que transitoire ; la vie spirituelle est la vie normale.

b) Le progrès matériel d’un globe suit le progrès moral de ses habitants ; or, comme la création des mondes et des esprits est incessante, que ceux-ci progressent plus ou moins rapidement en vertu de leur libre arbitre, il en résulte qu’il y a des mondes plus ou moins anciens, à différents degrés d’avancement physique et moral, ou l’incarnation est plus ou moins matérielle et ou, par conséquent, le labeur se fait plus ou moins rude.

 A ce point de vue, il faut le dire, si l’on en croit l’enseignement des esprits, la terre occupe le bas de l’échelle, les hommes qui l’habitent, fortement matérialisés y vivent, dans l’ensemble, d’une vie semi-animale qui les tient éloignés de la vraie civilisation.

 Que s’est-il passé à l’origine ? Comment faut-il entendre ce que dit la tradition des événements intéressant l’apparition de l’homme sur le globe ?

 Voici la réponse : « Les mondes, selon Allan Kardec, progressent physiquement par l’élaboration de la matière et moralement par l’épuration des esprits qui les habitent.»

Donc, ils évoluent, se transforment.

 « Lorsqu’un monde est arrivé à une de ces périodes de transformation qui doit le faire monter dans la hiérarchie, des mutations s’opèrent dans sa population incarnée et désincarnée ; c’est alors qu’ont lieu les grandes émigrations et immigrations. »

Ceux qui ont progressé véritablement accèdent à un monde supérieur. Ceux qui, malgré leur intelligence et leur savoir, ont transgressé les lois divines, sont déportés, envoyés sur des mondes moins avancés. C’est ainsi que la population des sphères de vie se trouve à certains moments renouvelée, et notre humanité a connu ces vicissitudes.

 « La race adamique a tous les caractères d’une race proscrite ; les esprits qui en font partie ont été exilés sur la terre, déjà peuplée mais d’hommes primitifs et plongés dans l’ignorance, et qu’ils ont eu pour mission de faire progresser en apportant parmi eux les lumières d’une intelligence développée. »

 N’est-ce pas, en effet, le rôle que cette race a rempli jusqu’à ce jour ? La supériorité intellectuelle des fils d’Adam prouve que le monde d’ou ils sont sortis était plus avancé que la Terre. Mais ce monde devant entrer dans une nouvelle phase de progrès, ces esprits, vu leur obstination orgueilleuse n’ont pu s’y maintenir, car ils eussent été une entrave à la marche providentielle des choses. C’est pourquoi ils en ont été exclus, tandis que d’autres ont mérité de les remplacer.

 Chassés de l’Eden, de ce monde heureux dont ils n’étaient plus dignes, voilà ce que furent les hommes à l’origine, les hommes de la race proscrite, dont nous sommes, car il s’agit ici de notre propre histoire.

 Ne confondez pas, je vous en prie, cette race qu’est la nôtre avec celle de 1’anthropopithèque préhistorique et hypothétique. L’Adam de Moise est  » l’homo sapiens », l’être doué de conscience et de raison, créé à l’image de Dieu, c’est-à-dire esprit et esprit susceptible par son principe, l’âme, parcelle du feu divin, d’un développement indéfini.

 Non ! L’homme adamique n’est point sorti de la bête : il est descendu dans une enveloppe charnelle à une heure donnée de l’évolution de la planète préparée pour lui ; il s’est, dit la Genèse, « couvert d’une peau de bête ».

L’enseignement des esprits de Dieu est à ce sujet suffisamment explicite et révélateur des causes de notre condition actuelle si douloureuse, par instants, si précaire malgré nos efforts, si inquiète et parfois si tragique.

 L’Éternel dit à Adam, relégué lui et sa postérité sur ce monde de réparation et d’épuration Tu tireras du sol ta nourriture à 1a sueur de ton front ». Pure figure de langage ! Dieu n’avait pas à intervenir. La loi de nécessité, si impérieuse ici-bas, se chargeait de courber l’orgueilleux sur cette glèbe qui, pour donner ses fruits, requiert un labeur incessant et pénible.

 C’est de cette façon ou de quelque façon approchante que nous pouvons sainement interpréter l’événement appelé chute dans les théogonies primitives et dans le christianisme.

 Cette donnée traditionnelle, que d’aucuns rejettent avec une vivacité singulière, ne contredit pourtant ni la raison, ni l’expérience. Les plus grands esprits l’ont toujours considérée comme l’une des principales révélations faites à l’humanité. Elle nous apprend, cette révélation, qu’aucune notion n’est venue infirmer, que l’homme, créé pour participer aux œuvres de Dieu dans les mondes de lumière, s’est détourné de son Créateur afin de satisfaire à une inclination de sa nature le portant à s’affranchir de toute tutelle pour mieux agir à sa guise. Et la conséquence de cette infraction fatale fut une involution lente vers le stade planétaire ou nous en sommes présentement.

 Toutefois, la mansuétude de Dieu a permis à cette race bannie qu’un « Sauveur » fût dépêché vers elle pour éclairer sa route, la sortir (à condition qu’elle y consente, car elle est libre) de ce lieu d’exil et souvent de misère pour la conduire vers la réintégration dans le royaume », la divine patrie. J’entends l’objection.

 Pourquoi, direz-vous, cette promesse d’un « Sauveur » ? Ne pouvons-nous, par le libre jeu de l’évolution, par notre effort personnel, nous tirer, à nous seuls, du mauvais pas terrestre ?

 I1 faut croire que non, Messieurs, et l’état présent du monde l’explique. Considérons, sans complaisance aucune, l’imperfection de notre nature, son inconcevable faiblesse, son égoïsme foncier, les appétits de la chair, l’aveuglement causé par l’orgueil, le désir frénétique de jouissance, et ce besoin de dominer, d’opprimer le prochain, de régner sur les autres ! Non, Messieurs, l’homme livré à ses seules forces est radicalement impuissant pour cette œuvre de rachat.

 Cependant, direz-vous, il y eut des sages, il y eut des saints qui parvinrent à se hausser au-dessus de la foule, qui surent faire honneur à l’homme. C’est exact, mais il convient d’ajouter qu’ils n’arrivèrent à ce résultat exceptionnel qu’avec l’aide de Dieu. Pas un seul qui ne lui eût rendu ce témoignage sous une forme ou sous une autre.

 L’homme, en ce monde de perdition, a besoin -d’un Sauveur, car l’effort qu’il doit donner, qu’il doit consentir pour son affranchissement, dépasse ses propres moyens. Or, a ce Sauveur a paru dans la personne de Jésus — je cite encore Allan Kardec — et c’est Lui qui devait être  « la véritable ancre de Salut ».

 Cette ancre divine a touché le sol, elle s’est fixée à la terre un certain temps, elle a brillé aux yeux des hommes — de quelques hommes — d’un éclat unique. Le Christ s’est fait notre égal par l’incarnation afin de vivre notre vie et de se mettre à notre portée dans toute la mesure du possible. I1 a non seulement enseigné la loi, mais il a prêché d’exemple par sa mansuétude, son humilité, sa patience à souffrir sans murmurer les pires injustices, les traitements les plus ignominieux et les plus grandes douleurs. Par sa présence, il a purifié la terre saturée de haine bestiale et de cruauté, l’arrachant au joug implacable de l’Adversaire. Et depuis sa venue, il n’a jamais interrompu son action salvatrice ; toujours la croix a brillé sur le monde comme signe de rédemption et d’amour.

 Pour qu’une telle mission fût possible, trouvât son accomplissement Intégral, il fallait, n’est-ce pas l’évidence, un être pur, un être au-dessus des faiblesses humaines, un être divin ?

 C’est ainsi, Messieurs, qu’en empruntant la voie de la révélation, et sans avoir recours à la spéculation théologique, on arrive à concevoir à la fois l’origine, la grandeur et la portée de l’œuvre du Christ, du moins en ce qu’elle nous touche, nous autres terriens, car elle nous dépasse infiniment.

 Vous comprendrez alors qu’Allan Kardec ne nous a point formulé à la légère ces données initiatiques ; vous devinez qu’en nous les transmettant, il n’a rien inventé. L’enseignement des esprits de Dieu, qui est permanent, se résumera donc dans cette autre proposition fondamentale : Jésus, le Christ, est l’ancre de salut de l’humanité adamique, la nôtre. Chute et salvation relèvent de son magistère. Témoin de notre abaissement, Il est venu pour nous tirer des ténèbres de nos iniquités, en nous traçant la voie qui permet d’en sortir.

 Il est l’ancre de salut ; Il est aussi le chemin. Il nous 1’a dit lui-même : « Je suis le Chemin, la Vérité, la Vie ». 

Christianisme et spiritisme

 Nous tenons dès lors le fil qui va nous guider parmi les ronces et les fondrières bordant les sentiers ou s’avance le spiritisme, ce spiritisme, honni de bien des hommes, à qui pourtant il apporte et apportera demain davantage encore, la libération des routines séculaires.

 « Le spiritisme est aussi ancien que la création. » Il en est de même du christianisme lié à notre chute et à la venue d’Adam en ce monde, ce qui a fait dire à saint Augustin que ce qu’on appelait de son temps religion chrétienne n’avait jamais cessé d’exister depuis l’origine du genre humain.

 Tous les fondateurs de religions les grands législateurs relèvent du christianisme et du spiritisme : Zoroastre, Çakia-Muni, Lao-Tseu, Pythagore les ont enseignés en termes approchants, et c’est avec raison qu’Allan Kardec a fait de Socrate et de Platon des précurseurs de Jésus.

 Christianisme et Spiritisme vont de pair, et c’est facile à concevoir si l’on envisage la genèse spirituelle des hommes. Nous trouverons le spiritisme dans tous les systèmes religieux avec un caractère différent qui vient de ce que ces religions ont plus ou moins dévié de leur norme, car elles sont toutes basées sur la révélation donnée par les esprits de Dieu ou par l’Esprit-Saint. C’est pourquoi nous n’avons pas à nous étonner de voir un saint Augustin, un saint Jean, un saint Louis, une sainte Jeanne d’Arc, un saint Vincent de Paul, un saint curé d’Ars se faire les apôtres de la « nouvelle révélation ». Et si l’on objectait qu’un certain nombre de ces grands esprits furent ici-bas fermement attachés aux dogmes catholiques, nous répondrions qu’un tel attachement n’était peut-être que de surface, que la compréhension des vérités spirituelles n’est pas en haut ce qu’elle est en bas, et que 1’Eglise triomphante n’est pas 1’Eglise militante.

 Christianisme et Spiritisme ne sauraient être disjoints, témoin encore cet ancien texte des Évangiles, indépendant de la Vulgate, ou Jésus est appelé le « Sauveur des Esprits ».

 Dans les Prolégomènes (Livre des Esprits) d’Allan Kardec, figure le sarment symbolique :

« Tu mettras en tête du livre, lisons-nous, le cep de vigne que nous t’avons dessiné, parce qu’il est l’emblème du travail du Créateur ; tous les principes matériels qui peuvent le mieux représenter le corps et l’esprit s’y trouvent réunis le corps, c’est le cep ; l’esprit, c’est la liqueur ; l’esprit uni à la matière, c’est le grain« .

 Sous une autre forme, c’est le symbole même de l’Évangile de saint Jean, et cette transposition, je gage, n’a rien de spécifiquement satanique… I1 est entendu que le cep, c’est le Christ et nul autre, et que toute nourriture nous vient de lui. 

Le spiritisme christique

 Un doute se lèverait-il chez certains d’entre vous ? Ah ! Je sais : le goût de la métaphysique orientale, mise à la mode par les philosophes allemands et les théosophes contemporains, n’est pas sans avoir influencé, ces derniers temps, la pensée française. Des écrivains connus, voire célèbres, se sont faits chez nous les propagateurs du pédantisme, c’est-à-dire des grandes doctrines idéalistes hindoues.

 L’un d’eux a prétendu que l’Occident avait à prendre des leçons et des inspirations en Orient pour arriver à la rénovation spirituelle nécessaire. On a prôné le bouddhisme sous toutes ses formes ; on a préconisé les méthodes d’enseignement de la Yoga; on a évoqué les déconcertants pouvoirs du magisme thibétain.

 Loin de moi, Messieurs, de prétendre que ce retour vers l’Orient soit chose inutile. Non! Il est même nécessaire aujourd’hui de porter ses regards vers le monstrueux orage qui monte de l’Asie. Cela pourra servir à dessiller bien des yeux fermés jusqu’ici aux signes avant-coureurs des tragiques événements qui se préparent. Mais du point de vue qui nous occupe, il n’y a rien là qui atteste que nous ayons à rechercher une maîtrise quelconque chez les hindous et chez les jaunes. Les Asiatiques ont leurs traditions, leurs codes, leurs systèmes religieux adaptés à leur mentalité et à leur tempérament propres, comme nous avons les nôtres. L’Occident civilisateur, malgré ses tares, n’a pas à rechercher la lumière ailleurs que chez lui, attendu qu’il l’a reçue, pure de tout alliage, du Maître des maîtres.

 Que Lao-Tseu, Bouddha, Zoroastre, Hermès, Orphée, Pythagore, Mahomet aient été, à des titres divers, des envoyés divins, nous pouvons raisonnablement l’accepter;  rien ne s’y oppose. Quant à les mettre sur le même pied que Jésus, non! Jésus n’est pas un envoyé, c’est l’Envoyé, l’Emmanuel, le Christ !

 Six siècles avant sa venue, Çakia-Mouni, le Bouddha, apparaît dans l’Inde comme un précurseur. I » préconise la nécessité de la vie intérieure. Six siècles après Jésus, Mahomet vient rappeler aux Orientaux la nécessité de servir en tout et avant tout, Allah, le Suprême. Mais au centre de ces deux enseignements religieux rayonne l’Evangile conciliant et vivifiant le tout en y faisant converger les rayons de la lumière éternelle.

 Vu du plan strictement humain, « le rôle de Jésus, dit Allan Kardec, n’a pas été simplement celui d’un législateur moraliste, sans autre autorité que sa parole ; il est venu accomplir les prophéties qui avaient annoncé sa venue ; il tenait son autorité de la nature exceptionnelle de son esprit et de sa mission divine ; il est venu apprendre aux hommes que la vraie vie n’est pas sur la terre, mais dans le royaume des cieux, leur enseigner la voie qui y conduit, les moyens de se réconcilier avec Dieu, et les pressentir sur la marche des choses à venir pour l’accomplissement des destinées humaines’.

 Remarquons, Messieurs, avec quelle concision admirable se trouve indiqué, dans ces quelques lignes, le rôle immense du Maître unique :

« Cependant, ajoute l’auteur, il n’a pas tout dit, et sur beaucoup de points, il s’est borné à déposer le germe des vérités qu’il déclare lui-même ne pouvoir être comprises; il a parlé de tout, mais en des termes plus ou moins explicites. Pour savoir le sens caché de certaines paroles, il fallait que de nouvelles idées et de nouvelles connaissances vinssent en donner la clé, et ces idées ne pouvaient venir avant un certain degré de maturité de l’esprit humain. »

 D’où la nécessité du spiritisme qui vient à son heure donner la clé de phénomènes jusqu’alors inexpliqués ; et il faut remarquer ici que le récent progrès des sciences en tous domaines, surtout en physique, appuie fortement son enseignement.

 Voilà justement ou apparaît, sous son jour exact, le rôle de la science. Elle vient contrôler les phénomènes, en rechercher les causes, selon la méthode qui lui est propre. Beaucoup de science mène à Dieu ; c’est un pas de fait vers la grande synthèse. Nous devons pour l’instant nous en contenter.

 Le rôle du spiritisme, au temps ou nous sommes, c’est-à-dire à l’aube déjà perceptible d’une ère nouvelle, ne saurait être mieux défini qu’il le fut voilà trois quarts de siècle par son fondateur.

« Il vient accomplir, aux temps prédits, ce que le Christ a annoncé, et préparer l’accomplissement des choses futures. 11 est donc l’ceu­vre du Christ qui préside lui-même, ainsi qu’il l’a pareillement annoncé, à la régénération qui s’opère et prépare le règne de Dieu sur la terre. »

 Ces perspectives, vous le voyez, débordent de fort loin le rôle que d’aucuns voudraient lui assigner. Pourtant, Messieurs, son rôle véritable, son rôle primordial, n’est pas impossible à discerner. En affirmant, en démontrant la primauté nécessaire du spirituel parmi les hommes, il prépare leur réconciliation dans l’harmonie, dans le travail et dans la paix.

 Sous la direction du Christ, le spiritisme prend donc une orientation ferme et décisive qu’il ne saurait avoir sans lui. I1 ne louvoie plus entre la science et la philosophie, entre tel ou tel système religieux, entre telle ou telle règle de vie ; il va droit au but. Le spiritisme bien compris mais surtout bien senti, dit encore A. Kardec, conduit forcément aux résultats ci-dessus qui caractérisent le vrai spirite comme le vrai chrétien, l’un et l’autre ne faisant qu’un.

 « Le spiritisme ne crée aucune morale nouvelle ; il facilite aux hommes l’intelligence et la pratique de celle du Christ en donnant une foi solide et éclairée à ceux qui doutent ou qui chancellent ».

 Voilà, Messieurs, la pensée d’Allan Kardec. C’est la mienne, et c’est la vôtre, j’en suis assuré.

 Qui a la foi profonde en lui n’a pas besoin du spiritisme, c’est entendu. Mais à ceux qui en sont privés, et ils sont légion dans notre société moderne, ou trône la science dont on a fait la dernière idole, les faits, les manifestations phé­noméniques fournissent un sérieux point d’appui, mais à condition qu’on en saisisse immédiatement toutes les conséquences spirituelles, toute 1a portée morale.

 Est-il besoin, pour comprendre des données si simples, d’une grande intelligence, d’une culture étendue ?

« Non, dit le maître que j’interrogerai à nouveau, car on voit des hommes d’une capacité notoire qui ne les comprennent pas, tandis que des intelligences vulgaires, des jeunes gens même à peine sortis de l’adolescence en saisissent, avec une admirable justesse, les nuances les plus délicates. Cela vient de ce que la partie en quelque sorte matérielle de la science ne requiert que des yeux pour observer, tandis que la partie essentielle veut un certain degré de sensibilité qu’on peut appeler la maturité du sens moral, maturité indépendante de l’âge et du degré d’instruction parce qu’elle est inhérente au développement, dans un sens spécial, de l’esprit incarné».

 Cessons donc, Messieurs, si nous voulons être logiques, si nous voulons être vrais, de nous arrêter trop longtemps aux faits qui ne disent rien par eux-mêmes, alors que le spiritisme, je le répète à dessein, est tout entier dans l’enseignement des esprits de Dieu.

 Entre le spiritisme, tel que le conçoit A. Kardec, et le christianisme évangélique, il n’y a donc pas l’ombre d’une différence. Les vrais spirites sont les spirites chrétiens : leur mot d’ordre est : « Hors la charité, point de salut ! »  

Le Christ vivant

 Un autre doute s’est élevé, je le sais, chez certains spirites, relativement à l’historicité de Jésus. Ils se demandent s’il ne s’agirait pas là d’un personnage mythique autour duquel graviterait la légende chrétienne, plutôt que d’un homme ayant foulé réellement le sol de notre planète.

 Des exégètes, des écrivains philosophes, tous excellents dialecticiens, ont trouvé dans les textes bibliques des éléments pour ou contre. En tirant sur les textes, on leur fait dire exactement ce que l’on veut dire soi-même. Mais il ne s’agit pas ici d’un plaidoyer, il s’agit de la recherche du vrai, dont toute passion doit être exclue.

 Laissant la dialectique, consultons le bon sens d’abord, et puis recherchons s’il y a, ou non, évidence dans le fait. La question des preuves historiques devient dès lors secondaire, attendu que tous les envoyés divins ont ceci de caractéristique qu’ils ne laissent après eux nulle trace de leur passage, si ce n’est l’orientation spirituelle qui s’ensuit dans les milieux ou ils sont apparus. Il en a été de même pour Jésus.

 Si le témoignage concordant des Evangiles ne vous suffit pas, vous avez celui de saint Paul, vous avez le témoignage des apôtres ; vous avez celui des martyrs et des saints, autres témoins de Jésus-Christ. C’est, dit le professeur Puesch, une des plus grandes aberrations de la critique que d’avoir voulu imaginer un christianisme sans lui, et P. Fargues remarque justement que la réalité historique de Jésus n’a jamais été niée par les antichrétiens d’autrefois. La cause est donc entendue, et je n’en veux pour preuve que la déclaration, l’aveu formel d’un Barbusse ou d’un Guignebert, appartenant tous deux à la critique rationaliste.

 Dans un excellent ouvrage spirite : Le vrai message de Jésus, par Léon Meunier, je trouve ces lignes judicieuses que je livre à votre appréciation :

« Nous ne faisons pas du personnage de Jésus, en tant que personnage historique, une question de pure érudition. Si quelques-uns ont nié l’existence de Jésus, personne n’a pu nier l’existence de la doctrine christique : c’est 1à le point essentiel. Celle-ci, en effet, s’impose à l’évidence par une double manifestation : manifestation « livresque » puisque nous la trouvons dans les Epitres de Paul datées de l’an 51 et la suivons à travers les siècles, discutée par les Églises, les hérétiques et les historiens.

 « Manifestation vécue » puisqu’elle a suscité au cours de tous les temps, des mouvements historiques, peuplé les solitudes d’innombrables monastères, fait jaillir de terre, sous tous les cieux, des monuments, des chefs-d’œuvre d’architecture qui frappent encore aujourd’hui nos yeux émerveillés. Or, si on ne peut hier la promulgation de la doctrine christique, quel motif a-t-on de nier le promulgateur ?

 Aucun motif recevable, Messieurs, et l’esprit de système doit être banni de nos rangs. Le christianisme est né de la venue du Christ sur la terre et de l’action de son Envoyé, le Consolateur, le Paraclet. Et le Christ est vivant et agissant depuis lors, à tous les âges, et l’Esprit Saint demeure parmi nous, comme il était parmi les chrétiens, aux premiers temps de notre ère. Voilà le fait spirite central que nous avons pour mission d’envisager, de reconnaître et de publier.

 Le Christ vivant! Voilà la révélation qui devait nous être faite en ces jours d’inquiétude et d’angoisse que nous traversons, en ces jours d’appauvrissement de la foi et de doute qui rappellent les temps ou parlait l’apôtre des gentils, afin que la grande épreuve qui nous est annoncée soit éclairée du rayon divin de l’Espérance.

 Nombreux déjà sont les grands missionnés à l’œuvre sur la terre. Je n’en prendrai qu’un seul, et je l’irai chercher en dehors des ordres religieux, hors du sacerdoce, et j’invoquerai son témoignage qui a été apporté récemment, ici même, en terre vaudoise. Et je le laisserai parler, parce que son langage est libre, exempt de tout accent confessionnel, étranger au dogme. Peut-être est-il encore de ce monde, mais on est sans nouvelles de lui à l’heure actuelle ; peut-être est-il mort en apôtre, en martyr, selon son vœu, une telle mort étant le seul paraphe qu’appelle une telle vie. Je veux parler du Sâdhou Sundar-Singh, l’apôtre hindou du Christ vivant.

 Retracer sa vie m’entraînerait trop loin. Je dirai seulement qu’elle tient du prodige.

Sachez toutefois qu’après une révélation semblable au coup de foudre de Saül de Tarse sur le chemin de Damas, cet hindou de haute caste quitta le monde alors qu’il était encore adolescent, rompit avec sa famille qui le persécutait, ne le comprenant pas, et revêtant la robe de Sâdhou, c’est-à-dire de saint homme itinérant, partit seul, dénué de tout, bafoué, molesté, sur les grandes routes de son immense pays.

 Un de ses biographes nous dit que le calme de son expression et de son maintien, l’assurance paisible et la dignité de sa démarche, même sans tenir compte de la robe et du turban, lui donnaient l’air « d’être sorti des pages de la Bible ».

 Un Sâdhou, dans l’Inde, trouve toujours, tant bien que mal, le gîte et le couvert au cours de sa vie errante. I1 vit, avec facilité, une étonnante vie de renoncement qui nous apparaît, à nous occidentaux, comme une gageure impossible à réaliser. Parcourant la péninsule en tous sens, se mêlant aux gens de toute condition, par le froid, par le chaud, tantôt dans la forêt, tantôt dans la jungle, tantôt sous le climat torride de Ceylan, tantôt dans les neiges et les glaces du Thibet, au pays des lamas, Sundar-Singh, brimé, maltraité, persécuté, quelquefois atrocement martyrisé, s’en va, ardent, infatigable, invincible, son nouveau Testament en langue ourdou dans la poche de sa robe, n’ayant pour tout bien que l’assistance de son divin Maître.

 Sa vie est un perpétuel miracle, qu’il accueille le plus simplement du monde, car rien ne l’étonne. C’est en se racontant qu’il convainc ; ce sont les faits qui parlent pour lui, faits étranges, miraculeux, inouïs.

 Il est impossible de trouver la moindre trace de sacerdotalisme, de formalisme, de dogmatisme dans son enseignement. Et ce ne fut pas sans étonnement qu’on l’entendit dans les temples, ici même, en Suisse quand il y vint, appelé par le Comité de secours de la Mission aux Indes, en 1918, de même que dans les milieux évangélistes de Londres ou il se rendit ensuite.

 « A quelle église appartenez-vous », lui demandait-on ? A aucune, répondait-il. J’appartiens à Christ, cela suffit. Dans le sens spirituel, j’appartiens à toute église dans laquelle se trouvent de vrais chrétiens. »

(La Parole a été faite chair, p. 14). 

 Malheureusement, les vrais chrétiens sont devenus rares. « Il est écrit dans la Parole de Dieu, dit Sundar-Singh, que les siens ne purent pas le comprendre et le rejetèrent. Il en est de même aujourd’hui dans les pays soi-disant chrétiens. Ils sont bien son peuple, et ils croient en Lui, jusqu’à un certain point ; mais ils sont surtout des chrétiens de nom. Eux qui ont reçu tant de bénédictions par le christianisme, ils oublient Christ et il ne peut pas leur montrer sa puissance. Dieu montre sa merveilleuse puissance à ceux qui cherchent la vérité. » I1 est venu chez les siens, et les siens ne l’ont pas reçu. Son peuple, ceux qui se disent chrétiens, ne lui ouvrent pas en réalité leur cœur et ils le rejettent… I1 pourrait peut-être leur dire : « J’ai une place dans vos Eglises, mais je n’en ai point dans vos cœurs ; vous m’adressez un culte, mais vous ne me connaissez pas, parce que vous n’avez jamais vécu avec moi. »

 Paroles sévères, mais combien justes! Et peut-être, Messieurs, trouverons-nous ici la raison de ce grand silence des Eglises sur cet homme extraordinaire qui s’égale aux plus grands saints par la simplicité et la vigueur de son action apostolique.

 « La connaissance du Christ, dit-il encore, est un fait d’expérience. Le mois dernier — c’est toujours Sundar-Singh qui parle — traversant Emmaüs, village situé à onze kilomètres de Jérusalem, je me rappelais ces deux disciples qui s’entretenaient de Jésus, alors que Jésus lui-même marchait à côté d’eux sans qu’ils le reconnussent.

 Après qu’il eut disparu, ils se dirent :

« C’était Lui ! »

C’est à l’aide d’une merveilleuse expérience qu’ils réalisèrent la présence de leur Maître près d’eux, car ils dirent :

« Nos cœurs ne brûlaient-ils pas au dedans de nous quand il marchait à nos côtés ?

Ce cœur brûlant était le résultat de sa présence. ».

(Le Christ vivant, p. 36) (1). 

 Oui, Messieurs, la connaissance du Christ est un fait d’expérience parce que cette présence divine, dont parle le Sâdhou, s’impose à l’âme qui en est touchée comme une réalité dont le sensorium tout entier est pénétré, illuminé, ravi dans une proportion telle que l’adhésion à cette réalité ne souffre plus l’ombre d’une hésitation. Et ceci explique l’héroïsme surhumain des martyrs.

Connaître Christ! Beaucoup de chrétiens connaissent Jésus par les Evangiles, sans réaliser qu’il est le Christ, le Christ vivant. Ils ne le connaissent pas véritablement… Saint Paul a dit :

‘Je n’ai pas honte de souffrir pour lui, car je connais celui en qui j’ai cru ».

« II y a une grande différence entre savoir quelque chose du Christ et connaître Christ », dit encore Sundar-Singh.

 Et voici son Credo :

« Je crois en Jésus-Christ, non pas à cause de ce que j’ai lu dans la Bible à son sujet, ni parce que quelques docteurs m’ont parlé de Lui, m’ont engagé à me convertir, mais parce que JE L’AI VU, LUI, LE SEUL SAUVEUR DU MONDE« .

 (Le Christ vivant, page 35). 

 Ainsi donc, Messieurs, le Christ reconnu et servi par Sundar-Sitgh n’a rien du Christ stylisé parfois de façon profondément émouvante par l’iconographie catholique (ou l’art parfois atteint au sublime, sans toutefois pouvoir nous restituer l’image réelle de 1’Etre glorieux que nous voyons représenté pendu au bois, martyrisé et sanglant) — c’est le Christ vivant dont la beauté, l’action, la puissance souveraines dépassent nos conceptions les plus osées. C’est Celui que les apôtres reconnurent dans son corps de gloire, après les événements qui marquèrent la disparition du Fils de l’homme.

 Après tant d’autres également dignes de foi, Sundar-Singh apporte son témoignage, et c’est le témoignage d’un homme instruit dans la science occidentale, quoique n’ayant rien perdu des qualités foncières d’une race à qui ne sont étrangères ni la métaphysique, hi la mystique la plus haute.

 (1)         Brochure éditée par le Secrétariat Suisse cle la Mission aux In?es, Lausanne, 35, rue du Bourg. 

 D’après lui, le christianisme est le complément de l’hindouisme. Celui-ci a creusé les canaux que Jésus est venu alimenter d’une eau qui donne la vie éternelle.

 Souvenons-nous, spirites, de la formule du Sâdhou, car elle est un trait de lumière : La connaissance du Christ est un fait d’expérience.

 La conception christique de l’apôtre découle de sa propre vision Je vis, nous dit-il entre autres choses, des ondes de vie et d’amour irradiant du Christ en qui habite corporellement toute la plénitude de la divinité.

 Ce sont elles qui engendrent la vie.

 Ainsi, poursuit-il, d’une façon toute mystérieuse, ce sont des ondes de lumière et d’amour qui donnent la vie aux créatures de toute espèce ».

 Puis, ayant parlé de ce rayonnement fluidique divin, il ajoute : « la matière et le mouvement ne peuvent créer la vie, la vie seule peut engendrer la vie ».

Ainsi parle un homme ayant une expérience spirituelle du Christ.

 C’est un langage nouveau : c’est le langage spirite.

 Et maintenant, Messieurs, que vous dirai-je ? Je voudrais avoir indiqué avec assez de pertinence et de fermeté les raisons majeures qui poussent irrésistiblement la doctrine d’Allan Kardec vers la voie de l’Esprit divin, de l’Esprit-Saint qui seul régit la science spirituelle, la connaissance, au plein sens du mot.

 Autre chose est la science, selon la conception actuelle, autre chose est la connaissance. Point de connaissance sans conscience. La conscience, voilà le laboratoire idéal ! Que dis-je, le laboratoire ? Voilà le vrai temple ou nous attend le Maître de la vie…

 Nos sciences, il faut l’espérer, trouveront quelque jour, et peut-être par le spiritisme, le chemin d’une synthèse qui s’impose dès aujourd’hui et s’imposera demain encore davantage. Mais notre vrai chemin, à nous spirites, est trouvé : C’est le chemin que Jésus nous a tracé lui-même ; c’est Christ lui-même !

  « Le spiritisme sera christique ou il ne sera pas ». Retenons cette formule, Messieurs, elle est de René Kopp, et vous savez que c’est une parole autorisée.

 Le Christ nous enseigne par le cœur, car c’est là que le sentiment épouse la raison, que l’intuition féconde l’intelligence, que l’inspiration se décante et se clarifie.

 C’est dans ce sanctuaire, non ailleurs que nous attend, bien au delà des postulats incertains de l’intelligence, bien au delà des concepts édifiés sur une science matérielle tâtonnante, bien au delà de notre chétive personnalité actuelle, c’est là, dis-je, et non ailleurs que nous attend, pour nous conduire au but que nous devons atteindre par nécessité et pour notre bien suprême, le Seigneur, le Médiateur, le Sauveur des Esprits, le Prince de la paix :

CHRIST-JÉSUS. 

 

 II

Etablissement de la morale

  

Le plan de Satan

 Il consiste à nous éloigner du Bien, du Vrai, du Pur, puis à reconstruire sur leurs ruines et se faire adorer ici-bas à la place du Premier Fils de Dieu.

 Les âmes dans l’erreur lui donnent sa puissance; nous sommes les artisans de sa domination sur cette terre.

 En luttant contre l’Ange déchu, la Divinité nous permet de nous réhabiliter devant Elle et devant nous-mêmes, car si la lutte contre l’organisateur du Mal ne nous était pas offerte, nous nous éterniserions dans notre chute par les habitudes d’une vie sans véritable joie, dénuée de tout élan supérieur.

 En repoussant les attaques du Mauvais, la conscience se grandit, commande impérieuse-nient : alors la chair s’abat, l’esprit se vivifie. C’est la victoire de l’âme sur le » moi » ; c’est le salut !

 H.P.R

(Henri Petit Rivaud ??)

Le spiritisme expérimental

 Dans ma causerie précédente, je me suis efforcé de rétablir le Spiritisme sur les bases mêmes qui furent posées par son fondateur Allan Kardec guidé en cela par les messagers du Christ.

 Ébranler le doute chez les uns, fortifier la foi chancelante chez les autres, éclairer la croyance chrétienne au moyen de témoignages permanents et concordants, voilà ce que fut son objet. Il suffit pour l’instant à nos soins.

 Certains spirites objecteront que les vues de ce maître, de quelque révérence qu’on les entoure, ne sauraient lier les chercheurs dans leur libre recherche; certains chrétiens attachés aux dogmes diront que le Christianisme a reçu depuis longtemps sa forme définitive.

 Nous répondons par avance aux premiers que nous entendons bien laisser le Spiritisme ouvert à toute investigation sincère : « Cherchez, et vous trouverez ! » et aux seconds que nous ne connaissons qu’un Christianisme, le Christianisme progressif éternellement vivant.

 Et j’ajouterai ceci pour les uns comme pour les autres : c’est que, pris que nous sommes dans les remous d’un monde en ébullition, ce n’est pas l’heure de se laisser couler à la dérive. De toute nécessité il faut faire effort pour sortir de ces remous et trouver la direction bonne car, manifestement l’heure a sonné des grands combats d’idées en vue d’une révision des valeurs en tous domaines.

 Examinons donc, Messieurs, dans ce but, quelles sont les tendances actuelles du Spiritisme.

 Nombre de chercheurs se sont cantonnés dans le domaine du psychisme. Esprits curieux, en quête de nouveau, l’observation des phénomènes paranormaux, leur étude minutieuse, les captive et les retient. Certains d’entre eux peuvent d’ailleurs développer dans cette voie les ressources d’un savoir étendu. Prenons garde cependant que nous sommes ici dans l’antichambre du merveilleux, à l’entrée de la crypte des mystères où flotte le voile ondoyant de Maya. C’est en quelque sorte le palais magique ou se brouille notre horizon habituel, aux frontières du visible et de l’invisible.

 Armés de ses instruments de précision, la science essaie de porter ses incursions dans ce domaine ignoré, mais ses appareil la servent mal, parce qu’ils ne sont point adaptés à ce genre de recherches, et comment le seraient-ils, puisque les phénomènes psychiques échappent aux lois connues qui régissent la matière ?

 Il faut comprendre que la science aborde ici des études étrangères à celles qui font l’objet de ses investigations courantes ; aussi n’avons-nous pas à nous étonner qu’elle soit assez souvent réticente, déconcertée, voire agacée par des difficultés qu’elle ne peut vaincre. Sur ce terrain, l’initiative lui échappe, venant d’une force intelligente qui la réduit à un rôle d’expectative.

 Quoiqu’il en soit, certains psychistes ont fait montre d’une persévérance méritoire et leurs travaux sur le magnétisme et le subconscient fournissent une contribution des plus remarquables à l’étude de l’être humain.

 Mais le psychisme n’est pas le Spiritisme. Nous avons vu qu’Allan Kardec a pour celui-ci d’autres ambitions.

 Quant au Spiritisme expérimental, il emprunte, à vrai dire, la même voie que le psychisme, mais il fait un pas de plus. Selon ses données propres, les phénomènes de cet ordre ne sont pas de l’animisme pur ; ils sont le plus souvent d’allure spiritique. La cause déterminante, disent les spirites, n’est pas forcément animique, elle s’identifie à une intelligence étrangère à notre monde agissant par des moyens dont nous n’avons pas la clef ; mais si la clef nous manque, nous avons le contrôle de la manifestation,

1 ° par la voie médiumnique, qui est un contrôle direct,

2° par l’observation et la méthode comparée.

 Des hommes de science, dont la parole est grandement autorisée, ont reconnu, dit et redit que la solution spirite était la plus simple et la mieux accréditée pour l’explication des phénomènes.

 Car il est indéniable que les faits existent ; la preuve en est désormais scientifiquement établie. Mais les faits, je l’ai déjà dit et je le répète, ont besoin d’être interprétés. Ces faits ne sont pas plus d’aujourd’hui que d’hier. Ils existent probablement depuis qu’il y a des hommes sur la terre, et le Spiritisme expérimental n’a eu pour objet que de les remettre en évidence.

 Y a-t-il lieu de les provoquer et de les contrôler indéfiniment ? Il apparaît vain de fonder tant d’espoir sur une méthode non pas certes inutile, mais notoirement insuffisante. Nous n’avons pas, nous spirites, à nous maintenir plus longtemps dans 1’ornière expérimentale, côte à côte avec la métapsychie, qui poursuit des fins autres que les nôtres. Au-delà des faits, il faut aller à l’enseignement qui en offre le prolongement; il faut entendre le langage de ceux qui les provoquent, parce qu’ils ont apparemment quelque chose à nous dire. La méthode la plus sage et la plus rationnelle est donc celle qui nous pousse vers un supplément d’information. Qui donc oserait prétendre qu’il soit prématuré ou superflu ?

 La valeur scientifique du spiritisme est loin d’être négligeable, et je ne fais nulle difficulté pour en convenir. I1 se pourrait même — c’est mon impression personnelle — qu’il soit appelé à ouvrir devant la science même des pistes nouvelles vers l’inconnu ; mais cela n’implique en aucune façon qu’il puisse nous mener à la solution attendue.

 I1 y a les faits d’ordre externe, et il y a les faits d’ordre interne, les premiers relevant de la science, les seconds de la conscience. Mais vous savez bien, Mesdames, Messieurs, que c’est ici, dans le for intérieur, que se joue en réalité le drame de l’esprit humain, ce drame dont l’acteur, le héros véritable n’est pas l’homme social.

 Comment allez-vous instrumenter dans ce dédale, dans ce mystère ? Avec quel instrument de précision allez-vous opérer sur la pensée, sur le sentiment de l’individu, sur ces états de l’âme qui ne s’actualisent dans l’espace que pour retentir dans l’invisible ou siège le seul réel. Prétendra-t-on que le Spiritisme sort de ses attributions quand il prolonge et élargit ses voies ? Je répondrai que le Spiritisme trouve son domaine partout ou l’esprit est en cause.

 La science peut exercer ses méthodes sur l’externe ; pour l’interne, elle est totalement dépourvue de moyens. Or, c’est l’interne qui nous intéresse spécialement, et il ne se passe rien chez le voisin qui ne puisse se passer en nous, puisque le voisin, c’est notre semblable. 

Le spiritisme philosophique

 Le psychisme et le scientisme reconnus inaptes à nous conduire là ou veulent nous mener les bons esprits, recherchons, Mesdames, Messieurs, si le Spiritisme philosophique. serait susceptible de nous offrir un champ d’action plus étendu.

 Dans un récent rapport sur le Spiritisme en France, le Spiritisme expérimental, justement, nous est donné comme une base scientifique d’une morale renouvelée et largement humaine.

 Nous avons vu, précédemment, comme il faut être prudent quand on introduit côte à côte deux facteurs dont l’incompatibilité nous a été dénoncée en termes formels. Par définition, la science, telle qu’on l’entend actuellement, est amorale. Il faut donc veiller à ce que la base de l’édifice ne se dérobe pas sous cette éthique nouvelle que vous prétendez édifier.

 En réalité, la science est une chose, et la morale en est une autre. Vous pouvez faire marcher de pair la morale et la religion, la morale et la connaissance, mais la morale et la science matérielle, non ! Et cela se conçoit. La morale fait corps avec les sentiments ; la science avec l’intellect.

 Renouveler la morale par des procédés strictement humains ? Comment réformer un monde voué par les puissances infernales à la haine et à l’anarchie ? Comment édifier une philosophie qui puisse donner à l’homme la règle de vie susceptible d’apaiser son cœur ? Oh ! ce n’est pas que nous ayons manqué jusqu’à présent de systèmes idéologiques plus ou moins bien établis.

 Ah ! Pauvres insensés, misérables cervelles

Qui, de toute façon, avez tout expliqué,

Pour aller jusqu’aux cieux, il vous fallait des ailes!

Vous aviez le désir, la foi vous a manqué !

 Il est à craindre que le poète n’ait raison. La conscience intellectuelle n’est pas la conscience morale; un monde les sépare, parfois un abîme… Nous manquons de foi… Qui nous donnera la foi ?

 Toutes les philosophies de l’être sont des philosophies de mensonge, car l’être n’est rien (l’être de chair) si l’on nous cache son essence.

 Et quelle est son essence ? C’est l’âme, Intelligence et cœur à l’état pur.

 Comment renouveler la morale, comment renouveler la philosophie sans prendre son point de départ dans l’âme qui est l’homme véritable ! Ét dans ce domaine, que pourrait nous apporter une expérimentation sujette à des interprétations contradictoires ?

 Un sage, un demi-dieu, aux temps héroïques de la Grèce, en ce siècle éblouissant qui vit rayonner sur l’orient de notre globe un Lao-Tseu, un Gothama, un Zoroastre, apporta au peuple le plus éclairé de la terre une philosophie de l’être et du monde d’une perfection qui n’a jamais été dépassée.

 Pythagore, c’est de lui qu’il s’agit, s’adressait à des hommes libres; mais sur la terre, les hommes libres, en tous lieux, sont rares. Par contre les esclaves pullulent ; (j’entends les esclaves de la matière, les ignorants, les méchants, « ceux qui ne savent ce qu’ils font »).

 Ces esclaves détruisirent son œuvre, le mirent à mort. Mais son génie continua à féconder la civilisation méditerranéenne. Une telle beauté émanait de ses enseignements que le ciel de sa patrie et la Rome antique en furent illuminés pour les siècles, et à tel point que de nos jours encore les héritiers des humanistes de la Renaissance, épris de la splendeur de ses conceptions, essayent de leur donner un nouveau lustre.

 L’éducation pythagoricienne a reçu, au début de ce siècle, et surtout depuis la grande guerre, une impulsion nouvelle par la vie au grand air, le scoutisme, la création d’académies d’éducation physique, une hygiène renouvelées des leçons du maître de Crotone.

 Ce sont là, certes, d’excellentes innovations, mais qui n’ont pu se développer que dans un sens, absorbées qu’elles furent par les vagues d’un néo-paganisme renouvelé du temps des César. Bonnes pour une élite, elles sont insuffisantes quand il s’agit de fournir au peuple, en même temps qu’une règle de vie, l’apaisement que demande son cœur et surtout l’aliment de son âme : la foi.

 Cette digression, Mesdames, Messieurs, n’est pas inutile, car elle permet d’affirmer qu’aucun autre système ne réussira là ou a échoué la plus haute synthèse qui fut de la sagesse antique, et notre spiritualisme expérimental, il faut l’avouer, est loin de former le tout complet que nous offre la pensée Pythagoricienne. Et j’en trouve l’aveu même à la fin du Manifeste du Spiritualisme Expérimental, publié en 1931, dans ces lignes désabusées :

« Aujourd’hui, écrit son auteur M. E. Wie­trich, cette pauvre humanité qui déjà s’ennuie sur sa planète, qu’elle peut parcourir en quelques jours, rêve de s’en aller dans une fusée fantastique visiter les astres.

« Et ensuite ? Elle retombera encore sur ses pieds, car après cette grande équipée, elle contemplera à peu près les mêmes décors, elle éprouvera donc les mêmes impressions, et, passé le galvanisme de sa sensibilité, elle se retrouvera identique à elle-même avec ses passions dévastatrices et ses grandes douleurs.

« Elle s’y prend mal pour échapper à. son âme tragique. Elle la grise et l’intoxique, elle en avive les plaies au lieu d’en opérer la métamorphose.

« Là, seulement, serait le salut. »

Voilà le grand mot lâché. Le salut, l’unique salut serait dans la métamorphose de notre âme désabusée, de notre âme douloureuse, de notre âme tragique et parfois désespérée. 

La réincarnation

 Ou trouver, Mesdames, Messieurs, la solution de ce problème ? Est-elle dans le système palingénésique des anciens ? Est-elle dans la loi de réincarnation telle qu’elle est communément envisagée de nos jours ?

 La palingénésie des âmes est une très vieille idée que nous retrouvons notamment dans l’hindouisme, dans le druidisme, dans la pythagorisme, et chez les philosophes alexandrins, voire chez certains Pères grecs tels que Clément et Origène.

 C’est une très vieille idée, dis-je, que le Spiritisme d’Allan Kardec est venu rajeunir en l’appuyant sur l’enseignement des esprits. La « rotation des âmes» comme on disait à 1’Ecole du Nord, du temps de Claude de Saint-Martin, présente des variantes dates la conception que s’en font les modernes. Les spirites anglais, par exemple, ne l’entendent pas comme de ce côté-ci de la Manche. I1 font subir un correctif important à la formule bien connue : « Naître, mourir, renaître et se perfectionner sans cesse! ».

 L’âme humaine, pensent-ils, ne revient pas sur la terre après l’existence charnelle, elle continue son évolution sur d’autres mondes et sous une autre forme.

 Quant aux catholiques, leur manière de voir n’est pas absolue ; la réincarnation, chez eux, est une « question réservée », attitude qui leur est commandée par les déclarations antérieures des Pères grecs.

Quant aux théologiens, ils se bornent à remarquer que la Bible n’en fait pas mention d’une manière explicite ? Et que les paroles de Jésus à ce sujet, sont énigmatiques.

 Question réservées ? Soit ! mais jusques à quand le sera-t-elle ? Serions-nous aujourd’hui moins à même d’en pénétrer le mystère que voi-là deux mille ans ?

 « Aux Indes, de même qu’en Egypte, la réincarnation a été la racine de l’éthique. Chez les Juifs, elle a été communément admise parmi les pharisiens, et la croyance populaire apparaît dans les passages divers du Nouveau Testament, par exemple, lorsque Jean-Baptiste est considéré comme la réincarnation d’Elfe, ou lorsque les disciples demandent si l’homme né aveugle souffre pour les péchés de ses parents ou pour un de ses péchés antérieurs.

 Zohar aussi considère les âmes comme sujettes à la transmigration. « Toutes les âmes, dit-il, sont sujettes à la révolution, (métempsychose) mais les hommes ne connaissent pas les voies de Dieu, ce qui est heureux !

Ils ignorent comment ils ont été jugés de tout temps, et avant qu’ils ne soient venus dans ce monde, et lorsqu’ils l’ont quitté (1). »

 (]) Annie Besant, Réincarnation.

 Il ne sera pas non plus inutile de rappeler ici la 26° triade bardique, écho de l’enseignement des druides, corroborant les développements de Platon dans le Phédon et la République.

«        Par trois choses on retombe nécessairement en Abred (Cercle des transmigrations) bien que, d’ailleurs, on reste attaché à ce qui est bon.

«        Par l’orgueil, le long d’Annown  l’Abîme ».

«        Par la fausseté, le long de Gabien (1), jusqu’au point de démérite équivalent.

«        Par la cruauté, le long de Kennil, jusqu’au degré correspondant d’animalité.

 Et l’on retourne de nouveau à l’humanité comme auparavant ».

Je me permets de souligner la première proposition ou il est dit que bien que l’on reste attaché à ce qui est bon, on retombe fatalement en Abred par l’orgueil, la fausseté et la cruauté, c’est-à-dire par le péché.

 La loi, en effet, ne souffre pas d’accommodement. C’est ce que les hommes ne perçoivent pas avec une netteté suffisante, et d’ailleurs, jamais personne, depuis les temps apostoliques, ne les a mis suffisamment en garde contre les transgressions dangereuses.

 Il se confirme, par ces enseignements concordants, que l’âme humaine obéit à la loi du retour dans la chair tant que les expériences qui doivent être faites, sur ce monde de réparation, n’ont pas donné leur fruit.

 Elle ne saurait, cette âme, échapper à l’attraction terrestre que si elle a définitivement dominé, vaincu la matière. C’est pourquoi l’homme-esprit, ici-bas l’homme-animal, subit si longtemps le magnétisme de cette planète ou il est venu jeter l’ancre pour des siècles et des siècles. Ceux-là même qui ont vaincu cette attraction acceptent le plus souvent de revenir en mission pour aider leurs frères attardés, égarés, en vertu de cette 1oi qui veut que l’humanité solidaire ne fasse qu’une seule et même personne devant Dieu.

 Selon les points de vue différents auxquels l’esprit s’est attaché, la réincarnation apparaît aux uns comme une consolation et pour les autres, elle est une consternation.

   » Savoir, dit l’un de ces derniers, qu’après mille séjours dans un monde ou la justice, hélas ! est borgne ou claudicante, mille et mille autres nous sont promis ; savoir qu’après mille morts, mille séparations crucifiantes, mille et mille autres constituent notre lot, en vue d’un progrès effroyablement lent, savoir cela et en peser les conséquences n’est pas pour nous remplir d’une allégresse sans mélange. »

 (1) Il s’agit bien de Gabien est non de Galien (erratum en fin de livre.) 

 II ne faut rien exagérer ; il ne faut pas se perdre ici dans les nombres. Certes, les réincarnations sont parfois très rapprochées ; certes, le progrès est lent, mais cette lenteur ne doit pas nous désespérer. . I1 est évident que notre humanité n’avance qu’à tout petits pas, et que parfois même elle recule sur bien des points, mais qu’est-ce que le temps ? Ne faut-il pas se dire que nous avons Dieu pour aide si nous avons foi en sa miséricorde ?

 Le Christ Jésus, venu sur terre pour nous montrer la voie du salut, n’avait pas à nous enseigner les conditions d’une bonne réincarnation. C’était l’affaire des philosophes, mais I1 avait d’autres visées. En nous attirant à Lui, I1 nous affranchissait une fois pour toutes des renaissances douloureuses.

 I1 ne tient qu’à nous de le suivre. Si nous n’arrivons pas du coup en haut de la montagne, nous aurons tout au moins brûlé les étapes et fait besogne précieuse pour les autres et pour nous-mêmes.

 La réincarnation joue donc, ici-bas, comme une loi nécessaire qui nous contraint de purger dans le monde de la chute les tares de l’homme charnel. Seuls en sont exempts les justes et les forts, admis à poursuivre leur progression sur des mondes plus heureux.

 Jésus de Nazareth est venu ici-bas nous donner les moyens de sortir de notre esclavage. Nous pouvons nous refuser ou le suivre : libération ou réincarnation.  

La Loi Karmique

 La réincarnation est une conséquence de la loi de cause à effet. Avec l’homme et son libre-arbitre naît l’idée de responsabilité. Impossible de dissocier l’un de l’autre. L’animal est déterminé par ses instincts, l’homme est libre par sa volonté que vient éclairer la conscience. En tant qu’homme-animal, il est à la fois libre et déterminé ; que sa conscience faiblisse, et c’est l’instinct qui l’emporte ! C’est là le tragique de notre vie terrestre. Nous avons faibli dans le passé, nous faiblissons présentement encore trop souvent, et c’est à chaque fois une défaite de notre âme et une victoire de notre nature inférieure. Si cette défaite encore n’était que personnelle ! Mais le prochain en subit souvent la conséquence, d’ou la nécessité de réparer vis à vis de lui, d’abord, et vis à vis de nous-mêmes nos torts, nos déprédations, nos erreurs constantes. Car, en tant que créature consciente, flous relevons d’un juge souverain : Dieu. Qui contracte une dette doit la solder.

 « La loi de cause à effet, qui veut qu’on récolte ce qu’on a semé, loi de Karma, nous fait porter de vie en vie les conséquences de nos fautes, la graine (Karma) étant générée par nos actions ou même par les simples maladresses de notre évolution incomplète.

 Cette notion de réparation devrait être à la base de notre éducation morale, car elle est nécessaire au progrès de l’âme et répond à la justice divine. Dieu, en effet, est notre juge en tant qu’Etre universel, conscience universelle ; et il est aussi le Régent des êtres.

 Pourquoi, dans ces conditions, l’homme, qui est la créature de Dieu, serait-il livré aux rouages d’une loi aveugle et fatale, celle de l’éternel retour ? Enfant débile d’un père infiniment sage, il est logique que ce père vienne lui révéler progressivement le secret de sa filiation divine. Si cette idée est étrangère au brahmanisme et au bouddhisme, nous la trouvons dans Platon, et elle prend toute sa force dans l’Évangile.

 Mais le malheur est que l’enfant indocile et ingrat que nous sommes échappe le plus souvent à la main paternelle et se refuse à entendre la leçon sévère mais nécessaire. Nous nous en détournons, hélas! pour écouter les flatteries du Séducteur. Et c’est alors que nous semons la mauvaise graine avec une inconséquence inouïe, cette mauvaise graine qui engendrera le chiendent et l’ivraie, poison de la moisson à venir.  

Le repentir

 Il est manifeste, Mesdames, Messieurs, que le seul jeu de la loi karmique ne saurait suffire à tirer l’homme du mauvais pas ou il s’est mis en se dérobant à son devoir primordial, qui est d’aimer Dieu par dessus toute chose et de le servir en obéissant aux prescriptions de la conscience, vigie toujours à son poste et d’autant plus active qu’on est disposé à l’écouter fidèlement.

 Il est bien certain que si nous avions toujours agi en conscience, nous n’en serions pas au point ou nous en sommes aujourd’hui.

 Sur la voie des prévarications dont nous nous sommes rendus responsables, une heure vient, voulue par la justice immanente ; un événement inattendu nous arrête à un croisement du chemin et retentit en nous de façon inusitée.

 C’est l’avertissement du Père qui parvient à l’oreille de l’enfant prodigue. Celui-ci s’arrête, interdit, troublé soudain. Heureux alors si ce rappel provoque un retour sincère sur lui-même ! Heureux plus encore si ce rappel éveille en son cœur le repentir !

 C’est le charbon rougi posé sur la plaie vive c’est la brûlure de l’ortie sur le cœur endormi ; c’est l’angoisse du remords qui se lève ; mais c’est en même temps l’espoir du pardon dans l’âme devenue consciente de sa faute et qui en demeure accablée.

« Lorsque l’aveu du péché, dit Dante, tombe de la bouche du coupable, la meule qui aiguise le glaive de la justice tourne contre le fil ».

 A partir de ce moment pathétique, dont dépendra l’orientation de toute une vie, si la loi karmique continue à faire sentir sa rigueur, la sagesse de Dieu prend Les traits de la miséricorde aux yeux de l’enfant prodigue. Dans son trouble, dans son désespoir, une voix murmure, au tréfonds de son âme abîmée sous le poids du péché : Repens-toi et espère !

 Repens-toi et espère ! car Dieu intervient toujours à temps pour retenir l’âme défaillante suspendue sur le gouffre. Repens-toi et espère ! Car si l’inexorable destin dit : tu expieras ! la Miséricorde murmure : tu te relèveras ! tu te relèveras si tu le veux ; de ce jour, tu n’es plus abandonné à l’engrenage d’une roue sans fin. Une main secourable s’est tendue vers toi ! Sache la saisir !

 Sache la saisir ! D’abord parce que tu es faible et qu’elle te donnera la force ; ensuite parce que ta faiblesse et ton ignorance t’ont mis dans un mauvais pas dont tu ne saurais sortir par tes propres moyens.

Qui n’a pas, en effet, marché droitement au cours des expériences successives qu’il a faites ici-bas, n’a pu que donner des gages au Mal; et celui-ci entend bien s’en servir aujourd’hui et demain, comme hier.

 Et qui donc, Mesdames, Messieurs, pourrait avoir l’assurance que le droit chemin a toujours été suivi, ce chemin qui monte, qui monte indéfiniment, et n’est plus par endroits qu’une arête vive entre deux précipices!

 Qui croit le suivre est souvent dérivé, à son insu, sur la voie périlleuse. Le Mal est d’une subtilité incroyable, et nous n’avons, pour le dépister, que des sens bien grossiers. Nous ne voyons pas, nous n’entendons pas toujours distinctement la voix de notre âme divine, ce qui fait qu’au lieu d’être libres, comme des poissons dans l’eau, nous nous sommes laissé prendre, bien involontairement, dans le filet.

Dans le « filet ». J’emploie ici une expression de Sâdhou Sundar-Scingh avec qui nous avons précédemment fait connaissance.

 Qui n’est pas avec Dieu est pris, à son insu, dans les mailles de l’immense filet que nous tend l’Adversaire, depuis que nous appartenons à cet univers, et souvent il arrive que c’est quand les mailles se resserrent que nous nous proclamons libres, car le Séducteur excelle à créer l’illusion. Et il se trouve toujours des endormeurs pour nous accréditer dans une sécurité trompeuse, pour nous confirmer dans l’opinion fausse que nous avons de notre indépendance. Pourquoi le recours à une influence divine hypothétique ? disent les plus osés. L’homme ne peut-il se conduire seul ?

 « Les prédicateurs de morale, remarque Sun­dar-Singh, assurent qu’ils n’ont nul besoin d’un Sauveur. Faites de bonnes œuvres, et vous serez bons. » Mais il se peut que nous soyons si pécheurs et si faibles que nous ne puissions nous sauver par nos propres efforts. »

 Langage chrétien ? Soit ! Mais le seul qui réponde pleinement à la réalité.

 Pécheur ? Hélas ! qui n’est pécheur aux yeux de sa conscience, juge souverain, celui-là même qui arrête la main armée du pharisien quand retentit le défi du Maître : « Que celui d’entre vous qui est sans péché jette la première pierre ! »

Quelle que soit, en effet, notre complaisance envers nous-même, nous pouvons aisément, si nous faisons acte de sincérité, déceler la trace du péché ancien ou du péché qui dure.

 « Le pécheur est comme un poisson dans le filet, le poisson peut regarder entre les mailles et se croire libre, mais sitôt qu’il commence à se débattre, il réalise qu’il n’est pas libre du tout, qu’il lui est impossible de sortir, car il est pris dans le filet. »

 L’important est donc de se débattre. Si nous ne commençons pas à nous débattre, nous restons dans l’illusion de notre prétendue liberté. Et ce ne sont pas les bonnes œuvres qui, à elles seules, suffiront à nous retirer des mailles, mais bien l’abolition, l’extirpation du péché lui-même. I1 n’y a pas lieu de s’étourdir, de fermer les yeux à la réalité ou d’écouter le prêcheur de morale qui nous entretient dans une fausse sécurité, car le filet est là, et c’est celui de notre esclavage, conséquence de nos faiblesses, de nos imperfections, de nos erreurs, de nos fautes, de nos crimes passés.

 Nous pouvons bien prendre la résolution de ne plus pécher désormais, mais cela ne nous sauve pas du filet.

 Qui nous sauvera du filet ? La force des choses? L’évolution ? Formules commodes, Mesdames, Messieurs.

I1 est entendu que l’évolution explique tout, sauf l’homme et son péché, rébus pour la science humaine.

 C’est que l’homme sur cette terre n’est pas dans son état stable ; esprit incarné, la matière n’est pas son milieu originel.

 Son milieu originel, « ce sont les sphères célestes, après quoi l’âme soupire, lieu de notre naissance lors de notre création ».

« La vie du poisson est dans l’eau. Quand il est dans le filet, il est séparé de l’eau. ,

La vie de l’homme est dans la lumière. Quand il est dans le péché, il est séparé de la lumière.

« Le filet n’est pas lui-même la mort, mais le filet sépare le poisson de l’eau, et c’est cette séparation qui est sa mort. »

 Le filet n’est pas la mort, mais il est l’instrument par quoi nous allons à la mort (spirituelle).

Rester passif dans ses mailles, c’est mourir plus ou moins vite, c’est se retrancher de la vie en Dieu et descendre aux Abîmes.

 Nous sommes dans le filet que nous a jeté l’Adversaire. On peut nier le filet, on peut hier l’Adversaire; c’est une négation facile, mais combien dangereuse, et qui resserre autour de nous les mailles fatales !

 Le Sauveur a beau se pencher vers nous pour écarter ces mailles et nous tirer de la prison comment nous libèrerait-il, si nous refusons son aide ? Et si nous ne recourons à Lui, comment échapperons-nous à l’étreinte des Ténèbres ?

 Les endormeurs ont beau jeu, avec notre nonchalance native et notre orgueil foncier, à nous entretenir dans l’ignorance du vrai bien et dans le contentement de soi-même ; mais leurs prédications ne peuvent rien changer à ce qui est. I1 n’est pas vrai que les bonnes œuvres suffisent le palliatif n’est pas le remède.

 Nous sommes dans le filet. Qui nous sauvera du filet tendu par le Pêcheur noir, si ce n’est le Pêcheur lumineux, le Pêcheur d’âmes, le Libérateur

 L’apôtre hindou, Mesdames, Messieurs, n’est pas homme à se payer de mots. Et vous savez bien que ce n’est point là rhétorique creuse. Et si vous pouviez croire que nous nous sommes éloigné de notre sujet, je vous ferais observer que nous n’avons jamais cessé de suivre la règle delphique du « Connais-toi », ni d’appliquer la force de l’expérience à ce que nous savons de nous-mêmes et des autres.

 Nous n’avons pas cessé de rappeler la donnée universelle qui est à la base de toute religion, à savoir que notre esprit relève directement de Dieu.  

L’esprit du mal

 Vous ne seriez pas spirites si vous ne reconnaissiez autour de nous, dans notre ambiance même, la présence de ces esprits mauvais qui n’ont de cesse qu’ils n’aient obsédé ou possédé ceux qu’ils poursuivent. Et vous savez quel danger grave représente cette emprise occulte pour les humains.

 On objectera que ces esprits pèchent par ignorance autant que par malice, qu’ils subissent une attraction à laquelle ils n’ont pas les moyens de résister. N’empêche qu’ils sont sous le joug de ceux qui, plus puissants parce qu’enracinés plus profondément dans le mal, les subjuguent, les asservissent, et cela d’autant plus facilement que ces infortunés n’ont aucun moyen de se soustraire à cet esclavage.

 Qui les y aiderait, en dehors de Dieu qu’ils ont méconnu ?

 Je n’ai pas dessein d’entrer dans des détails eschatologiques qui nous entraîneraient trop loin, pas plus que je ne voudrais m’engager dans un certain dédale méphistophélo-philosophique. Restons dans la vie courante ou nous savons que le mal existe, qu’il y a autour de nous des forces adverses et qu’elles obéissent, manifestement, à un maître.

 Je sais que l’action maléfique de Satan n’est pas reconnue par tous et que certains même le considèrent comme un mythe désuet.

 Rejeter l’existence de Satan, Mesdames, Messieurs, revient à rejeter l’action réelle du Christ. En tout cas, c’est rompre avec la tradition c’est rester étranger à la révélation et, spiriti­quement (dixit), c’est nier l’évidence.

 Nier, mais au nom de quoi ? Vous dites « nous n’avons pas rencontré l’Esprit des Ténèbres au cours de nos expériences ». Et je réponds à ces négateurs : En êtes-vous bien sûrs ?

 Ce n’est pas pour rien qu’on 1’a surnommé le « Subtil ». Et si vous ne l’avez pas rencontré, d’autres peut-être ont eu ce redoutable privilège.

 Récuseriez-vous l’expérience de la Sainteté ? Tomberiez-vous dans le travers de ces esprits forts dont l’ironie feinte ne fait que souligner l’insuffisance de documentation et l’ignorance du réel ? On dira : mais comment expliquez-vous le mal ? dans 1’œuvre de Dieu, le mal est inexplicable.

 Le mal, répondrai-je, s’il est en nous et autour de nous, n’est peut-être pas universel :

 « Le propre du mal, c’est d’être irrationnel, invraisemblable, absurde. Si l’on pouvait expliquer le mal, on réussirait par là même à le justifier. Mais alors, ce ne serait plus le mal ».

« Le péché, a-t-on dit, est un intrus dont la présence est injustifiable ».

 Soit, mais il est.

 J’entends l’objection : s’il est, c’est que Dieu 1’a voulu.

 I1 va sans dire que Dieu n’a point créé le mal. S’il est dans la créature, c’est apparemment que la créature s’est détournée de Dieu, souverain bien et perfection suprême. C’est qu’elle a abusé de la liberté qui lui avait été donnée, non pour agir à sa guise, mais pour acquérir le mérite de concevoir 1’œuvre divine et d’y coopérer.

 La révélation nous dit, — et je vous fais observer qu’elle n’a pas varié depuis le temps des prophètes — qu’à l’origine, Lucifer (le porte-lumière) devint Satan (l’Adversaire) pour s’être laissé prendre  « au piège de sa propre beauté », et surtout à cause de la jalousie qu’il avait voué au Fils de Dieu, — l’expression pure de l’être pur, le souverain du ciel, le Christ, celui qui allait devenir le libérateur des hommes.

 L’archange rebelle, dans son égoïsme et dans son orgueil, voulut s’arroger un titre et des prérogatives qu’il n’avait pas acquis, et à cet effet, il ne craignit pas de déclencher la rébellion parmi les anges qui se laissèrent prendre à ses dangereux sophismes.

 Considérant que Dieu, le Suprême, était infiniment loin de ses créatures, ivre de sa puissance d’archange, il refusa de s’incliner devant plus grand que lui, et il entraîna dans sa rébellion ceux qui éprouvaient le même vertige.

 C’est alors, dit la révélation, qu’ils furent précipités du ciel sur la terre ou était l’Adam primitif, et ils n’eurent pas de peine à tromper et à asservir l’homme, ce roi faible et sans défiance, et à faire de ses descendants, par la suite, des créatures de péché esclaves des désirs charnels.

 Faire surgir le bien de l’excès même du mal, telle fut, telle est l’impossible gageure tentée par le Prince de ce monde.

 Ceux qui le suivirent en ont fait les frais. C’est pour détrôner le grand Dévoyé que le Christ est venu sur la terre. C’est pour libérer l’humanité, prise dans les mailles du filet que le Fils de l’homme s’est fait notre Sauveur. « C’est pour détruire les œuvres de Satan que le fils de Dieu a paru ». C’est pour instaurer enfin le règne de l’Esprit qu’Il revient. C’est pour réduire définitivement le Dragon, le Serpent ancien que l’Archange Mickaël livre un incessant combat, qui est le combat pour le Christ, le combat de la Rédemption, le combat de la Lumière, le combat de la Justice.

 A nous, Mesdames, Messieurs, d’accueillir ce gage de victoire et de nous mettre résolument du côté du Sauveur contre l’Ennemi.

 Et consolons-nous de nos misères et de nos angoisses présentes. a Le mal n’est pas éternel puisqu’il a pris naissance dans le cœur d’une créature qui était un ange de lumière (ange de lumière, mais cependant créature faillible, Dieu seul étant parfait).

 « Le mal n’est pas nécessaire, puisqu’il est accidentel et contraire à la volonté divine. I1 ne peut donc durer toujours, la volonté divine étant souveraine et le mal tendant ? se détruire lui-même ».

 C’est pourquoi le mal, un jour, sera anéanti par plus puissant que lui.

 « Vous avez des tribulations dans le monde, dit Jésus à ses disciples, mais prenez confiance, j’ai vaincu le monde ».

 Pour vaincre le monde à notre tour, il faut suivre le divin Maître.

 Encore une fois, nous voici loin, direz-vous, du Spiritisme expérimental ? Qu’importe, Mesdames, Messieurs, si nous sommes toujours dans le Spiritisme! Et qui donc en douterait ? N’ai-je pas pris soin d’établir, au début, que Spiritisme et Christianisme allaient de pair ? Que serait le Spiritisme, je vous le demande, s’il ne conduisait à l’Esprit ? Mais justement les données de l’Esprit sont permanentes parce que la lumière de vérité est éternelle. Et voilà pourquoi, spirite, sur la foi de mon expérience propre et de l’expérience de mes frères, je retrouve, sans être rnoi-même un prophète, les données des prophètes.

 C’est que, voyez-vous, la sagesse est en son fond invariable parce qu’elle trouve sa source dans la raison fécondée par l’Esprit universel. Et nous sommes amenés à revenir encore une fois sur la phrase lapidaire du manifeste déjà cité :

«Pour échapper à son âme tragique, l’humanité devrait en opérer la métamorphose ».

 En bien ! Je vous dis : cette métamorphose n’est pas une chimère puisque Jésus de Nazareth est venu pour nous donner les moyens de la réaliser.  

L’Entretien de Nicodème

 Pour saisir toute la portée de l’enseignement de Jésus, deux choses sont à envisager ; l’Esprit livrant à la matière un perpétuel combat, il s’agit :

1° de renforcer les positions du premier ;

2° de réduire la défense du second.

 Et cela ne va pas sans difficulté ni peine. Mourir à la chair pour renaître à l’esprit n’est pas une opération banale : c’est toute une révolution de l’être qui s’impose.

 Mourir à la chair ! « Ah ! Le vieil homme gémit. I1 se traîne en pleurant vers les choses de son choix. Toute résistance à son désir lui pèse, tout sacrifice lui est amer. Et cependant, ne faut-il pas nécessairement que l’homme renonce à lui-même, parvienne à se vaincre pour devenir un enfant de Dieu ?

 Ne faut-il pas que le vieil homme consente à devenir un petit enfant ?

 I1 n’y a pas deux sens, il n’y a pas d’accommodement. C’est net. Céder au vieil homme, c’est aller vers la souffrance et vers la mort, à cause du péché qui est en lui et qu’il ne peut extirper qu’en renonçant.Il faut renoncer à la volonté pervertie du vieil homme, de l’homme de péché qui, « même dans ce qu’il fait de mieux, ne s’abandonne pas, ne se confie pas, ne se subordonne pas à une volonté plus grande que la sienne, à une plus grande puissance, à un plus grand amour, à son père enfin, comme l’enfant simple se réfugie dans ses bras, se fait humble et petit ».

 Ah ! Combien cette humilité lui coûte ! Comme il est plutôt porté à s’adorer lui-même dans ce qu’il pense, dans ce qu’il fait, dans ce qu’il rêve, dans son métier, son art, sa science, sa philosophie, jusqu’en sa religion! Oui! que l’humilité lui coûte et que l’orgueil lui est naturel! Maître, dit Nicodème à Jésus, nous savons que vous êtes venu de la part de Dieu comme docteur, car personne ne peut faire les miracles que vous faites, si Dieu n’est avec lui ».

 Bien que l’Evangile n’en fasse pas mention, le pharisien doit questionner le jeune rabbi sur ce royaume dont il fait constamment état dans ses discours.

— En vérité, répond Jésus, je te le dis, aucun homme, s’il ne naît de nouveau, ne peut voir le royaume de Dieu.

 Nicodème s’étonne de ce langage étrange :

— Comment, réplique-t-il, un homme peut-il naître lorsqu’il a vécu ? peut-il rentrer dans le sein de sa mère et naître de nouveau ?

 La réflexion frise la niaiserie.

 En vérité, poursuit le Maître, je te le dis, aucun homme, s’il ne renaît de l’eau et de l’Esprit saint, ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair, ce qui est né de l’esprit est esprit.

 Et comme son interlocuteur ouvre de grands yeux :

— Ne t’étonne point de ce que je t’ai dit, reprend Jésus : I1 faut que vous naissiez de nouveau. Le vent souffle ou il veut, et tu en entends le bruit, mais tu ne sais d’ou il vient ni ou il va. I1 en est de même de tout homme qui est né de l’Esprit. »

 Et Nicodème de répondre pensivement :

— Comment ces choses se peuvent-elles faire ? Alors, Jésus lui dit : « Tu es docteur en Israël, et tu ne sais pas ces choses ? »

 En effet, son ignorance paraît flagrante ; pourtant ce qui étonne le plus Nicodème, homme versé dans les Écritures, ce n’est pas tant le fond de l’enseignement que la forme nouvelle dont le revêt le prophète de Nazareth.

 Naître de nouveau! Comment faut-il entendre cette expression ?

 Nous ne pensons pas, quant à nous, qu’il s’agit ici de la réincarnation. On pourrait renaître un nombre illimité de fois sans entrer dans le royaume. Croire cela serait restreindre la pensée du Maître et trahir son enseignement. I1 faut songer à la chute qui nous a plongés dans les ténèbres de l’erreur et voués à la mort de l’esprit, si nous n’y prenions garde. Notre esprit a donc besoin de renaître à la lumière parce que la lumière est source de vie.

« En vérité, aucun homme, s’il ne renaît de l’eau et de l’esprit-saint, ne peut entrer dans le royaume ».

 Nicodème saisit tant bien que mal que renaître de l’eau c’est laver notre corps de la souillure originelle, car le Livre lui a appris que l’eau c’est la matière primaire, l’élément fructifiant, la chair. Et il est bien hors de doute qu’il ne s’agit point de revenir dans un autre corps, mais bien de purifier celui dans lequel nous sommes présentement. Mais, renaître de l’esprit? de toute évidence, c’est bien d’une libération du péché dont parle le Maître, d’une régénération, d’une rénovation de l’homme intérieur, cherchant son âme divine ; d’un renversement des valeurs ; d’une transmutation, car tout homme de bonne volonté, ici, doit se faire alchimiste et chercher à réaliser le Grand-Œuvre.

 Du fait qu’il renonce, il ne fait plus ce qu’il lui plaît, il repousse tout calcul égoïste, il s’oublie pour se donner à. Dieu. II devient progressivement un enfant de Dieu, un serviteur de Dieu, un soldat de Dieu.

 C’est dans cet homme nouveau, dans cet homme re-né que l’Esprit va souffler ; mais comme il ne s’appartient plus, il ne sait au juste ou l’Esprit de Dieu l’emportera; il ne sait au juste ce qu’il fera.

 Et que lui importe ! Puisqu’il a Dieu avec lui, — Dieu! C’est-à-dire la Vérité, la Vie.

 I1 va de soi, Mesdames, Messieurs, que cette renaissance ne se fait pas d’un trait. Elle est plus ou moins laborieuse. Toutefois, il ne dépend que de nous de l’abréger, avec l’aide du Ciel ? Question de bonne volonté, question de volonté, question de foi! Ou l’homme faible, attaché aux choses de ce monde et qui ne donne que chichement son effort mettra une série plus ou moins longue d’incarnations pour arriver au but, le saint y parviendra dans une seule vie par son labeur héroïque, son abnégation et son constant sacrifice.

 Certes, tout le monde n’a pas, ne peut pas avoir ce beau courage. Les hommes qui viennent sur cette terre n’en sont pas au même stade d’évolution. D’une façon générale, c’est la chair qui les mène, non l’esprit. Pourtant, il n’y a pas, il ne peut pas y avoir deux chemins pour aller au Royaume. L’homme étant un esprit, un esprit incarné, il lui faut de toute nécessité renaître de l’esprit pour être entièrement libéré des réincarnations. S’élever contre cette vérité au nom des dogmes, au nom des principes philosophiques, au nom d’un rationalisme étriqué, c’est aller contre l’évidence.

– En vérité, répond encore Jésus à son visiteur, je te dis que nous disons, ce que nous savons, et que nous rendons témoignage de ce que nous avons vu.

—Mais, ajoute-t-il : vous NE RECEVEZ PAS NOTRE TÉMOIGNAGE.

 Voilà, Mesdames, Messieurs, le point crucial du drame humain. A cause de notre indigence de foi, à cause du doute qui renaît en nous comme l’ivraie dans le champ qu’elle a une fois envahi, nous ne recevons pas le témoignage divin qui pourrait devenir le point de départ de notre salut. Et non seulement nous ne le recevons pas, mais nous nous bouchons parfois les oreilles pour ne point l’entendre.

 Oui, notre pire infortune, c’est de nous refuser au témoignage de vérité, c’est de fermer les yeux aux choses vitales pour notre esprit. Trop dociles aux désirs charnels, emportés dans le tourbillon des passions, indifférents, sinon sourds à la voix de la conscience, nous nous égarons, nous nous fourvoyons sans bien nous rendre compte que nous sommes sur le chemin de la perdition. Et, chose également périlleuse, si nous nous complaisons, aux confins du bien et du mal, dans la zone de la tiédeur, nous risquons de nous endormir dans un état de médiocrité spirituelle très préjudiciable à notre progression.

 Ainsi, pèlerins de l’éternité enfoncés dans les ténèbres de ce monde, nous avançons, insouciants, inconscients du danger, pris à l’amorce de la sensualité, bercés dans un bonheur illusoire à moins que battus par les vents contraires, flagellés par l’orage, nous ne nous acheminions vers la mort, courbés sous le faix du destin.

 Bénie soit donc l’heure du repentir quand elle sonne au carrefour, béni soit le recours à Dieu dans les larmes et dans la souffrance vaillamment supportée! Bénie surtout la renaissance qui ouvre à l’enfant prodigue le chemin du retour ! 

 Etablissement de la Morale

 Je crois, Mesdames, Messieurs, que toute morale qui ne tiendrait pas compte de ces données éternelles fournies par la mystique christique, qui est la science même de l’âme, ne saurait être vivante et agissante.

 Edifier une morale strictement humaine, je veux dire une morale qui ne serait pas vivifiée par l’Esprit saint, qui est l’Esprit de Vérité, est une entreprise vouée à l’échec, à un échec infiniment dangereux, car le danger augmente avec notre progression unilatérale. La morale sans Dieu, le scientisme sociologique sont des constructions incomplètes. Leur base est vacillante et elles n’ont pas de couronne.

Il n’y a pas de morale humaine, il n’y a pas de morale indépendante, il n’y a pas de morale sans relation avec le divin. La science ne peut fournir une base à la morale pas plus que la philosophie : nous avons vu que les savants eux-mêmes sont les premiers à le proclamer.

  » Les deux caractères de la loi morale ! la notion d’obligation et le caractère sacré du devoir sont deux valeurs authentiquement religieuses et mystiques ; les athées vivent à 1’ombre des croyants. »

« La morale est fille de la religion. C’est, dit Loisy, la religion qui communique aux règles de moralité le caractère sacré de l’obligation et qui invite à les observer en qualité de devoir. »

« Je crois, écrit Jaurès de son côté, qu’il serait fâcheux, qu’il serait mortel de comprimer les aspirations religieuses de la conscience humaine. Je ne crois pas du tout que la vie naturelle et sociale suffise à l’homme ».

 La science psychique nous fait connaître certaines facultés cachées de l’homme, « cet inconnu ». Le Spiritisme expérimental nous permet d’observer méthodiquement la phénoménologie à laquelle peut donner lieu le psychisme humain. La réincarnation nous révèle le jeu de la loi de cause à effet dans l’ordre physique et dans l’ordre moral et projette une vive lueur sur l’énigme de notre destinée. Mais le Spiritisme christique seul, par son pragmatisme simple et à la portée de tout homme de bonne volonté, nous introduit au centre même de l’enseignement évangélique, basé sur la conscience, en nous révélant progressivement les vérités, la beauté profonde universelle et éternelle.

 Sous l’égide de l’Esprit-saint, les esprits de Dieu, s’offrent à nous servir de guides. Pour nous, les risques subsistent, c’est entendu. Apparemment, rien n’est changé ; cependant le pèlerin n’est plus abandonné aux influences adverses ; son gardien invisible s’est rapproché de lui. Sa famille spirituelle a resserré des liens relâchés, presque détruits ; la Miséricorde fournit au « débiteur insolvable » qu’il était devenu, les moyens d’obtenir, par les épreuves courageusement acceptées, un quitus étendu sinon définitif. I1 appartient toujours à ce monde, et cependant il est devenu participant d’une vie plus haute que la vie de ce monde. Re-né à l’esprit, il relève désormais d’un Maître qui prendra soin de lui. Le Paraclet a pouvoir de nous éclairer en éveillant nos facultés spirituelles, de nous vivifier par les influx divins, de susciter en nous les énergies nécessaires. I1 est le ferment qui fait lever la pâte ; il est le souffle qui régénère 1’organisme ; il est le génie qui règle l’inspir. En se mettant sous ses ailes — j’emploie à dessein cette figure parce qu’elle répond à la réalité – l’homme sorti d’esclavage devient le libre serviteur et l’humble collaborateur de Dieu.

 Cette œuvre qui dépasse de fort loin les possibilités humaines, cette œuvre de rénovation et de rachat, cette œuvre de salut, qui tend à réaliser toutes les harmonies latentes de l’être dans l’amour triomphant ne peut être entreprise qu’avec le secours de Celui qui est venu pour sauver, pour ramener au Père les fils ingrats et infidèles désormais repentis et soumis à sa volonté, à ses lois parfaites.

Le Christ seul peut donner à l’arbre humain ses fleurs, ses fruits, sa frondaison, son harmonie. Il est le Maître, le divin Maître que nous devons suivre. Et, pour le suivre, il faut l’adhésion pleine et entière, sans réserve, de notre cœur. Car s’il est le Maître, il est aussi l’Ami, le meilleur Ami. C’est pourquoi il nous demande de lui donner, en retour, le meilleur de nous même.

 

 III

 

La religion qu’il faut aux hommes 

 La divinité est en nous. La bestialité l’enserre : dure écorce qui retarde notre croissance. Qui refusera d’être pareil à Dieu?

 Etes-vous vraiment satisfaits, hommes, d’être tels que vous êtes ? Mi-hommes, mi-bêtes; centaures sans vaillance, sirènes sans douceur, démons aux pieds fourchus ?

 Etes-vous satisfaits de votre humanité bavarde, de votre animalité réfrénée à peine, de votre sainteté qui n’est qu’un désir ?

 La vie humaine telle qu’elle fut, telle qu’elle est encore, vous semble-t-elle heureuse au point qu’on ne doive rien tenter pour la rendre toute diverse, pour la rendre toute opposte à ce qu’elle est, et plus semblable à celle que, depuis des siècles, nous imaginons dans le futur et dans le ciel?

 Ne pourrait-on pas, de cette vie, faire une autre vie, transformer ce monde en un monde plus divin, faire descendre enfin sur la terre le Ciel, la loi du Ciel ?

Giovanni PAPINI.

(Histoire du Christ, chez Pwor, Edit.)

 La Monade et l’Esprit 

L’homme sur le chemin périlleux ou il marche, doit à toute heure, surtout dans les pas difficiles, s’orienter fréquemment, se tourner constamment vers le vrai, vers ce qui dure, non sur l’apparence.

 Dans le désarroi actuel, il nous faut donc tendre avec une ferveur accrue vers la connaissance, cette science de l’homme et de la vie qui, seule, peut nous conduire dans une voie meilleure, l’expérience que nous faisons dans l’ordinaire s’avérant grosse d’un danger mortel.

 Souffrez donc que je revienne encore sur les thèses principales concernant nos origines et notre devenir. Quoiqu’en disent les railleurs, c’est là, comme l’affirme Pascal, ce qui nous importe le plus.

Nos sciences, Mesdames, Messieurs, sont beaucoup moins affirmatives aujourd’hui qu’au siècle dernier, à l’époque surtout ou le mécanisme pensait avoir trouvé une explication valable, sinon définitive, de l’évolution des mondes. Cette explication devait écarter l’hypothèse créationniste, l’hypothèse Dieu.

 Mais voici que de récentes découvertes en chimie, physique, atomistique, astronomie viennent d’ébranler des concepts qu’on croyait solidement assis, remettant tout en question encore une fois. Et dans le même temps, les recherches psychiques forcent l’attention du monde savant, du moins d’un certain nombre de savants faisant autorité, tels un Crookes, un Lombroso, un Flammarion, un Richet, un Lodge, un Driesch.

 Les faits enregistrés dans ce domaine débordent nettement la science matérialiste, et certains esprits sont ainsi déterminés à se poser à nouveau des problèmes dont la solution paraissait acquise. Ce n’est pas à dire, toutefois, que le matérialisme ait désarmé. Nous trouverons un exposé des considérations sur lesquelles il est communément appuyé dans ces lignes de M. Théo Varley (1) :

  » La merveilleuse aventure de la vie, écrit-il, n’a pu se réaliser sur notre planète que par une sécession et une négation de l’extatique inconscience primordiale. I1 a fallu, pendant des milliers de siècles terrestres, par la douleur et par la mort, passer au crible d’un carnage sélecteur la matière organique pour sensibiliser mieux ses formes successives, inventer le bien et le mal et illuminer la conscience rationnelle. La tragique rançon de notre intelligence, c’est qu’elle soit la fleur d’un être vivant dont l’existence même l’oppose au reste de l’univers et l’oblige à lutter contre lui avec un farouche égoïsme. »

« Mais voici réalisé enfin le patient chef-d’œuvre : la monade humaine ou se reflète l’univers… ou l’être éternel et infini se mire et se connaît dans le temps et l’espace. »

« Nous sommes les étincelles éphémères échappées de l’inconnaissable foyer dont l’hypothétique éther nous permet, par une image sensible, d’entrevoir le mystère, et brillant du même éclat que lui un millionième de seconde-univers… ce monstrueux foyer d’énergie qui brûle pour l’éternité au cœur omniprésent du cosmos, dans l’inconscient devenir. »

(1) La Fraternité spirituelle, N. 12 p. 271. 105, rue ND-des-Champs, Paris VI

 Certes, la page est belle, mais elle ne résout rien. Quoiqu’on nous représente l’être éternel et infini qui se mire et se connaît dans le temps et l’espace, on peut se demander comment la monade humaine, étincelle échappée d’un foyer’ d’énergie peut devenir une intelligence individualisée, capable de se connaître et de refléter l’univers, une conscience pouvant, malgré le caractère farouche de la lutte qui l’oppose au reste du monde, s’élever au sens de la beauté, de la justice, de la vérité, finalement irradier l’amour, transfigurer l’être entier sur les cimes de la surhumanité. L’énergie cosmique n’y saurait suffire. A la racine de ce qui est, ne faut-il pas l’Intelligence ?

  C’est pourquoi des savants notoires tels qu’un abbé Moreux, un Belot, un Eddington se sont ralliés tout simplement aux données créationnistes telles que nous les ont léguées la tradition religieuse universelle et les enseignements hermétiques.

 Nous n’avons pas, quant à nous, qualité pour apprécier le bien-fondé de tel ou tel système à la mode, et nous laisserons ces éminents chercheurs à leurs explications contradictoires. Nous constaterons simplement que la science matérialiste ne sait pas encore ce qu’est la matière, ni ce qu’est l’énergie, ni ce qu’est la nature, ni comment s’opèrent ses transformations. Une science donc qui reste volontairement en dehors des manifestations spécifiques du monde vivant et en particulier de l’homme, qui ne tient compte ni des phénomènes psychiques, ni des phénomènes intellectuels et spirituels supranormaux, ne saurait intervenir dans nos recherches, nous le répétons, avec l’autorité qui lui appartient quand il s’agit de la nature inerte, puisque aussi bien, nous avons en vue, ici, les manifestations de la vie chez l’homme, dans leur plus haute expression : l’esprit.  

L’homme, cet inconnu

 Un savant notoire, cependant, est venu ces temps derniers, mû par ce besoin de synthèse dont j’ai parlé au début, nous présenter une solution en quelque sorte intermédiaire entre la thèse matérialiste et la thèse spiritualiste, dans un ouvrage qui a connu chez nous un retentissant succès : je veux parler de l’Homme, cet inconnu, du D` Alexis Carrel. (1)

 Il m’est agréable de constater tout d’abord que je me suis rencontré avec l’auteur sur plus d’un point, notamment lorsqu’il déclare que c’est notre ignorance de nous-mêmes qui a donné à la mécanique, à la physique, à la chimie le pouvoir de modifier au hasard les formes anciennes de la vie. L’homme, dit-il, devrait être la mesure de tout. En fait, il est un étranger dans le monde qu’il a créé. L’énorme avance prise par les sciences des choses inanimées sur celles des êtres vivants est donc un des événements les plus tragiques de l’histoire de l’humanité ».

 Voilà pourquoi ce médecin-chirurgien à la renommée mondiale, esprit novateur et puissant, est venu à son heure, avec des moyens étendus, se pencher sur ce même problème que j’ai voulu soumettre à votre attention. Il a reconnu, sans la moindre difficulté, que l’homme n’est plus exclusivement dans les activités physiologiques, qu’il est surtout dans les activités mentales. Ce qui constitue l’homme, en effet, ce n’est pas tant la charpente animale que la conscience, cette faculté ou mieux ce principe de vie appelé communément l’esprit, l’âme.

 (1) Chez Plon, édit.

 Ici, évidemment, toute discrimination devient laborieuse.

 L’âme, dit le Carrel, est cet aspect de nous-mêmes qui est spécifique de notre nature et nous distingue de tous les autres êtres vivants.

 « L’âme, dira-t-il encore, l’esprit sont en nous. Celui-ci passe inaperçu au sein de la matière vivante, et cependant il est la plus colossale puissance de ce monde. »

  Comment en effet parvenir à une suffisante connaissance de l’homme si, ne voyant que le corps, on néglige ce qui constitue son réel apanage ? L’homme, disaient les anciens, a trois âmes : une âme animale localisée dans l’abdomen, une âme sensitive dans la poitrine et une âme supérieure dans la tête, celle-ci se trouvant reliée au plan divin par un fil (la corde d’argent) que la Parque coupait au moment de la mort. Bergson, aujourd’hui, note que c’est probablement au niveau de la substance grise que l’esprit s’insère dans la matière.

 Mais comment s’y insère-t-il ? Est-il de même nature ou distinct de cette matière ou nous le voyons ancré ?

 Les manifestations de la vie mentale, constate le D’ Carrel, sont solidaires de l’encéphale, conséquemment de tout le corps puisque « tous les organes sont présents dans l’écorce cérébrale par l’intermédiaire du sang, de la lymphe. C’est pourquoi nos états de conscience ont probablement une expression organique. D’ou l’action du physique sur le mental et réciproquement.

 Ceci est indéniable, Mesdames, Messieurs, mais à mon sens, ne prouve pas la dépendance absolue du mental.

 Si le sang et la lymphe sont partout présents dans nos organes et notamment dans le cerveau, il ne s’ensuit aucunement qu’une pensée claire, vigoureuse, élevée soit liée à la qualité du sang ou à l’état des humeurs. L’artiste, le poète, le philosophe, le savant n’ont pas rigoureusement besoin d’un corps d’athlète pour s’élever jusqu’à leurs idéaux ; l’ascète et le saint n’ont pas rigoureusement besoin du sang riche de la brute pour manifester leurs pouvoirs et leurs vertus ; et tels malades : un Pascal, un Mozart ont pu briller parmi les hommes de tout l’éclat du génie.

 Le corps est-il le support et l’instrument de l’âme ou fait-il avec elle un tout composé? Le DR Carrel opine pour cette seconde hypothèse qui est conforme à la théorie thomiste. Il s’éloigne donc ici de la théorie spirite, qu’Il connaît mal d’ailleurs, pour se ranger du côté de la théologie catholique dont l’enseignement épouse la lettre du verset biblique disant que 1’Eternel avait formé l’homme de la poudre de la terre et qu’il avait soufflé dans ses narines une respiration de vie, l’homme ayant ainsi été fait âme vivante. Tel n’est pas l’enseignement spirite qui distingue, vous le savez, le corps physique du corps esprit, et celui-ci de l’âme ; qui précise que cette âme commande notre corps physique par le moyen du corps-esprit, qui est notre corps véritable, notre corps de chair n’étant que l’instrument emprunté à la terre depuis notre chute.

I1 ne sera pas sans intérêt, Mesdames, Messieurs, de voir ce que dit, à ce sujet, la science hermétique.

« Dans notre sang, dit d’Eckartshausen, il y a une matière gluante cachée qui a une parenté plus proche avec l’animalité qu’avec l’esprit. Ce gluten est la matière du péché. »

 « Ce ferment est plus ou moins abondant dans chaque homme et transmis par les parents aux enfants ; et cette matière propagée en nous empêche toujours l’action simultanée de l’esprit sur la matière. »

 Ce serait cette matière du péché, ce gluten, qui maintiendrait l’esprit tributaire des instincts animaux.

 Mais au fur et à mesure que l’âme se dégage de l’instinct bestial, que l’âme s’élève de la sensation à la raison, le corps-esprit qui l’enclot devient lui-même moins servilement lié à l’enveloppe charnelle et peut, à l’occasion, se dégager de cette enveloppe selon des modalités fixes qui de tout temps ont été reconnues et étudiées. I1 apparaît donc que l’esprit et le corps ne sont pas rigoureusement un composé comme l’affirme la théologie orthodoxe et le Dr Carrel lui-même. L’esprit d’abord animalisé dans l’instinct s’élève progressivement au fur et à mesure qu’il se dégage de la matière qui l’enserre et finit même par s’en libérer dans ces états supérieurs de l’âme qu’enregistrent les grands mystiques.

 C’est d’ailleurs cette disposition spéciale qui permet la régénération ou la renaissance dont nous avons précédemment parlé. A ce sujet, nous citerons à nouveau notre savant auteur.

 C’est, poursuit-il, la divine quintessence (c’est un alchimiste qui parle) qui pourra faire sortir du corps cette matière gluante ou est le péché, du corps humain, du sang humain et aussi des mixtes quels qu’ils soient (et nous trouvons ici une explication des sacrifices) car tous les mixtes et toute la nature ont subi l’empreinte de cette matière « .

« Grâce à cet « agent de Dieu » (la divine quintessence) les transmutations seront aussi des régénérations », et il y aura une renaissance corporelle comme il y aura une renaissance spirituelle.

 Le Dr. Carrel n’est pas si loin d’une telle théorie qu’on pourrait le penser.

 Notre individualité propre, écrit-il, a sa base au plus profond de nous-mêmes, et elle s’étend bien au-delà des frontières anatomiques. Elle déborde de toutes parts et se prolonge dans l’espace de façon positive par l’intuition, par l’inspiration, la télépathie, la clairvoyance.

 L’intuition fournie par le sens est une faculté des plus précieuses qui a souvent le pas sur l’intelligence qu’elle transcende et éclaire. Et c’est le groupe des intuitifs, ajoute notre auteur, qui a fourni la plupart des grands hommes.

 Ces hommes paraissent s’étendre à travers l’espace jusqu’à la réalité qu’ils saisissent, mais ils peuvent aussi, tels les grands inspirés de la science, de l’art, de la religion, y appréhender les lois naturelles, les abstractions mathématiques, les idées platoniciennes, la beauté suprême : Dieu. Quant au transport de la pensée à distance, il nous est permis de supposer, dit-il encore, qu’une communication télépathique consiste dans une rencontre, en dehors des quatre dimensions de notre univers, des parties immatérielles de deux consciences.

 On voit, par ces déclarations, que le Dr Carrel ne fait pas fi des conceptions animistes, quoi qu’il fasse des réserves quant aux théories qui en découlent. « Le résultat des expériences spirites, remarque-t-il, sont d’une grande importance. Mais l’interprétation qu’on en donne est de valeur douteuse ».

 Enregistrons cet hommage, même avec la réserve qu’il comporte. Une interprétation saine des faits étudiés par le spiritisme ne peut reposer que sur des observations et des expériences étendues qui devaient forcément échapper à un savant occupé d’ordinaire à un tout autre ordre de recherches. La conviction d’un Oliver Lodge, par exemple, se fonde non sur une observation succincte, mais sur les travaux de toute une vie. Quoi qu’il en soit, il faut convenir que ce médecin se montre singulièrement plus audacieux que ses confrères de tous pays dans ses considérations touchant le spiritualisme en général ; par exemple, quand il note que la grâce divine pénètre dans notre âme comme l’oxygène de l’air ou l’azote des aliments dans nos tissus, ou quand il constate l’action thérapeutique de cet  » agent » de nature spéciale opérant de nos jours à Lourdes, comme à Compostelle au moyen-âge, comme à Épidaure dans l’ancienne Grèce.

 De tels faits, dits miraculeux, observe notre auteur, sont d’une haute signification : ils montrent la réalité de certaines relations de nature encore inconnue entre les processus psychologique et organique. Ils prouvent l’importance objective des réalités spirituelles dont les hygiénistes, les médecins, les éducateurs et les sociologues n’ont presque jamais songé à s’occuper. C’est que nous vivons, il faut bien le dire, et le D® Carrel le constate lui-même, sur des « schémas classiques » dont la pauvreté éclate aux yeux des moins avertis. Notre science de l’humain, du moins sous son aspect psychologique et moral, est d’une indigence patente. Que serait-elle sans l’apport de l’ésotérisme qui a recueilli une part de l’héritage antique ?

 Et il est visible de constater que la société présente, dans l’ensemble, s’oppose et s’opposera au progrès de la pensée en faveur du spirituel parce qu’elle tient à son préjugé matérialiste et n’en veut pas démordre. J’ajouterai que l’Université et l’Église y sont bien pour quelque chose.

 Mais la vérité triomphera, Mesdames, Messieurs ! Aujourd’hui, nous sommes pris, en particulier, nous, les spirites, sous les feux convergents de l’apriorisme et du dogme ; mais le jour vient, il est proche, ou nos deux adversaires seront pris à leur tour sous les feux croisés de cette Lumière victorieuse qui dissipe tous malentendus et réduit toute chose à une commune mesure, qui est l’expression du réel, de l’éternel vrai.

  L’homme-esprit

 L’homme, cet inconnu, serait-il inconnaissable ? Ne peut-on en étudier les secrets ressorts dans l’ordre psycho-spirituel, comme la chirurgie le fait, d’ailleurs avec un plein succès, dans le domaine de 1’anatomie ?

 Et que, s’il se trouvait sur ce point des contradicteurs, ne serions-nous pas en droit de leur répondre :

Vous niez ? Mais donnez-nous les raisons de notre négation. Notre situation, à nous — j’ai déjà eu l’occasion de le constater et de le dire — est des plus fortes. Pourquoi ? Parce que nous avons pour nous la tradition universelle ; parce que nous avons pour nous les principes fondamentaux des religions ; parce que nous avons pour nous la science des sanctuaires et la philosophie, j’entends cette philosophie qui relie Pythagore à Platon, Platon à Virgile et Virgile à Dante. Et lorsqu’on table, au surplus, sur le roc du Christianisme, on ne se trouve pas précisément en trop mauvaise posture.

 En bien ! nous pensons de l’homme ce qu’en ont dit ces religions et ces philosophies et ce qu’en dit la tradition universelle, et nous ne le pensons que parce que nous avons nous-mêmes, par nos moyens propres, observé et vérifié que ce qu’elles ont enseigné ou enseignent encore, repose sur une vérité intangible. Puisqu’il est définitivement admis, depuis Bacon, que tout savoir doit procéder de l’expérience, c’est l’expérience constante des hommes que nous envisagerons en la confrontant à la nôtre.

 Que nous dit-elle ?

 Elle nous apprend qu’originellement l’homme est un esprit ; que son état présent provient d’une dérogation aux lois divines régissant le monde spirituel, qui est le monde réel.

 Oui, l’homme véritable, ce n’est pas l’homme de chair, c’est l’homme-esprit, comme l’appelle Swedenborg. Et ce grand voyant l’appelle ainsi parce qu’il le voit tel, et il n’est pas le seul à le voir sous cet aspect. C’est là une vision contrôlable par le sixième sens. C’est cet homme-esprit, présent dans la chair, qui a tout créé, tout édifié sur la terre. Il est à la fois antérieur et postérieur à l’homme-charnel, et sa vie véritable est hors de ce monde.

Voilà l’enseignement des esprits. Cet enseignement nous fait concevoir comment un tel être, créé dans la lumière mais l’ayant perdu de vue, a pu manquer à sa destination, s’alourdir, et de degré en degré, subir le vertige des ténèbres extérieures jusqu’à s’y plonger, perdant du même coup tout souvenir de son état primitif ; comment aussi l’affinement et l’épuration de l’homme-esprit incarné peuvent le conduire au ressouvenir et aux accessions qui le mettront progressivement dans le chemin sûr, le chemin du retour.

 N’est-ce pas logique et conforme à la justice qu’ayant désiré la chair, nous devions vaincre la chair pour redevenir ce que nous étions primitivement : des enfants de Dieu ? D’ou ce grand labeur qui nous attend dans un lieu ou nous vous sommes fourvoyés.

 Notre infortune veut que notre propre avatar se soit doublé de celui, plus grave encore, de l’archange prévaricateur refoulé, luí aussi, dans les ténèbres extérieures et devenus, par notre faiblesse, notre tyran, ayant pris barre sur nous par le crédit que nous lui avons accordé au cours de nos existences. C’est quand nous cherchons maintenant à nous affranchir de ses exigences que nous réalisons qu’il nous tient dans son filet. Et l’action salvatrice du Christ apparaît ici dans son inéluctable nécessité. La chute étant un accident, tout accident appelle une réparation, et cette réparation ne peut s’accomplir que par une renaissance de l’homme-esprit concomitante avec une purification de l’homme charnel.

 C’est cet homme-là, vu à travers les données spiritualistes traditionnelles, qui apparaît comme le plus vivant et le plus conforme à la réalité, soit qu’il prenne la raison pour guide comme Socrate, soit que l’Amour vienne le transfigurer dans la lumière surnaturelle du Christ. C’est celui dont la sagesse antique est unanime à concevoir la filiation divine et à célébrer l’immortalité. Et qu’on ne dise pas que les génie,. se copient quand, avec un Homère, un Eschyle, un Pindare, un Virgile, un Dante, un Shakespeare, un Lamartine, un Hugo, ils nous crient cette vérité, venue de leurs intuitions prolandes :

 Vous êtes immortels !

 Contre cet élan souverain de l’âme, contre cette intuition commune, contre cette conviction invincible qui se font jour à toutes les époques chez les grands inspirés : poètes, artistes, philosophes ; contre cette formule universelle et éternelle des grandes religions, que vaut, je vous !e demande, telle ou telle hypothèse scientiste matérialiste d’hier ou d’aujourd’hui ? Les hypothèses passent, la tradition, la tradition primitive, la tradition sacrée demeure.

 Swedenborg, dont je viens de citer le nom, et Claude de Saint-Martin, le philosophe inconnu, disent que les hommes primitivement placés au-dessus du monde astral sont passés, depuis leur chute, au-dessous, et comme tels tombés sous l’influence des esprits qui gouvernent cet univers.

 « Ceux qui se plaisent dans l’état ou l’âme est tombée, écrit celui-ci, ne savent pas le chemin de la sphère supérieure à laquelle nous appartenons de droit primitif, acceptent 1’empire des intelligences astrales et se mettent en rapport avec elles. C’est la grande aberration de ceux qui pratiquent la magie, la théurgie, la nécromancie et le magnétisme artificiel. »

Tout n’est pas erreur et mensonge dans ces pratiques, s’empresse-t-il d’ajouter, mais il faut se méfier de tout, car tout se passe dans une région ou le bien et le mal sont mêlés et confondus.

 Et il précise sa pensée dans Ecce Homo. « Avec une habileté qui nous jette dans des aberrations bien funestes, de simples puissances élémentaires et figuratives, peut-être même des puissances de réprobation, nous nous croyons revêtus des puissances de Dieu. C’est par là, souligne-t-il, que ce principe perfide nous voile notre titre humiliant « d’ecce homo », et qu’il entretient en nous l’orgueil et l’ambition de vouloir briller par nos puissances. »

 Et il ajoute : C’est ainsi que fit la servante des Actes (des Apôtres), voulant dire que la pythonisse de Philippes, à laquelle il est fait ici allusion, enrichissait ses maîtres par les prédictions qu’elle vendait pour de l’argent.

 Et nous pareillement, Mesdames, Messieurs, par le mauvais usage ou un usage maladroit des dons que nous pouvons avoir, nous enrichissons nos maîtres, les puissances du mal, habiles, nous circonvenir et avec lesquelles nous faisons alors un marché de dupes.

 D’Eckartshausen, l’auteur de « Nuage sur le sanctuaire », disciple de Boëhme et de Paracelse, exprime au sujet du monde qui nous enveloppe, des idées approchantes.

 « Dans l’espace qui sépare le nôtre du monde céleste, écrit-il, il y a le monde mitoyen, qui est le plus dangereux, parce que la plupart des hommes qui cherchent à s’élever au monde supérieur doivent nécessairement traverser le moyen et qu’ils ignorent qu’il est rempli de pièges et de séductions.

 L’homme qui n’a pas avec soi un guide fidèle et instruit, qui lui montre le chemin le plus sûr pour passer et l’empêcher de rester trop longtemps dans ce lieu d’illusions et de prestiges, peut s’y perdre, car il est entre le bien et le mal. Ce monde a ses miracles, ses visions et ses merveilles particulières. I1 est rempli d’inspirés et d’illuminés qui sont sur les frontières du Prince des Ténèbres se montrant en ange de lumière, si bien que les élus même seraient séduits s’ils n’étaient armés. »

 Vous penserez avec moi, Mesdames, Messieurs, qu’il fait bon prendre ses précautions avec ces illuminés, ces inspirés de l’astral qui acceptent, avec un visible empressement, le nom de « maître » que certains leur donnent avec une bien grande imprudence. Maîtres de l’illusion, le plus souvent, et des échecs retentissants, voilà ce qu’ils sont en réalité. Ce qu’ils nous offrent est loin de compenser les risques que nous courons en leur compagnie, même si leurs intentions sont bonnes, car du fait qu’ils se trouvent placés dans la zone mitoyenne, leur action, tant merveilleuse soit-elle, ne saurait être bénéfique. Elle risque de nous troubler, de nous désorienter et de nous détourner de la saine recherche.

 Le spiritisme ne saurait donc se tenir, sans risque grave, dans la phénoménologie liée aux influences astrales. II ne serait qu’une science instable et balbutiante s’il ne s’élevait, sur les ailes de l’Esprit, à l’ordre moral qui est fonction de l’ordre divin, s’il ne postulait un enseignement susceptible de perfectionner l’individu en l’élevant à la découverte et à la compréhension des lois spirituelles.

 Or, dit Claude de Saint-Martin, tout est personnel dans les rapports de l’âme, dans le développement de ses puissances, dans la régénération dont elles ont besoin et dans l’élévation qu’elles prennent à cette œuvre de palingénésie. »

 A quoi donc servirait le spiritisme s’il ne nous aidait pas à débrouiller le théorème compliqué de notre existence ?

 Dans les Alpes, écrit notre « philosophe inconnu », voyez le chasseur qui, quelquefois, est surpris et enveloppé soudain dans une mer de vapeurs épaisses ou il ne peut pas seulement apercevoir ses propres pieds ni sa propre main, et ou il est obligé de s’arrêter là ou il se trouve, faute de pouvoir faire en sûreté un seul pas. Ce que ce chasseur n’est que par accident et par intervalles, l’homme l’est ici continuellement et sans relâche. Les jours terrestres sont eux-mêmes cette mer de vapeurs ténébreuses qui lui dérobent la lumière de son soleil et le contraignent à demeurer dans une pénible inaction s’il ne veut pas, au moindre mouvement, se briser et se plonger dans les précipices.

 L’image, Mesdames, Messieurs, est saisissante. Telle est bien en effet la situation de l’homme ici-bas ; c’est pourquoi nous devons nous attacher, coûte que coûte, à retrouver cette lumière salvatrice qui est à la fois la vérité, le chemin et la vie, et sans laquelle nous ne pouvons avancer sans frôler à chaque pas les abîmes.

 Mais, direz-vous : encore que l’image soit juste, qui donc nous procurera cette lumière merveilleuse ?

 Oh ! la réponse est simple. Aucun homme, fût-il initié, ne nous la donnera, « car les hommes ne donnent rien » et leur savoir est emprunté. L’initiation réelle ne saurait venir que de Dieu, car « tout vient de Dieu et rien n’est forcé ou arraché par nous, tout est donné par Lui.

 La sagesse de Dieu, la divine Sophia, ne peut briller sur nous, ne peut venir en nous, ne peut agir par nous que si nous nous sommes longuement préparés à la recevoir, et les grâces qu’elle nous accorde parfois ne viennent sans doute que de mérites dont elle est seule juge.

 Et ceci, Mesdames, Messieurs, nous introduit dans un nouveau domaine ou le Spiritisme a voie d’accès, je veux dire : la mystique.  

La mystique

 Gardons-nous ici de tout apriorisme. I1 ne faut pas proscrire la mystique au nom de la raison ; il est d’une saine logique de l’étudier au nom de la Science.

 Ol fait un grand usage aujourd’hui de ce mot ; je devrais dire : on en mésuse. Il n’est question que de mystiques qui s’affrontent mystiques de races, mystiques de classes ; mysti­sques de partis. Le mot est pris ici dans son sens péjoratif : mystique est devenu synonyme d’instinct.

 Cependant, la mystique ne procède pas de l’instinct ou d’une foi aveugle, mais bien de l’intuition dans ses états supérieurs. Chez le contemplatif en état de sainteté ou de suffisante élévation morale, le fameux sixième sens, libéré du support charnel et vibrant à haute fréquence, se trouve mis à même d’appréhender d’assez près le divin, c’est-à-dire le réel, c’est-à-dire la vérité.

 Il s’agit là, bien entendu, d’un état tout à fait exceptionnel, d’ou le haut intérêt qu’il présente. La mystique est surtout contemplative chez_ les bouddhistes, chez les soufis, chez les philosophes de l’école de Plotin, chez les rabbins de l’école de Maïmonide ; mais chez les chrétiens, elle est inséparable de l’action. « J’agis toujours » a dit le Maître. A ce titre, un François d’Assises, un Antoine de Padoue, une Thérèse d’Ávila ont été non seulement des contemplatifs, mais des réalisateurs exemplaires, et pareillement leurs émules : un François de Sales, un Curé d’Ars.

 Nous entrevoyons qu’il peut y avoir, comme en toutes choses, des modalités dans la mystique. Une mystique trouble engendre des névroses dangereuses. « Tout vient de Dieu », certes !.. à moins que n’intervienne le « Simula-leur » pour brouiller les images et plonger les prudents ou les présomptueux dans des aberrations lamentables.

 II existe encore une mystique confessionnelle sujette aux erreurs, aux outrances, aux déformations du réel, qui n’est pas toujours à recommander et qui donne souvent du souci aux confesseurs.

 Si le mysticisme est « dans son essence même, méthode de vie et méthode de connaissance, essai de conquête de l’homme sur l’homme, effort de libération » dans une soumission totale a Dieu, qui ne voit les dangers que présente une ascèse rigoureuse et forcée se colorant « d’intentions « lui viennent en fausser la portée », d’émotions précises créant des images arrêtées, comme celle de la crucifixion, ou des états pathologiques comme il arrive dans le « mariage mystique « .

 Pour arriver à une règle sage, nous devons regarder le modèle éternellement vivant : Jésus.

 Son langage comme son attitude est des plus simples ; c’est celui de la saine raison, du bon sens même et il est à la portée de tous.

 Socrate aussi, direz-vous, parle selon la raison ? Certes, mais il s’adresse à des philosophes ; sa dialectique a des subtilités qui ne sauraient être entendues que d’une élite cultivée.

 Jésus parle sans artifice même quand il s’exprime en paraboles. Partout et devant tous, il reste dans la vie. Le Ciel est en lui, et cependant nous trouvons un homme comme tous les hommes; il vit comme eux, il mange comme eux, il observe comme eux Le jeûne, il médite et il prie comme eux et avec eux.

 Ses disciples qui voient transpirer, je devrais dire rayonner sa divinité, s’en étonnent, car il peut monter au Thabor sans que les apôtres témoins de sa transfiguration aient eu l’impression nette d’être sortis de l’ordre habituel des choses.

 En toute occasion, en tout lieu, plénitude de l’être, équilibre, simplicité : voilà l’exemple qu’il Nous donne.

 Il ne se perd point dans les béatitudes vagues, il ne s’abîme point dans la contemplation, il ne se livre à aucun exercice de piété — au contraire — il les réprouve. I1 communie tout simplement avec le Père, il agit avec le Père, il se donne avec le Père, et c’est par les voies les plus simples, et il semble les plus naturelles, qu’il reçoit et polarise la lumière divine.

 A le voir vivre et agir, nous comprenons mieux comment le mystère christique est tout dans l’interne, comment le Fils aîné vient nous donner, nous les infidèles et les prodigues, le sens exact de notre propre filiation, que nous avons perdu. Et les miracles ne sont là que pour appeler notre attention sur cette notion essentielle que le retour à l’ordre divin est subordonné à l’avènement de celui-ci dans notre âme, avènement dont 1a foi offre les prémisses.

 Quoi de plus simple, quoi de plus rationnel !

 Que nous ayons des précautions à prendre pour nous mettre en état d’équilibre vital, notamment en ce qui touche le régime alimentaire, c’est indéniable ; qu’il faille s’astreindre aux disciplines nécessaires en ce qui concerne la mise en œuvre des facultés supérieures, c’est l’évidence même ; le savant, l’artiste, le poète, le philosophe ne procèdent pas autrement. Une saine hygiène est de mise. II faut que l’esprit soit libre pour que la faculté supérieure, l’intuition entre en jeu. C’est l’état de soumission parfaite au réel. De même qu’aux yeux de l’artiste et du poète, un moment vient ou le monde idéal s’ordonne selon la beauté, de même pour le mystique, dans une lumière inconnue du commun des hommes, ou tout se trouve soudain aboli : désir et souffrance, temps et espace, le réel apparaît, c’est-à-dire la vérité, non pas la Vérité absolue qui échappe à nos prises, mais la. vérité que nous pouvons humainement concevoir. 

 Qu’est-ce que la Vérité

 Qu’est-ce que la Vérité, répond le Procurateur de Judée à Jésus dans le prétoire, tandis qu’au dehors la populace, excitée par les prêtres, hurle à la mort.

 Cette question du sceptique patricien, restée sans réponse, quel front pensif -ne se l’est posé d’âge en âge au cours des méditations qu’appelle ce thème éternel, soit que nous la jugions insoluble comme le laisse entendre Ponce-Pilate, soit qu’elle devienne l’objet d’une recherche opiniâtre qui ne consent pas à désespérer de la solution.

 Qu’est-ce que la vérité ? Jésus seul pouvait le dire, mais les autres ? Est-ce l’élève des sophistes élevé par César de hautes fonctions et représentant chez les Juifs la puissance romaine ? Sont-ce ces sanhédrites qui repoussent avec dédain tout ce qui n’est pas inscrit dans la Loi ? Sont-ce ces braillards égarés qui vocifèrent à la porte ?

 Et cependant la Vérité se tient devant eux, sereine devant la démence et l’outrage, mais ils ne voient point, parce que leurs yeux ne sont point ouverts.

 En prononçant la phrase fameuse, Ponce-Pilate. Mesdames, Messieurs, donne à entendre que nous sommes radicalement impuissants à savoir ce qu’elle est ; il en doute ou il feint d’en douter, parce qu’il la juge hors de notre portée. C’est là une attitude grosse de conséquences.

 Si les hommes ne savaient rien de la vérité, s’ils n’en pouvaient rien connaître, la vie terrestre se réduirait à une assez sombre aventure. Douter du vrai est grave, car c’est douter du beau, c’est douter du bien, c’est douter de tout ; c’est le nihilisme total. Et la boutade du Procurateur, au fond, n’est que la forme d’un orgueilleux dépit.

 La vérité ne se cache à nos yeux, sans doute, que pour provoquer notre recherche. « Cherchez, et vous trouverez ! » Mais encore faut-il nourrir l’espoir, le désir et la ferme décision de la rencontrer.

 Emerson dit qu’elle est en nous et autour de nous et qu’elle nous sollicite sans cesse ; d’ou la nécessité du « connais-toi et de l’observation basée sur l’expérience. Elle n’a pas été accordée une fois pour toutes aux hommes ; elle leur est donnée constamment au fur et à mesure de leurs besoins, selon leurs efforts. Elle est en Dieu, et Dieu nous la révèle par des perceptions subtiles, des intuitions, des inspirations, des preuves, autant d’éclairs dans nos ténèbres. C’est une vérité vivante. « Nous gisons au sein d’une intelligence immense qui nous révèle le vrai. « Tendrement, dit encore Emerson, de chaque objet de la nature, de chaque fait de la vie, de chaque pensée de l’âme, l’appel nous cherche et nous sollicite. »

 C’est une lumière dont nous avons pleine conscience à certains moments. Ne dit-on pas communément qu’elle fait le jour en nous, qu’elle nous éclaire, qu’elle nous illumine ? C’est donc que cette porteuse de flambeau, toute divine qu’elle soit, se tient à notre disposition. Toutefois, elle nous pose certaines conditions. « Si vous désirez me connaître, rendez-vous en dignes ! Je ne suis pas aux superbes qui prétendent me surprendre et me ravir de force : « j’aime la simplicité et la pureté. » II faut donc, comme le disait Malebranche, tendre à la vérité sans y prétendre. Ineffable en son essence, on ne saurait la mettre en formules. I1 suffit qu’elle soit conçue, ressentie par le cœur, qu’on en ait la révélation par intuition, inspiration, extase, vision, pour qu’elle nous apparaisse dans sa lumière sans ombre, sous son aspect divin, d’ou le privilège magnifique et aussi l’écueil de la mystique, le mérite et le danger de la médiumnité.

Le médium est le violon, l’esprit de vérité est le virtuose. Si le bois n’est pas sain, le son n’est pas pur, la mélodie retombe inachevée, et Celle que nous cherchons si maladroitement nous murmure, avec un tendre reproche :

« Je vous avais été donnée ; vous n’avez pas su me garder près de vous. Si vous interrogiez plus souvent votre cœur fermé, votre cœur durci, hélas ! Et parfois dévasté ; si vous descendiez au fond de vous-même au lieu de me chercher en dehors, croyant toujours me ravir de haute lutte par votre seule volonté ; si vous interrogiez ce cœur, ou gît le secret de la vie, avec la simplicité de l’innocence, alors vous me verriez et vous sauriez qui je suis. »

 Je parle ici bien entendu de la vérité vivante une et universelle, qu’il ne faut pas confondre avec la vérité mathématique.

  Parmi les illusions de la science, ou plutôt d’une certaine science matérialiste, l’une des plus tenaces est de vouloir substituer « les vérités scientifiquement démontrées » aux systèmes métaphysiques. Il s’ensuit immédiatement un fait qui ne manque pas d’un certain comique, c’est que les fameuses vérités scientifiques prennent tout naturellement l’allure de dogmes intangibles et que la science dite positive réclame de ses adeptes plus d’acte de foi et d’adhésion gratuite à ses vérités d’un jour que la plus irrationnelle des religions. »

 Il est de fait, Mesdames, Messieurs, que dans certains milieux, on paraît assez pressé de faire passer les hypothèses scientifiques pour des vérités démontrées quand elles appuient ou semblent appuyer telle ou telle thèse sociale à la mode. « Pour certains savants selon la lettre, la science est indéfiniment perfectible ; aucun mystère, aucune énigme ne doivent pas subsister à la longue devant elle. Chacun de ses pas en avant, à les entendre, dissipe une obscurité, triomphe d’une ignorance. On peut donc prévoir le temps ou toute obscurité et toute ignorance auront disparu, chassées par l’indéfinie progression des lumières scientifiques. » (1) C’est un peu le dogme régnant dans les sphères ou l’orgueil d’esprit s’étale avec une complaisance qui prête au sourire. L’homme peut tout. A la place de Dieu, il met la science, c’est simple ; il se déifie lui-même et se prend pour le seul maître de l’univers.

 Je me suis déjà expliqué à ce sujet devant vous. L’homme doit rechercher la science ; son intellect à l’impérieux besoin de se mouvoir dans toutes les directions, voire d’abattre les obstacles qui lui font résistance. Et c’est ce que nous nous efforçons de faire pour notre part. Mais Nous sommes bien obligés de constater qu’à chaque pas que nous faisons en avant, Dieu nous démontre que l’homme n’est rien par lui-même, rien qu’un souffle, et qu’il ne vaut que par ce qui lui est donné.

 Nécessité pour nous sera donc de poursuivre nos recherches par la voie qui rappelle l’ordre souverain, la « voie royale » permettant seule de trouver les éléments d’une certitude vitale.

 Cette voie, Mesdames, Messieurs, serait-elle enfoncée dans le mystère au point qu’il faille, comme le font certains, taxer de leurre ou de folie sa recherche ? Pourquoi parler « d’inconnaissable » à propos d’une voie qui est à la portée de tous ?

 Le malheur est qu’elle ne nous séduit pas. Le malheur est que nous tablons généralement sur l’intelligence dont le brillant extérieur permet de nous distinguer des autres et d’établir sur eux notre suprématie. Les valeurs morales sont reléguées au second plan ; la vertu ne mène à rien. Qui donc y prête attention ? Heureux encore quand elle n’est pas ridiculisée !

 Dans Notre société, le recrutement des élites n’a d’autre étalon que celui des aptitudes intellectuelles. C’est une nécessité, soit! Mais nous sommes obligés de constater que la sélection sociale ne connaît pas d’autre base — d’ou les scandales répétés, que d’ailleurs nous acceptons comme un mal nécessaire. L’habileté d’abord ; ensuite l’aptitude. Aux plus malins les meilleures places ! La conséquence d’un tel état de choses apparaît aujourd’hui sous son aspect dramatique. Les rouages de la société sont faussés. La civilisation aboutit au désordre ; l’anarchie spirituelle et temporelle engendre la guerre. Pas plus les nations que les individus n’échappent aux conflits que provoquent les intérêts opposés, les appétits grandissants, les convoitises, les ambitions renaissantes.

 Et nous en sommes au point ou en était le Procurateur de Judée quand il répondait au divin Accusé par ces mots qui ont traversé Ies siècles et dont nous avons, nous les fils du XX° siècle, recueilli le triste héritage celui du doute !

— »Qu’est-ce que la Vérité ? » Jésus eût pu lui répondre (mais l’orgueilleux patricien était-il à même de comprendre ?) la Vérité, c’est l’Amour. Je vous l’apporte, je suis l’Amour même, mais vous vous refusez à moi parce que vous fermez votre cœur. Vous avez toujours fermé votre cœur.

 (1) Gallos  Science et foi : Psyché juin 1936.

Vous ne voulez pas entendre ma voix, et les Juifs feignent de s’en scandaliser. Pourtant, si vous m’écoutiez, si vous m’entendiez, ma voix réduirait sur le champ vos contestations, vos-compétitions, vos oppositions d’idées, de systèmes, d’intérêts, source de vos luttes fratricides ! Ne voyez-vous pas, vous les vainqueurs d’un jour, vous les vaincus, que l’égoïsme et l’orgueil vous empoisonnent les uns comme les autres et vous déchirent et que vous déraisonnez, vous surtout, les grands de ce monde, quand vous refusez de voir la Vérité là ou elle est. Elle brille cependant devant vous dans sa réalité divine ; mais vous en contestez l’existence même ou bien vous la taxez de chimère.

 Aveugles, conducteurs d’aveugles, la Vérité vous parle, mais vos cœurs ne peuvent la recevoir puisqu’ils sont pétrifiés. Et non seulement vous la niez et la repoussez, mais vous 1’abandonnez aux entreprises des ténèbres ou la livrez à l’Ennemi.

 Ce que Ponce-Pilate, élève des philosophes, ne pouvait entendre, pas plus que le haut sacerdoce juif, voilà dix-neuf siècles, nous devons l’entendre aujourd’hui, car il saute aux yeux que toute sagesse est vaine, qui vient des hommes, et que toute théologie est creuse qui ne se nourrit pas du pain vivant de 1’Amour.

 Le christianisme en action peut seul nous sortir de nos impasses et nous tirer de nos fanges.

 Il est entendu que sa vertu est contestée et qu’une mystique de la force tente aujourd’hui d’en neutraliser les effets. Mais le culte de la force n’est pas tant une innovation qu’un recul vers les âges barbares. Le Prince de la Paix s’imposera par sa douceur victorieuse, et les apostats d’aujourd’hui et les apostats de demain qui veulent restaurer les antiques idoles diront, devant leurs tentatives avortées, comme le César de jadis

 Galiléen, tu as vaincu!

 On peut maintenant, écrivait H. Taine au siècle dernier, évaluer l’apport du christianisme dans nos sociétés modernes, ce qu’il y a introduit de pudeur et d’humanité, ce qu’il y maintient d’honnêteté, de bonne foi et de justice.

 Ni la raison philosophique, ni la culture artistique et littéraire, ni même l’homme féodal militaire et chevaleresque, aucun code, aucune administration, aucun gouvernement ne suffit à le suppléer dans ce service.

 Aujourd’hui, nous pouvons ajouter que ce qui a été fait n’est rien au regard de ce qui reste à. faire. Le Christianisme a pour tâche de rénover l’humanité entière. C’est 1à une œuvre gigantesque qui nous dépasse ; mais, Dieu merci! nous ne sommes pas seuls. Jésus, le Rédempteur est avec nous. Mais il faut le suivre et avant de le suivre, il faut l’entendre. 

La religion qu’il faut aux hommes

 « Le christianisme qui, dans sa forme complète, écrit Sédir, est la plus excellente des religions, est la robe sans couture, entière, immuable. S’il change, il n’est plus lui-même. »

 II est donc d’importance majeure d’en recevoir, dans sa pureté et dans son intégrité, la révélation progressive, car le Verbe ne se découvre à nous qu’au fur et à mesure que nous pouvons être individuellement touchés par ses influx.

 Tout est là. Il faut que l’esprit soit touché en premier lieu, d’ou l’utilité, l’excellence de la voie spirite.

 Dans un message radiodiffusé, un pasteur, récemment, parlait de la religion qu’il faut aux hommes. I1 disait que ce qu’il est urgent de leur donner, c’est une religion de libre examen et de lumière.

 Nous ne faisons point de difficulté pour souscrire à une telle affirmation. L’homme créé libre a pour mission d’agir en tous domaines, en faisant usage de sa liberté. A plus forte raison, quand il s’agit de la vie spirituelle, de la vie éternelle, signer une procuration en faveur de qui que ce soit, ce serait signer sa déchéance et se rendre coupable d’une trahison vis-à-vis de soi-même ».

 Ici, en particulier, nous devons repousser toute conviction d’emprunt. C’est surtout devant Dieu qu’il faut être ce qu’on est réellement. Et c’est justement cette attitude sincère que le grand missionnaire chrétien, l’apôtre Paul, préconisait avec toute la force persuasive dont il était capable devant les premiers fidèles qui s’étaient rassemblés autour de lui.

 Examinez tout, éprouvez tout, mettez tout à l’épreuve de votre raison, et de votre cœur. »

 Libre examen, lumière pour tous, petits et grands, voilà le langage d’un homme, d’un serviteur du Christ.

 Ou voulait-il en venir, l’ardent apôtre des gentils ?

 Il voulait « élever l’idéal religieux au sommet magnifique de l’inspiration » ; car c’est d’elle effectivement que les vérités nécessaires émergent, c’est par elle que ces vérités descendent du monde divin jusqu’à nous. Et il ne cessait d’exhorter ces nouveaux venus à tout observer, à ne rien rejeter de prime abord.

 N’éteignez pas l’esprit! Ne méprisez pas l’inspiration prophétique, mais examinez tout ! Et il ajoutait : tenez fermement le bien ; abstenez-vous de toute espèce de mal!

D’une part la raison, d’autre part la conscience : c’est toute la religion du Christ.

De telles paroles ne devaient être ni bien comprises ni longtemps retenues. Les prophètes furent mis en tutelle, et peu à peu s’éteignit l’esprit. On oublia la religion du Christ et on institua la religion des hommes. Le sacerdoce avait la voie libre. Et il nous a menés oi? nous en sommes présentement.

 Ah ! je sais : les belles âmes, les grandes âmes qu’il y eut dans l’Eglise et celles qui y sont aujourd’hui, voyant le divorce de l’Esprit et du dogme, s’en sont affligées ; elles s’affligent davantage encore aujourd’hui de cette substitution. Aussi celui que je cite peut-il déclarer avec une courageuse véhémence :

 » Nous méprisons les convictions d’emprunt ; nous voulons que nos croyances soient vraiment nôtres ; nous ne voulons pas les recevoir toutes faites d’un groupement ou d’une autorité quelconque, mais de nos réflexions, de nos travaux, de nos expériences, de nos souffrances et de nos larmes. »

 C’est un signe des temps, Mesdames, Messieurs, que d’entendre tomber de telles paroles du haut d’une chaire pastorale. « Ce qu’il faut aux hommes d’aujourd’hui c’est la religion qui met dans l’infirmité du corps et du cœur de l’homme la puissance de l’Esprit vivant ; c’est la religion que l’apôtre Paul prêchait jadis à Salonique, c’est la religion du Christ, divine, laïque, humaine, religion sans prêtres qui ne reconnaît que Lui, comme Maître. »

 Bravo ! Mon cher pasteur, mais c’est là du spiritisme christique, ni plus, ni moins ; car cette religion rapprochant l’homme altéré de la source d’eau vive, cette religion divine qui met Dieu lui-même dans la vie humaine, cette religion de laïques et de laïques inspirés, cette religion de l’Esprit n’est pas à créer, elle existe. Dieu parle par ses envoyés et ses messagers ; le Paraclet étend sur les hommes de bonne volonté ses ailes divines, et l’heure est venue ou le Berger rassemble son troupeau.

 Ce n’est plus l’heure des disputes, des excommunications et des anathèmes.

 L’Esprit souffle, je vous le dis. « Une ère s’avance, et même elle est déjà ! »

 

 IV

 Les temps sont révolus

 

Le Paraclet s’annonce

 Les messages du Ciel doivent être clairs et précis. L’Éclair doit briller sur le front du Précurseur.

 Jean-Baptiste est lu porte d’un monde nouveau. Il donne à l’humanité le Message de Dieu. II redit à tous :

« Bien-aimé le Fils du Très-haut! 11 est notre Maître à tous, le Guide universel.

Le suivre, l’imiter en tout ; tel est le devoir de chacun.

La terre est en putréfaction, il faut l’assainir.

Seul le Rédempteur nous montre le chemin.

 Seul, Jésus peut sauver le monde.

Je suis son Envoyé et je soupire dans l’attente de sa venue. »

(Messages du Curé d’Ars.)

   La religion

 Qu’est-ce que le spiritisme ? Telle est la question que je me suis posée au début de ces causeries. I1 me faut à présent la résoudre. S’il n’est à proprement parler ni une science, ni une philosophie, ni une religion, qu’est-il au juste ?

 Mon Dieu, c’est très simple : il n’est pas en effet ni une science, ni une philosophie, ni une religion, il est la Religion.

 Et qu’est-ce que la Religion ? C’est, dit le dictionnaire, ce qui nous relie à la Perfection, ce qui nous révèle le Divin, ce qui nous conduit vers Lui. La religion fondamentale c’est la religion de l’Esprit, la religion des bons esprits, la religion du Christ. C’est le Christianisme éternel. Le Christianisme, dit Claude de Saint-Martin, appartient à l’éternité, le Catholicisme appartient au temps », et l’on peut en dire de même du Luthérianisme et du Calvinisme.

Oui. dans sa plus haute acception, le Spiritisme christique est la religion même, le Christianisme même, et j’espère arriver à bien établir ce que j’avance de façon que toute hésitation soit levée pour tout homme exempt de prévention.

 C’est un truisme de dire que la religion — dont font fi cependant nombre de nos contemporains — est le plus puissant facteur de cohésion entre les groupements humains. Religion et civilisation se mêlent et s’identifient étroitement. Les constitutions changent, les formes sociales se succèdent, mais les religions continuent de grouper et de maintenir les hommes par leur autorité morale.

 En ! bien, si nous considérons celles-ci dans leur structure, nous remarquerons qu’elles sont toutes basées sur le surnaturel, sur une révélation ou une tradition qui provient d’une source supra-humaine, et que la première forme des religions, chez les civilisés, est le culte des ancêtres. D’où la croyance à la survie, ou la croyance, d’une manière générale, à un monde différent du nôtre, ou les hommes, au-delà de la mort du corps de chair, continuent d’exister spirituellement. Car c’est un besoin pour nous d’aller au-delà du raisonnement ordinaire, de porter notre pensée au-delà de nos sens limités, d’interpréter en un mot les faits d’ordre surnaturel. L’homme constamment cherche à dépasser sa nature animale, à se confronter avec l’invisible, à chercher l’absolu, le parfait, l’idéal, le divin d’ou lui viennent les intuitions de ses artistes et de ses savants, les inspirations de ses poètes, de ses voyants et de ses prophètes.

 « La recherche de Dieu est la condition du progrès humain. »

 Voilà qui est étranger aux gens pratiques, c’est entendu, et certains vous diront que la religion ne sert à rien. Ils sont sincères peut-être, mais ils se trompent. (Nous voulons la vie courte s’il le faut, mais bonne. Nous voulons en jouir.  » Nous avons une orange; ce que nous voulons, c’est en extraire tout le jus. » Ce serait là un raisonnement très fort si ce n’était un raisonnement d’enfant, car manifestement, quand un a fait l’expérience de la vie, il apparaît clairement qu’elle est autre chose que la recherche du plaisir. Si elle n’était que cela en réalité, le compte de la civilisation eût été vite réglé, car la civilisation, le progrès, comme on dit, n’est pas le fruit de la jouissance égoïste, mais le résultat du séculaire effort et du sacrifice permanent des meilleurs d’entre les hommes. Si nous considérons, comme je l’ai avancé, que toute religion en général dérive d’un culte primitif des Ancêtres, et ceci est vrai pour les Egyptiens, les Babyloniens, les Chaldéens, les Chinois, les Hindous, les Japonais et les Indiens aussi bien que pour les Hébreux, c’est qu’à l’origine, elle repose sur des manifestations post-mortem de ces mêmes Ancêtres. On observe le culte parce que les Ancêtres accusent leur présence par des moyens particuliers. La religion est toujours et avant tout une question de faits ; avant tout elle est réalisation, et le Christianisme, en définitive, n’est que cela, puisqu’il doit finalement devenir partie intégrante de notre vie.

 C’est la raison pour laquelle on se méprend si souvent sur le sens véritable du mot religion. Pourquoi, à l’enseignement direct inclus dans ces faits, a-t-on progressivement substitué un enseignement oral, comme si ces mêmes faits ne parlaient pas d’eux-mêmes avec une éloquence inégalable! On dira que la foi n’en a pas besoin pour s’établir et régner dans le cœur de l’homme. Pourquoi donc, dans ce cas, Jésus a-t-il fait ses miracles ? Pourquoi donc les Apôtres et les Saints les ont-ils renouvelés en son nom ?

 L’homme, sur terre, a besoin de signes tangibles pour étayer sa foi. Ces signes, le spiritisme les met à l’épreuve de la raison et c’u cœur. Est-ce ma! ? et pourquoi Serait-ce mal ?

 Une affirmation retentissante ou habile, prouve-t-elle mieux la religion ? « Suffit-i1 d’une approbation purement intellectuelle » pour nous rendre religieux ? Réalise-ton vraiment la religion par les paroles ?

 « D’admirables procédés pour grouper les mots, une grande éloquence, des exégèses savantes et variées, tout cela est pour la satisfaction des lettrés, ce n’est pas la religion. » (1)

 La religion, c’est être et devenir, et non écouter ou accepter. Elle n’exclut ni la science ni la méthode ; elle est éminemment pragmatique. On conçoit donc comment le Spiritisme bien compris et reçu dans son vrai sens s’ajuste pleinement aux nécessités de la religion. Une religion vécue, non une religion apprise, voilà ce qu’il enseigne ; et nous l’avons vu par l’assentiment de certains hommes d’Église eux-mêmes le Christianisme n’est pas autre chose.

  (1)  Le Swami Vivekananda

La religion et la vie

 II est une tendance qui se fait jour actuellement; la religion, dit-on parfois, fait double emploi avec le culte de l’Idéal, de la Beauté sous ses formes variées. L’art, après tout, est lui aussi un sacerdoce.

 Cela n’est vrai qu’à demi. Cela ne peut pas l’être complètement. Pourquoi ? Parce que chez les hommes, même chez les plus idéalistes, l’équilibre de l’être moral n’existe pas ou est insuffisant. C’est ce que ce grand agnostique que fut Anatole France reconnaissait lui-même et proclamait parfois de façon assez inattendue.

 Retenons-en l’aveu. « Le mal physique, écrivait-il un jour, le mal moral, la misère de l’âme et des sens, le bonheur des méchants, l’humiliation du juste, tout serait encore supportable si l’on en concevait l’ordre et l’économie, si l’on devinait une providence…

 Mais dans un monde ou toute illumination de la foi est éteinte, le mal et la douleur perdent leur signification et n’apparaissent plus que comme des plaisanteries odieuses et des farces sinistres. »

 I1 n’y a pas d’ordre et d’économie dans le mal ; il ne peut y en avoir puisqu’il est dérèglement. Les farces sinistres auxquelles il donne lieu, selon l’éminent écrivain, n’excluent nullement l’idée d’une Providence, même dans un monde comme celui-ci s’étant mis hors de l’ordre divin, apparemment par sa faute. La Providence y est en action, mais encore faut-il aller à sa rencontre et non la nier et se placer hors de ses voies !

 En définitive, l’auteur de Sylvestre Bonnard constate qu’à ce problème embrouillé, « il n’y a d’autre clef que la foi ».

 Tous les hommes doués d’une certaine pénétration d’esprit ont été ou sont amenés à faire cette constatation. Je pourrais citer Renan, mais je choisirai de préférence un contemporain universellement connu.

 Cet autre écrivain philosophe constate, lui aussi, notre misère d’âme assoiffée d’idéal et de liberté, mais arrêtée dans son envol par l’écran du péché. « I1 s’agit, dit-il dans une de ses études magistrales, de contempler Dieu du regard le plus clair possible ; et j’éprouve que chaque objet de cette terre que je convoite se fait opaque par cela même que je le convoite, que le monde entier perd sa transparence ou que mon regard perd sa clarté, de sorte que Dieu cesse d’être sensible à mon âme, et qu’abandonnant le Créateur pour la créature, mon âme cesse de vivre dans l’éternité et perd possession du « royaume de Dieu ».

 C’est chose admirablement dite : Dieu ne se rend sensible qu’à l’âme lavée de sa souillure, de toute convoitise charnelle.

 Et j’interrogerai, pour terminer, un autre écrivain que ceux de ma génération tinrent pour un maître Paul Bourget, dont la mort est toute récente.

 Dans une page de ses « Essais de Psychologie contemporaine » il note avec un pessimisme non déguisé nos insuffisances.

Puissance idéaliste, impuissance réaliste, voila dit-il le double aspect de l’homme actuel, de l’homme qui pense.

 L’intelligence peut beaucoup, mais elle est impuissante à nous guérir de nos facultés natives. Il y a du trouble dans nos sérénités comme il y a du trouble dans nos soumissions… Tous les enfants de cet âge d’angoisse ont aux yeux le regard inquiet, au cœur le frisson, aux mains le tremblement de la grande bataille de l’époque. Ceux même qui se croient et se veulent détachés participent à l’universelle anxiété. »

 puis les jours ou l’auteur du « Disciple » écrivait ces lignes, le trouble a encore grandi dans les âmes au spectacle d’horreurs sans nom et l’anxiété monte devant le formidable point d’interrogation que pose demain.

 Tout cela, Mesdames, Messieurs, parce que l’homme s’obstine à chercher ailleurs que dans Ies lois divines un refuge à ses incertitudes et à ses alarmes. Hélas! l’ignorance et la révolte, c’est toute l’histoire des hommes. Mais il y a des croyants, direz-vous ? Remarquez que beaucoup sont des demi-croyants. Celui qui observe le rituel incline trop souvent à chercher un compromis entre la vie extérieure et les exigences de la conscience. S’il n’y prend garde, il est insensiblement amené à pratiquer une religion « au rabais », qui est un moyen terme dont beaucoup d’ailleurs se contentent.

 Chez un nombre considérable de personnes, remarque le philosophe E. Boutroux, fervent catholique si je ne m’abuse, la religion n’est qu’imitée ; elle n’est pas intérieure à leurs sentiments et à leurs croyances.

 Cela mène les plus en vue au pharisaïsme, et vous savez le rude combat que Jésus a mené contre cette engeance orgueilleuse qui a le haut du pavé. Ayons le courage de l’avouer, Mesdames, Messieurs, une telle attitude n’a rien de commun avec la Religion. On ne biaise pas avec Dieu ; on ne compose pas avec Dieu. L’attitude de l’athée, il faut l’avouer, est plus nette.

 Une religion qui soit identifiée aussi étroitement que possible avec la vie, voilà ce à quoi nous devons tendre ; mettre la Religion dans la vie, non en faire une chose en marge de la vie, tel est le but.

 C’est cela qu’est venu nous enseigner le Maître divin, mais l’essentiel de la leçon n’a pas été retenu.

 » Il nous a prêché, diront certains, une religion de renoncement impossible à suivre. Si la vie nous a été donnée, c’est pour que nous la vivions en hommes, et les hommes ne sont pas des anges.

 A ceux qui seraient tentés de tenir ce langage, je dirai : ne passionnons pas le débat ; observons, réfléchissons! Le tout en effet est de vivre en hommes.

 Jésus de Nazareth nous a recommandé le renoncement, soit ! Mais de quel renoncement s’agit-il ? I1 nous a prévenus contre nos défauts, nos erreurs, nos manquements, nos fautes, nos crimes accoutumés ; ils nous a mis en garde contre nos appétits et nos vices.

 Aurait-il, à cause de cela, vidé la vie de son contenu ?

 Nous a-t-il dit de renoncer à ce qui fait justement la beauté de la vie : la pratique du bien sous toutes ses formes, la recherche de la vérité et de la beauté ?

Nous a-t-il dit de renoncer à ce bien dont le cœur n’est jamais rassasié : l’amour ? I1 en a fait au contraire le pivot de son enseignement. « Aimez-vous! vous ne vous aimerez jamais trop, vous ne vous aimerez jamais assez! » Il me semble qu’il nous a fait la part belle.

 Renoncer, oui ! Mais renoncer à Satan. Ce n’est pas une vie diminuée qu’il nous offre ; c’est bien au contraire une vie merveilleusement transformée et valorisée, une vie permettant de réaliser notre vraie nature, notre nature hominale.

 « Je suis venu, a-t-il dit, afin que mes brebis aient la vie, et qu’elles l’aient en abondance. ?? Mais vous savez bien qu’il s’agit là d’une autre vie que celle que nous menons d’ordinaire dans nos pacages d’ici-bas.   

Dieu et l’homme

 Je viens de dire que la Religion, telle que nous l’envisageons présentement était, avant tout, réalisation ; que si e1Ie n’est pas réalisation, elle est travestissement.

I1 s’agit maintenant d’établir quels sont les rapports existants entre Dieu et l’homme, du moins les plus tangibles. Je l’ai déjà fait, mais on ne revient jamais trop sur une question majeure comme celle-ci.

 « Flammes! dit un des plus anciens hymnes du Rig-Veda, « flammes, emportez-le dans vos bras, doucement. Accordez-lui un corps parfait, un corps brillant ; emportez-le là-bas ou vivent les Ancêtres, là-bas ou il n’est plus de chagrin ni de mort.

 Ainsi chante le « Rishi » des temps védiques, en s’adressant au Seigneur Agni, dieu du feu, qui consume un cadavre.

 Voici donc un texte, des plus vénérables par l’âge, ou Ia. question de la nature réelle de l’homme et sa destinée post-mortem se trouve déjà résolue. L’homme, en quittant le terrestre séjour, va rejoindre les Ancêtres. La vie d’ici-bas n’est pas la vie unique ; ce n’est qu’un passage. Et nos lointains aïeux, les Aryens, pensaient qu’Agni pouvait purifier notre corps périssable  aux flammes. C’est d’ailleurs un argument approchant que donnait l’Inquisition au moyen-âge quand elle envoyait au bûcher les hérétiques.

Toutefois, l’hymne du Rig-Véda que je vous ai cité, s’applique plutôt à un sage qu’à un quelconque mortel ayant mal vécu, puisqu’il est demandé aux flammes d’emporter son corps brillant, son corps parfait, dans le Paradis. Les’  » Rishis », qui ont écrit les Védas, furent des voyants comme les Druides, les éducateurs des Celtes ; les Pharaons, qui ont construit les Pyramides, furent des initiés à la science des sanctuaires ; les versets bibliques ont été dictés par les Prophètes d’Israël ; les cités helléniques et leurs colonies sont nées des oracles d’Apollon Delphien ; la constitution romaine : religion et lois sont issues des Livres Sibyllins et notre civilisation occidentale procède pour la plus large part du Christianisme évangélique. Tout ce qui fait la grandeur de l’homme provient d’un ordre qui le dépasse.

 La Religion, qui est la plus haute expression de notre nature, est basée sur le surnaturel.

 Que faut-il entendre par surnaturel ?

 Chez l’homme, nous distinguons deux choses qui n’ont aucune analogie entre elle : la matière et l’esprit. C’est par l’esprit qui est dans cette matière que l’homme perçoit qu’il est un être à part dans la création.

 Cette donnée lui vient de son esprit, de son âme raisonnable. Entre lui et l’animal, il y a la raison et la liberté.

 La révélation, la tradition, l’expérience millénaire s’accordent à reconnaître le ternaire dans l’homme :

1 ° un corps matériel apparent ;

2 ° un corps spirituel généralement invisible ;

3° une âme raisonnable animant l’ensemble.

 L’âme incarnée ici-bas possède donc un double vêtement, d’abord celui que constitue le corps spirituel, puis celui qui enveloppe le tout le corps physique.

 L’âme, en entrant dans le manifesté, devient une forme, s’individualise, revêt un corps éthéré, un corps esprit qui restera son signe distinctif devant Dieu dont elle est issue. Ce corps, qui est l’homme dans son intégrité, l’homme-esprit, l’homme véritable, s’il restait brillant et parfait, n’aurait pas à. quitter les sphères divines, mais l’usage maladroit de la liberté l’écarte insensiblement de Dieu, et la tentation aidant, il se matérialise, il devient, pour un temps parfois très long, le prisonnier de la terre.

 Celui que nous appelons communément l’homme est ce prisonnier. Tous nous connaissons actuellement l’esclavage de la chair, et je n’ai pas à vous apprendre que c’est un dur esclavage.

 Cette vérité que les Védas proclamèrent dès les temps primitifs de notre race, sur la foi de traditions sans doute encore plus anciennes, est reconnue aujourd’hui par les spiritualistes de toutes les écoles et par la philosophie religieuse du monde entier.

 Toutefois, il importe de remarquer du même coup que si ces notions ont dans l’ensemble rallié l’élite spiritualiste mondiale, elles ont fait naître deux systèmes religieux qui s’opposent avec une inflexible rigueur : le monothéisme et le dualisme.

Que dit le monothéisme moderne ?

 Dieu n’est pas extérieur à l’homme, il est Atman, l’âme même de l’homme. Brahman, le Dieu du Ciel, devient le Dieu dans la nature ; le Dieu dans la nature devient le Dieu qui est la nature ; le Dieu qui est la nature devient le Dieu dans le temple de notre corps, devient ce temple lui-même, devient l’âme de l’homme.

 L’homme vient de l’âme par involution et par évolution il retourne à l’âme, c’est-à-dire à Dieu. On voit comment, par cette doctrine venant du Néo-Védantisme hindou, se trouve esquivée la notion d’un Dieu personnel. L’évolution explique l’homme et le monde. Il ne s’agira plus, pour nos scientistes d’Occident, que d’élargir Dieu dans une irréligion fervente D. On devine ce que cela veut dire.

 Dans ces conditions, il ne faut point trop s’étonner et voir se poursuivre l’entreprise de déchristianisation de L’Europe, en particulier de l’Allemagne ou le Védantisme est en honneur, et aussi de l’Angleterre, et surtout de la France ou l’on accueille toujours avec un visible empressement tout ce qui est de nature à renforcer l’athéisme officiel.

Déjà nous voyons la philosophie scientifique broder sur ce thème des variantes ; mais attention ! On ne s’improvise pas sannyasin par un travail de cabinet, et le bond dans l’absolu n’est pas à la portée cle tous. Les pouvoirs ne peuvent se développer, dans le Yoga, que par un effort spirituel dont bien peu chez nous sont capables.

 « Renforcez votre caractère et votre volonté ! » prescrit un maître Védantiste, et l’homme d’au-delà du Rhin arbore sur sa manche la croix gammée, symbole de force brutale. « La prière est un signe de faiblesse absolument inutile » profère un autre avec une parfaite assurance, et l’homme d’en-deçà du Rhin s’empresse de laisser cet exercice aux bonnes femmes et aux non nains.

 « La religion est la plus précieuse de toutes les sciences D. Oui, mais dans notre pays, en particulier, Best de cette science que l’homme est le moins curieux. Chose bien regrettable, disons-le, pour les Français et pour la France.

 Reconnaissons toutefois que si, dans les sphères de haute intellectualité, on penche pour le monothéisme, la majorité des gens fidèles à la religion est dualiste.

L’immense majorité des Hindous, reconnaît Vivekananda lui-même, dans la proportion de 90 « ;, croient qu’il y a un Créateur et un Maître de D’Univers distinct de la nature et distinct de l’âme humaine. La nature et les âmes, pensent-­ils, se transforment, mais Dieu reste le même au sein de l’éternité.

 En outre, ce Dieu est personnel ; c’est un Dieu humain infiniment plus grand que l’homme. « En lui repose une quantité infinie des qualités sublimes. » C’est un peu ce qu’enseignaient les Druides, si l’on en croit le Livre des Bardes d’Occident.

 « Les dualistes du Védanta croient en la nature non différenciée (la nature naturante de Spinoza) et c’est de cette nature primordiale que Dieu crée l’Univers (la nature naturée). »

 Les dualistes hindous partagent donc nos vues propres en ce qui touche l’origine des choses. C’est Dieu qui en est l’artisan, le suprême ordonnateur. Comme nous, chrétiens, ils constatent que ce monde, émané cependant de la Perfection, est devenu la proie du mal sur la terre. Toutefois, ils n’en vont point chercher la cause dans l’action perturbatrice d’un Athman, comme les Perses, ou d’un Satan, comme les Hébreux. Ils en rejettent la responsabilité sur l’homme lui-même qui récolte aujourd’hui ce qu’il a semé dans le passé insondable. La théorie du Karma, vous le savez, est à la base de tous les systèmes religieux des Hindous.

 Un refuge cependant nous est ouvert au-delà de cet univers corrompu par nos fautes : il est un lieu ou l’âme humaine, et non seulement l’âme humaine, mais toutes les âmes de ce monde — car tout ce qui a vie a une âme — pourront jouir de la présence de Dieu.

 Vous voyez donc qu’il y a plus d’un point de commun entre ce dualisme-ci et celui que nous professons.

 Dieu disent les Hindous « est le centre d’attraction de toutes les âmes », et ils se servent, pour illustrer ce concept, d’une image qui est très expressive.

 Une aiguille qui est entourée d’argile ne subit pas l’attraction de l’aimant, mais que l’on enlève l’argile, et l’aiguille est attirée. »

 Dieu est l’aimant et l’âme humaine l’aiguille ; les mauvaises actions de l’homme sont la poussière et la saleté qui recouvrent l’aiguille. Dès que l’âme est pure, elle est tout naturellement attirée jusqu’à Dieu, et elle reste à jamais avec Dieu tout en étant distincte de Dieu.

 L’âme, disent-ils encore, arrivée à la perfection, devient toute puissante ; elle peut revêtir différents corps ; elle participe en quelque sorte de la nature de Dieu, hormis en ce qu’elle ne peut créer, ce pouvoir étant l’attribut du Maître souverain. Un autre de ces attributs est l’amour. Dieu aime sa créature et doit en être aimé. Pour tout ce qui a trait aux choses temporelles, les prières peuvent être adressées à une divinité, à un ange ou à un être parfait ; mais la prière à Dieu doit être uniquement adoration.

 Par ces données sommaires mais exactes, et que j’emprunte à un maître universellement connu (1), vous pouvez vous rendre compte que l’affirmation du Sâdhou Sundar Singh est parfaitement fondée quand il dit que l’hindouisme a creusé les canaux dans lesquels le Christ a fait couler l’eau vive de 1’Evangile.

(1) Vivekamanda

 Pourtant, nous sommes des gens en retard, paraît-il, avec notre foi en un Dieu personnel, créateur de tout ce qui est. On n’a pas aujour­d’hui, dans certains milieux, assez de dédain pour cette conception, pour ce qu’on appelle l’anthropomorphisme des religions, archaïque, « attentatoire à l’intelligence et à peu près — je cite un de ces contempteurs — du même ordre de grandeur, cosmiquement, que les fétiches papous ».

 J’avoue que je ne saisis pas du tout la raison d’un tel mépris.

 Dire, sur la foi des mythologies, que les hommes font les dieux à leur image, me paraît un argument sans portée.

 Tous les grands systèmes religieux et 1’Advaï­ta lui-même, qui est le sommet du Védantisme, enseignent que l’homme est d’essence divine, qu’il est la plus haute expression de l’être en ce monde, et Jésus nous en offre la plus parfaite illustration. Le texte biblique disant que l’Eternel créa l’homme à son image, professe exactement la même chose sous une autre forme. S’il existe vraiment une telle affinité entre le divin et l’humain, nous ne voyons pas bien ce qui empêcherait Dieu, Intelligence, Volonté et Puissance suprême, de se manifester en forme humaine. Qui voit le Fils a vu le Père. Les apôtres qui virent Jésus transfiguré sur le Thabor le retrouvèrent l’instant d’après sous son apparence humaine. Les élus dans l’éternité ont une vision de Dieu différente de ce qu’elle est ici-bas pour les hommes de chair, fussent-ils des saints. Et ceux-ci vous diront comme le Sâdhou, par exemple, que Jésus leur est apparu tantôt sous l’apparence d’un pauvre hère et tantôt dans une gloire éblouissante. Les esprits sont Protée (NDR : De nos jours l’expression serait plutôt : « les esprits sont protéiformes ») ;a plus forte raison l’Esprit divin, le Tout-Puissant.

 Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, soit ! Mais n’oublions pas que ce qui est en bas n’est pas ce qui est en haut. En bas, c’est l’homme, en haut, c’est Dieu.

 Pourquoi Dieu ne se manifesterait-il pas en forme humaine ? Qu’y a-t-il d’impossible à qui a tout pouvoir ?

 Quant à l’homme manifesté en forme divine, c’est autre chose. Le Fils de l’Homme seul y est parvenu. Et vous savez que pour manifester le Christ en nous, il faudrait réaliser le Grand-Œuvre.

 Soyons modestes ! Oui, nous ne le serons jamais trop. A considérer le peu que nous sommes, l’humilité nous sied mieux que l’orgueil, expression de l’ignorance et de la sottise. Mais N’allons pas chercher des objections par trop chantournées. N’allons pas chercher un biais dans un mot pompeux. L’anthropomorphisme n’est qu’un prétexte, et celui qui 1’a inventé n’a pas perdu son temps. Ce mot d’allure savante n’est qu’un motif de plus pour nous éloigner de l’adoration. en esprit et en vérité de l’Intelligence suprême, de l’Amour suprême, de la Sagesse suprême, moteur unique et personne par excel­lence : Dieu !

 Voilà ce qu’il faut dire, et je le dis.  

Simple témoignage

 Que le Christianisme soit une religion anthropomorphique, soit ! C’est chose entendue. L’Homme Jésus est venu pour nous donner une haute idée, la plus haute qui soit, de Dieu, de Celui qu’il appelait le Père. C’est une religion anthropomorphique, et cependant on en peut dire qu’elle est avant tout réalisation et que « la connaissance du Christ est un fait d’expérience. »

 En conscience, Mesdames, Messieurs, je me place au point de vue rationaliste, que demander de plus ? En quoi l’anthropomorphisme ici nuit-il à la vérité ?

 Je vous ai averti, au début de ces causeries, que j’apportais non un système Nouveau, mais mon témoignage, tout simplement. Ce témoignage, je vous le dois ; toutefois aurai-je souci de l’abréger le plus possible. On ne vient pas au spiritisme par la foi ; on fait le chemin inverse : le spiritisme bien conçu aide à retrouver la foi, c’est-à-dire la Religion. Voilà son utilité, voilà sa mission.

 J’ai fait ce qu’un certain nombre d’entre vous ont fait pareillement ; j’ai tenté de rechercher la vérité en dehors des rituels et des formules théologiques. Et mon grand regret est d’avoir perdu tant d’années avant d’entreprendre cette quête. Encore dois-je être modeste. Mon mérite est nul : car ces recherches se sont imposées à mon esprit dans des circonstances d’un dramatique intense, encore que tout intérieur.

 Fils d’un siècle agnostique, que je ne qualifierai pas de « stupide », mais dont je soulignerai l’insuffisance notoire en plus d’un domaine, l’Université m’a distribué, à moi comme aux autres, une nourriture assez chiche et souvent indigeste. La Science, disaient nos maîtres, allait détrôner la Religion, et cela d’une facon définitive. La foi n’était qu’une névrose, la sensibilité qu’une maladie ; la conscience après tout n’était qu’un instinct perfectionné. Et ceux qui ne parlaient pas de ces choses les reléguaient visiblement au magasin des accessoires. On vivait benoîtement sur le fond religieux ancestral. Ça allait comme ça pouvait, plutôt mal que bien.

 Et les épreuves de la vie sont venues, pour moi comme pour tous, épreuves dont certaines, si j’avais été mieux éclairé, eussent pu être évitées. Et puis, ce furent les jours tragiques de la grande guerre durant lesquels un Destin implacable signait des arrêts dont le sens mystérieux nous échappait, mais nous faisait parfois longuement réfléchir.

Il fallut, après ces catastrophes terrifiantes, des circonstances d’un autre genre pour changer du tout au tout l’orientation de mes idées, les conceptions que je me faisais des choses de ce monde.

 Voilà dix ans que mourait un vieil ami digne de vénération par son caractère et par l’usage qu’il avait fait de sa vie, un sage en un mot dont la compagnie m’était particulièrement chère. C’est parce qu’il tranchait avec le commun, que le silence s’était fait autour de sa vieillesse recluse, du moins dans sa ville, car son nom était universellement répandu et ses œuvres, — car c’était un écrivain — traduites en des langues diverses. Ce nom, vous le connaissez, il s’agit de Léon Denis. Il partait sans regret, sa tâche achevée, au terme d’une carrière d’apostolat magnifiquement remplie.

 J’admirais l’homme sans réserve et j’étais plein de respect pour le talent de l’écrivain. Et cependant, je vous en fais l’aveu, la doctrine qu’il enseignait, celle d’Allan Kardec, que je connaissais mal, n’avait pas levé tous mes doutes ; il y avait tant de choses que je ne comprenais pas ! L’expérience de ce maître, que je savais solide, sa foi que je savais sincère, n’avaient pu vaincre en moi ce vieux fonds d’incrédulité qui exige sans cesse des preuves et des preuves. Anatole France, qui était à cette époque notre voisin, Renan, Montaigne montaient la garde en mon esprit, et je voyais leur sourire sceptique, et j’entendais leur « que sais-je!  » désabusé.

 Pourtant Léon Denis, en mourant, n’avait pas dit son dernier mot :

« Vous n’êtes pas spirite, mais vous le deviendrez ! » faisait-il malicieusement parfois.

 J’étais à cent lieues de croire que la chose fût possible.

 A celle qui partage ma vie, il avait été pareillement annoncé que plus tard elle deviendrait médium — ceci par « ¡’Esprit bleu » à une séance antérieure, place des Arts.

 Et cela ne l’avait pas du tout enchantée, vivant sur une foi catholique en voie d’extinction, mais non disparue.

 Je suis devenu spirite et ma femme est médium, et nous le sommes devenus dans des circonstances tout à fait imprévues. Voici comment : le 24 mai 1927, fête patronymique de ma compagne, c’est-à-dire quelque sept semaines après l’adieu suprême à notre ami, un fait d’allure insolite frappa notre attention. Une sorte d’appareil Morse semblait entrer en action à certains moments dans le sommier de notre lit ; un crépitement régulier, alterné, scandé comme le débit d’un télégramme, se produisit au cours de cette nuit vers trois heures du matin et se répéta par la suite. J’ajoute que cette insistance, qui me privait de mon sommeil, personnellement m’agaçait. C’était drôle pour commencer ; et cela finissait par devenir ennuyeux.

 Que faire, à qui demander conseil ? Comment résoudre le problème ?

 En parler à des profanes, c’était aller au-devant des plaisanteries ; s’en ouvrir à des occultistes, c’était risquer de recevoir des explications conformes à un thème arrêté. I1 valait mieux attendre. C’est la solution qui vient naturellement à l’esprit, c’est le principe de moindre action. Nous passons notre vie à attendre au lieu de chercher.

 Il est parfaitement sot de tourner ces faits en dérision_ comme le font certaines personnes. I1 n’est pas de faits insignifiants ; chaque fait est un départ pour l’esprit en éveil, et ce départ peut l’aiguiller sur une voie nouvelle ou il trou-vera un jour ce qui lui échappe momentanément.

 Ce crépitement mystérieux dans la nuit pouvait n’être, après tout, qu’un avertissement ; il pouvait signifier : attention ! Peut-être va-t-il se passer quelque chose qui vous intéresse.

 Or, voici ce qui se passa : Quelqu’un, que nous n’attendions pas le moins du monde, venait à quelque temps de là nous informer qu’on nous demandait, non pas au téléphone, mais au oui-ja, chez une personne amie ou quelques personnes se livraient à cette pratique dans un but au reste d’une piété irréprochable. C’était le 1″ juin.

 Les esprits font flèche de tout bois. Pour nous toucher, ils se servent des moyens qui sont à leur portée, n’en dédaignant aucun. Et pour ma part, je connais un homme, et c’est un ecclésiastique, qui peut, comme Eugène Nus témoigner que la table parlante peut à l’occasion servir de truchement pour des enseignements d’une merveilleuse élévation. L’instrument n’est qu’un accessoire, tout dépend de l’ambiance, mais l’instrument est indispensable.

 C’est donc par ce moyen de fortune que les personnes en question venaient, à leur vive surprise, de recevoir l’invite pressante de nous prévenir et de nous amener dès que possible, à l’écoute, si l’on peut dire.

 Et voilà comment, le soir même, nous nous trouvâmes pour la première fois devant cet instrument rudimentaire qui est une planchette triangulaire glissant sur un carton ou sont disposées en croissant les lettres de l’alphabet.

 Dès l’instant que ma femme eût touché l’appareil, celui-ci se mit à fonctionner avec une remarquable aisance, et l’esprit Léon Denis, qui nous attendait là ou ìl venait de nous amener d’une manière si inattendue, me donna sur le champ l’élément probant d’identité que j’étais le seul à connaître. En préciser le détail m’en traînerait trop loin.

« Luce, vous avez un bon médium sous la main. » Cette phrase qui me fut aussitôt dictée venait d’ouvrir devant moi une voie nouvelle ou ma responsabilité était engagée. Mon bon maître m’était rendu ; ce n’était pas pour esquiver la rencontre. Et je puis bien vous confier qu’il ne nous a jamais quittés depuis ce jour. Dieu ne sépare pas les vrais amis.

 Mais la question de la survie, pour moi éclairée de façon qui ne peut laisser place au moindre doute, ne résolvait pas le fond du problème. Que me fait la survie, me disais-je, si je n’ai pas la révélation du divin dès cette terre ! Si l’homme n’a pas Dieu ici-bas et dans 1’au-delà, il n’a rien qu’un perpétuel tourment. Mais Dieu est si loin de nous ! Je le croyais, comme un certain nombre d’entre vous peuvent le croire pareillement, et c’est une pensée qui doit vous mettre en méfiance. D’ou nous vient ce doute, d’ou nous vient une pareille affirmation ? Qui nous souffle une semblable pensée ? Je ne crois pas que ce soit une voix amie.

 Une nouvelle série de faits survinrent à l’improviste, et de mes conceptions anciennes, rien ne resta debout ; tout chavira.

Au cours d’épreuves méritées dont je ne souhaite à personne d’éprouver la rigueur, il nous fut donné, à ma femme et à moi, de concevoir et d’observer l’ordre souverain, l’harmonie et la toute puissance régnant dans les mondes spirituels dont nous faisons partie intégrante, et comment tout est régi par des lois dont relève directement notre mental, hotre conscience, pour mieux dire notre esprit, notre âme.

 Or, cette deuxième étape en préparait une troisième.

 Quelques mois plus tard, me trouvant chez un ami qui s’occupe aussi de ces questions, je reçus un nouvel avertissement qui me fut un autre trait de lumière. Comme il me présentait un recueil de messages médiumniques écrits, à ce qu’on prétendait, sous l’inspiration de Jésus

— Un de plus, lui dis-je, comme s’il en manquait !

— Croyez-vous, répondit-il, en abondant en mon sens, que le Christ soit ainsi à la disposition des médiums ?

Il y eut un silence. « Dieu est si loin de nous! », me répétais-je à moi-même. A peine l’avais-je pensé que je reçus, en éclair, une de ces touches intérieures, d’autant plus impres­sionantes qu’elles sont inattendues. Je n’en dis rien à mon ami ; l’avertissement était pour moi.

 Le soir même, il nous fut dit par la voie médiumnique que nous nous faisions une idée entièrement fausse de l’action du Christ, qu’il était toujours près des hommes de bonne volonté, surtout des humbles de cœur.

 Ce fut pour moi une révélation et aussi un allègement de l’être. La question de la survie s’en trouvait éclairée, ses perspectives élargies à l’infini. Et quand j’eus rencontré l’homme qui a autorité pour parler de ces choses, et qu’il m’eût exprimé la même pensée dans des termes à peine différents, je compris que la route était sûre ou marchait le spiritisme et que l’esprit de vérité viendrait l’éclairer un jour.

 En bien ! Sœurs et Frères, ce jour est venu.

 A l’Esprit de Vérité j’apporte l’hommage de mon modeste témoignage. Le Spiritisme, tout comme le Christianisme, c’est cela : un témoignage. Chacun de nous a des expériences à faire. Pourquoi en taire le résultat ? Un jour viendra, et peut-être n’est-il pas loin, ou le témoignage collectif des hommes de bonne volonté refoulera victorieusement, et espérons-le, de façon défini-tive, le doute, le mensonge et l’imposture. 

 Les  » messages  » du Curé d’Ars

 Oui, dans les soucis, dans les tribulations, dans l’inquiétude qui ne nous sont pas épargnés, vivons dans l’espérance. Ne sommes-nous pas les fils de la vieille Gaule ou le gui n’a jamais cessé de verdir sur le rameau du chêne ? Ne sentons nous pas que la France, nation élue, a une mission à remplir parmi les peuples ? Un fait nouveau vient de se produire, sensible surtout dans hos milieux. Je ne sais si vous en avez discerné l’importance. Oh ! certes, ce n’est pas un de ces événements qui frappent les foules et qui s’inscrivent d’emblée dans l’Histoire, comme tel ou tel épisode plus ou moins marquant de la vie sociale. C’est pourtant une date que nous avons, nous spirites christiques, à enregistrer et à retenir. Je fais allusion à ces Messages que les Annales publient depuis tantôt une année en tête de leurs colonnes.

 Impossible, en les lisant, de n’être pas frappé du ton inusité de ces pages brûlantes d’amour pour les hommes et de foi en Dieu. Il s’agit là d’une parole qui s’impose et fixe l’attention de tout celui qui sait lire.

 Qui ne serait retenu, dès l’abord, par la frappe caractéristique de ce style direct, sans apprêt, d’une vigueur rappelant la langue des prophètes, abondant en formules lapidaires, en images concises, en traits pénétrants ? Qui ne serait saisi de l’autorité de cette voix proférant solennellement Je suis un envoyé de Dieu ; je suis un serviteur du Christ ; je suis un apôtre de l’Esprit-saint ; un réformateur des Églises ; un grand ami des âmes ? — Car tels sont les titres dont se recommande cet envoyé d’En-haut. Non, un tel langage ne saurait passer inaperçu. I1 est ait pour porter des fruits en des milieux divers, pour provoquer ici des approbations, là des contestations, et plus loin des colères. De toute façon il est fait pour être entendu.

 Encore que nous sachions depuis longtemps déjà — car son action date du début — que le Curé d’Ars n’a jamais cessé d’appuyer le mouvement spirite, nous n’avons pas laissé, je l’avoue, d’être nous aussi subjugués par cette « rentrée » sensationnelle qui cependant était annoncée. Et l’étonnement chez plus d’un a été profond.

 De la part de cet esprit, disent certains, c’était assez imprévu, car ce saint prêtre, qui vécut si effacé malgré le bruit fait autour de son nom, cet humble apôtre de la charité mué tout à coup en réformateur, et de cette envergure ! la chose, il faut l’avouer, est bien faite pour surprendre.

 Sans aucun doute! Mais il convient toutefois de remarquer que douceur n’est pas fadeur, ni surtout faiblesse. Qui dit obéissance à la règle ne dit pas esclavage. Et ce que nous savons de la vie du saint thaumaturge nous apprend que cet effacement voulu n’excluait ni la trempe de caractère ni la force d’âme qui étaient chez lui à toute épreuve.

 La vie du Curé d’Ars s’est imposée par la fermeté qu’il a déployée dans son ministère. Pour l’observateur impartial, pour le croyant éclairé. on le reconnaît à sa volonté inébranlable, à son désir toujours plus intense de faire aimer le Christ et de le mettre en pleine lumière. Tel fut le Curé d’Ars, tel est resté l’Esprit du Curé d’Ars avec un pouvoir de rayonnement singulièrement accru, avec l’autorité qu’impose le caractère sacré de sa mission.

 Mais une autre question, je le sais, se pose d’elle-même. Tout message emprunte la voie médiumnique, direz-vous. Ces messages sont enregistrés par Rosa-Pax. Encore que ce soit l? un très beau pseudonyme, qui est Rosa-Pax ?

 Rosa-Pax existe, il suffit. Rosa-Pax a besoin du silence pour mener a bien sa tâche ou mieux, sa mission. A chacun la sienne.

 Le développement de son labeur, en nous prouvant qu’elle n’est pas un mythe, apportera au fur et à mesure les éléments qui permettront à chacun de se faire à ce sujet une opinion en toute liberté d’esprit.

 Mais encore que 1’on accepte ces raisons, direz-vous, reste à élucider le fait que lesdits messages émanent du Curé d’Ars et non d’une autre entité. En ce qui me concerne, je suis tout à fait à l’aise pour déclarer qu’à cet égard la moindre incertitude ne saurait subsister en ma pensée. Il me faut préciser devant vous que cet esprit guide les médiums du groupe auquel je suis rattaché depuis sa fondation. Or, les enseignements contenus dans les messages recus et transmis par Rosa-Pax, personnellement inconnue des médiums dont je parle, corroborent en tous points ceux que nous conservons dans nos archives. Voici ce que déclare un de ces médiums, actuellement à l’étranger. « Je vois le Curé d’Ars soit en lumière vive, soit en prêtre, (c’est ainsi que je le vois le plus souvent). Je sens sa présence nettement par un apport de fluides si purs que l’air en devient plus léger. Si parfois un doute m’effleure sur sa présence, le Curé d’Ars se montre. »

 J’ajouterai qu’au moment des séances, les médiums voyants du groupe se contrôlent aisément, de sorte que la vision de l’un d’entre eux ne peut être mise en doute par l’autre.

 En plus, je puis vous assurer que si j’avais pu conserver quelque hésitation, — et par ce que je vous ai dit précédemment, vous avez pu voir que je ne suis pas enclin à une crédulité excessive — cette hésitation eût été levée par les recoupements s’étant établis d’eux-mêmes entre Rosa-Pax et la Direction (les Annales, entre celle-ci et plusieurs de ses collaborateurs, entre ceux-ci et moi-même.

 Le fait que nous avions, à Tours, été personnellement avertis que c’était le Curé d’Ars, et non un autre, qui inspirait Rosa-Pax ; le fait que le médium en question perçoit et voit nettement son guide dans le moment qu’il agit sur lui ; le contrôle autorisé d’un voyant qui constate à distance l’action du guide sur le médium Rosa-Pax, et à qui a été révélé le sens particulier de la mission du Curé d’Ars, tout cela et bien d’autres raisons que je ne puis fournir ici, car il faut savoir se borner, constitue un faisceau de preuves des plus solides pour ceux qui ont l’expérience ou un aperçu suffisant de ces choses.

Une autre objection a été encore formulée. Pourquoi cet ancien prêtre se montre-t-il si sévère pour 1’Eglise ?

 Il s’en explique lui-même, et je ne saurais mieux faire à ce sujet que de vous engager à lire tous les messages en question. Ils sont pour nous tous un rappel à l’ordre pressant et sévère, car on ne transige pas sans danger avec la loi morale, et c’est se leurrer que de dire ou de laisser croire qu’il y a des accommodements avec le Ciel. C’est là une formule toute païenne. Le Christ demande davantage; le sentier qu’il a suivi est un sentier singulièrement âpre et qui monte. « Je n’oblige personne à le suivre, dit le Curé d’Ars, mais il est tracé tel que je l’indique. » Et c’est à cause de cela, justement, que ses adjurations se font si pressantes. Il voit, de son regard d’esprit, les lacunes d’un enseignement devenu comme l’écorce morte de la Parole vivante, et il mesure, avec quelle pénétrante acuité! Les répercussions devenues tragiques d’une carence du spirituel qui ne date pas d’hier. Et c’est alors qu’il élève la voix pour lancer ces avertissements solennels dont l’écho retentit jusqu’au fond des oratoires les plus secrets, pour rappeler à ceux qui dorment ou sont à peine éveillés que le Maître revient et demandera des comptes.

 « Ce que je dis est la vérité. Je suis un messager de vérité ! » Cette vérité, il la recherche, il la proclame, non pour lui qui la connaît, mais pour nous, qui l’ignorons.

 Je puise, nous dit-il, aux vérités éternelles par l’Esprit-Saint. Et ces vérités, il nous les destine par un acte sublime d’entr’aime et de fraternité. Oui, c’est bien la parole de vie qu’il nous apporte. Et comment ne le serait-ce pas ? Ce n’est pas la doctrine du Curé d’Ars, précise-?-il : c’est celle de Jésus lui-même. En quoi ! S’exclameront les suivants de la lettre : n’avons-nous pas les Évangiles qui sont le message définitif de Dieu aux hommes ? Certes, oui, nous avons les Evangiles, qui sont bien la Parole éternelle ; mais il nous reste à la mettre dans notre vie, à recevoir le pain vivant dans notre cœur. Or, le fait spirituel, le fait moral est enregistré par la conscience. Nous l’avons dit, ce n’est pas tant affaire d’enseignement que réalisation effective. Une ère vient ou l’homme vraiment religieux recevra directement les touches de l’Esprit de vie. Car nous ne valons que par l’inspiration divine. Se pénétrer du rien que l’on est : voilà la sagesse ; travailler non pour soi, mais pour Dieu : voilà la loi. Plus est grande l’humilité du serviteur, plus son rayonnement s’étend. Or, le serviteur doit entendre la voix de son maître pour exécuter parfaitement sa tâche, il doit être ou devenir un médium ; en tout cas, il doit faire son possible pour entendre, dans son for intérieur, dans sa conscience, la voix de Dieu. « S’ouvrir aux influences célestes demande une prépara­tion minutieuse dans le mépris absolu des choses de ce monde. »

 Voilà ce qui nous est demandé. Vivre au milieu des choses de ce monde en n’v attachant que l’importance qu’elles méritent, c’est du moins ce qui est demandé aux médiums. On ne peut servir Dieu et Mammon à la fois. « Résister énergiquement à tous les appels de la chair, fermer la porte à ses basses sollicitations et s’établir sur les fortes positions de l’Esprit telles sont les conditions essentielles à la médiumnité supérieure, seule désirable. »

 Réveiller les cordes spirituelles afin qu’elles vibrent en harmonie avec l’Esprit ; s’exercer constamment à réaliser cette harmonie spirituelle : tel est le devoir du vrai médium, de celui qui veut transmettre la vérité pure. Tout médium qui veut faire deux parts de sa vie, l’une pour Dieu, l’autre pour le monde, n’est pas à hauteur de son mandat.

 Si le médium s’applique à mériter la grâce, celle-ci le détournera des embûches de l’adversaire ».

 Le serpent veille, il se faufilera sous les pas du disciple qui s’écartera du sentier. Il faut se tenir dans une discipline sévère de la pensée et de l’action, telle est la règle. »

Règle sévère comme l’on voit, mais règle nécessaire. De son étroite observance découlent des compensations bien douces.

 « Les rapports entre les deux mondes procurent des joies ineffables aux âmes bien nées et concentrées sur leur mission divine, mais leur action doit être soutenue, leur vertu jamais en défaut ; toute leur vie doit être sainte et occupée d’altruisme.

 Celui qui fait passer son bonheur personnel avant celui des autres n’est pas digne de son mandat.

 L’inspiration, vous le voyez, a ses exigences; impossible de les éluder sans la voir se corrompre.

S’expatrier, sortir du moi terrestre, se réfugier dans les hautes sphères spirituelles, telle est la loi d’harmonie nécessaire au bon fonctionnement médiumnique.

 Tant que l’âme erre dans les basses régions de 1a terre, elle y glane l’erreur, le mensonge, l’illusion, et tous les vains mirages peuvent venir la berner. Il y a là un écueil redoutable dont il faut savoir se méfier. Ouvrir l’œil, tendre l’oreille, s’exercer à déceler la présence du Malin, voilà à quoi il faut s’appliquer.

 Ne tenter aucune incursion dans l’Au-delà quand l’âme erre dans les préoccupations inférieures. »

« Ne se livrer aux prospections spirituelles qu’à l’heure ou l’âme se sent libérée de la terre.

« Mais, ajoute le guide, je dois également mettre le néophyte en garde contre un autre danger : l’exaltation sentimentale.

« Le retrait des forces inférieures n’est possible qu’autant que le sujet se dégage de son « moi » charnel, mais aussi sentimental.

« Il doit s’effacer totalement devant les forces supérieures, sinon il peut arriver que l’intellect enregistre des idées captivantes, mais loin du vrai.

« L’heure est grave ; elle est pleine de périls pour l’imprudent et remplie de délices pour qui est vertueux et sage.

« Avec le fouet de la vertu, fustigez toutes vos faiblesses, si vous voulez être dignes de porter la lumière.

« Soyez attentifs, prudents et sages, et vous arriverez au Portique sacré.

« Ne soyez pas les mauvais mages, mais les humbles serviteurs de Dieu. Préférez l’ombre à la gloire, le silence a la renommée : l’humilité plaît à Dieu. »

 Certains demanderont le pourquoi d’une formation médiumnique si épineuse et si sévère. A quelles fins développer ainsi notre sens spirituel ? Pratiquement, quelle en est l’utilité ?

 J’en trouve plus bas la réponse, et je la soumets à votre jugement.

« Plus l’armée des médiums sera nombreuse et plus le mal reculera. »

« Converser avec l’Invisible est folie aux yeux de ce monde aveugle et mûre dans la matière, mais pour nous, médiums, dit le Curé d’Ars, il faut que cela devienne une réalité tangible. I1 faut que, sentinelles avancées dans les voies spirituelles, vous frayiez le chemin à vos frères attardés. »

 Vous savez, d’après les religions, ce qui arrive quand on s’attarde trop et que le péché nous gagne : c’est la chute dans les régions infernales. Mais qu’est-ce que l’enfer ?

« Symboliser l’enfer par le feu, les flammes, 1’Eternité, l’image est juste, mais il faut la ramener à sa réalité et non lui laisser son sens symbolique.

 » Le feu ? ce sont les fluides rouges de toutes les passions ardentes des hommes.

« Les flammes ? ce sont les élancements des pensées de haine ou de convoitise qui foisonnent dans ces lieux maudits.

« L’Éternité, ce sont des siècles passés dans ces lieux inférieurs par les êtres déchus, incapables qu’ils sont de s’élever à des plans meilleurs.

« Leur abjection les lie, les brûle, les tourmente, tant qu’ils ne se sont pas amendés.

« Or, l’emprise est tenace dans ces bas-fonds ou les forces mauvaises réunies ont une attraction puissante.

« La boue épaisse et profonde enlise, de même les fluides noirs et lourds retiennent, des Eternités, les âmes prisonniers.

« Sans doute il faut être un grand pécheur pour tomber en ces régions abjectes, mais il est des fautes graves sur lesquelles on n’attire pas assez l’attention des hommes et qui les font sombrer !

« Leur étonnement est grand, quand dégagés de leur corps physique, ils s’abîment dans les cloaques nauséabonds ou dans les flammes de l’enfer.

« Ils se sont crus des hommes comme tout le monde, prêchant, se confessant, se mettant en règle avec Dieu, dans leurs devoirs religieux, et à l’heure de la mort, quelle déception, quel désespoir!

« Ce bagage était cependant leur viatique, leur salut, selon l’enseignement reçu.

« Ils avaient cru être sauvés et ils sont perdus !

« Hélas ! hélas! ils sont légion, les malheureux ainsi trompés et égarés dans les basses régions des mondes infernaux. C’est un rugissement de douleur et d’anathème contre l’Eglise qui n’a pas su les protéger, les sauver.

« Et ces cris de colère montent aujourd’hui jusqu’à la surface de la terre en criant vengeance!

« Ce sont les maudits qui jettent la malédiction !

 Oui, ce sont les maudits qui jettent la malédiction sur l’humanité, parce que nous nous tenons tous ; nous sommes tous enfants de la même famille, et quand un membre est gangrené, dit l’Apôtre, tout le corps souffre. Toute discordance nuit à l’harmonie, et le Curé d’Ars en donne la raison dans une page que je veux encore vous citer.

 « Percer le mystère de l’Au-delà, prospecter l’Infini demande des vertus surhumaines, des vertus qu’il faut cultiver avec ardeur si l’on veut arriver au but.

« Etre médium, c’est être déjà esprit et, par conséquent, affranchi de son corps et de toute question matérielle.

« Ce n’est pas d’une façon fugitive qu’il faut pénétrer l’Invisible, mais d’une façon stable, afin de bien connaître ses réalités et de pouvoir les rendre sous un aspect tangible.

« L’ouvrier spirituel est un artiste incomparable quand il se donne tout entier à sa vocation. Déjà, il n’est plus de ce monde et il jouit par anticipation des biens célestes.

« Le champ de ses perceptions s’accentue avec sa spiritualisation : le Ciel s’entrouvre à ses regards éblouis. Visions suprêmes, grâce insigne accordée aux Elus!

« Tout est vibration dans l’univers et la clef de ces visions supérieures réside dans des vibrations harmoniques avec les plans célestes.

« Si une Jeanne d’Arc, être évolué, être pur, a pu voir et entendre les grands esprits qui lui parlaient, c’est parce que ses forces spirituelles dominantes vibraient en harmonie avec les anges.

« Si des vibrations contraires s’étaient produites, le phénomène n’aurait pas eu lieu, pas plus que l’image et le son ne seraient rendus par un appareil non au point : voilà ce qu’il faut enseigner.

« Cette science des vibrations est la clef de tous les phénomènes dits surnaturels. L’univers tout entier est régi par la loi des vibrations, Dieu lui-même étant vibration.

« Les forces divines sont animées de vibrations d’une telle puissance que leur succession forme des courants qui s’étendent à l’Infini.

« Capter ces rayons en se soumettant aux lois divines, c’est produire un accord des vibrations qui, porté à un haut degré, permet l’enregistrement des visions célestes.

« C’est simple ! Et puisque les savants de la science humaine appliquent à la matière cette 1oi des vibrations, pourquoi ne méditeraient-ils pas sur ses possibilités spirituelles ?

« L’heure est à la progression dans le domaine de toutes les activités saines.

 Un philosophe hermétiste, de mes amis, me disait l’autre jour que le spiritisme, tel que nous le comprenions, n’était qu’un nouveau piétisme. Rien n’est moins exact.

Cette médiumnité, dont le Curé d’Ars vante les privilèges et qu’il préconise avec tant d’ardeur, n’est que la mise en action du 6′ sens qui va devenir prépondérant chez l’homme des temps nouveaux. Les médiums d’aujourd’hui seront des défricheurs pour l’ère qui s’annonce, l’ère du Paraclet, voilà ce qu’il faut comprendre. Ils seront aussi des témoins, des témoins dis-je, non des profiteurs.

 Car, Sœurs et Frères, nous avons besoin de lumière, nous avons soif d’eau vive, nous ne pouvons plus nous contenter de formules désuètes ; nous étouffons sous l’armature pesante des dogmatismes. Jésus a parlé aux hommes, en toute simplicité, le langage de la raison du cœur. Pourquoi sa Parole a-t-elle été détournée de son vrai sens spirituel, en particulier dans la Sainte Cène ?

« Célébrer la Sainte Cène, dit le Curé d’Ars, manger la pâque avec le Christ, c’est se nourrir spirituellement en compagnie du Maître et c’est aussi renouveler son geste de fraternité.

« Le corps et le sang de Jésus, sous les espèces du pain et du vin, c’est un mystère pour beau-coup que je veux aujourd’hui vous dévoiler afin que nul ne l’ignore.

« Le pain, aliment divin, c’est le symbole de la fraternité christique.

« Le pain doit se partager dans la grande famille chrétienne. Celui qui garde par devers lui la nourriture dont il peut disposer pour ceux qui en mangent : celui-là est impie!

« Faites ceci en souvenir de moi » signifie mangez et buvez ensemble le pain et le vin que vous donne le Père. Ne vous cantonnez pas dans l’égoïsme, mais que celui qui a beaucoup donne à celui qui a peu : c’est là le commandement du Maître.

« Réserver grassement sa nourriture sans se préoccuper de celle d’autrui, c’est rester en dehors de la famille chrétienne dont tous les membres sont frères.

« Se rapprocher du Christ, c’est aimer, et aimer, c’est donner.

« Que tous les disciples se rassemblent autour de la même table et que chacun mange à sa faim : voilà l’ordre d’En-haut.

« Tous ceux qui obéiront seront à la distribution du Maître et leur part sera abondante.

« Dieu nourrit les corps et les âmes, mais pour participer à cette grâce, il faut s’unir, s’aimer, se secourir mutuellement.

« Que le riche donne au pauvre, et le pauvre au riche, selon ce qu’il possède, car chacun a son don particulier. Aux uns la sagesse, aux autres la vertu, ou la lumière, ou la force, ou l’adresse, ou la science, ou l’argent. Que nul ne reste inactif. Aux plus vigilants, la grâce la plus abondante.

On ne doit tendre qu’à « donner » car c’est la loi du Père ; que chacun donne ce qu’il reçoit s’il veut progresser dans la grâce.

« Tant que nos efforts seront égoïstes, ils seront durs, amers, souvent déçus; dès qu’ils deviendront altruistes, ils seront abondamment bénis.

« A l’heure ou tant d’échecs font couler les larmes, il faut répandre la semence.

« Donnez et il vous sera donné !

 » L’égoïsme ravage le monde ; l’altruisme doit le sauver.

« S’unir, manger ensemble le pain du Seigneur.  » Manger son corps, boire son sang », c’est-à-dire participer à la manne sacrée par 1″Union fraternelle des cœurs dans l’Amour du Christ et dans sa Voie.

« La Sainte Cène est le symbole de la grande fraternité christique, des devoirs qu’elle impose et des bénédictions qui s’y rattachent.

« Le Symbole pascal du pain et du vin est Celui de la participation au Bien universel par la communion des cœurs dans la Fraternité. »

 N’est-ce pas la clarté même ? N’est-ce pas la l’accent même de la Vérité ?

 Le ton de ces paroles justement nous frappe et nous étonne ; ces accents inaccoutumés éclatent comme la trompette dans les nuées qui nous environnent ; ils nous réveillent de notre assoupissement.

« Hé quoi ! disent les plus osés : que se passe-t-il donc ? y aurait-il vraiment péril en la demeure ? »

 Ecoutons encore l’Envoyé du Seigneur. Je vous ai dit, il y a un instant, que nous étions des attardés, des retardataires si vous préférez. En ! bien, écoutons cette voix prophétique !

 « Comme toujours, à la veille des grands cataclysmes, Dieu avertit son peuple.

« Il est temps de remettre de l’ordre dans la maison ; il est temps de sonner la cloche d’alarme dans les consciences endormies. Le temps n’est plus des ergotages et de la dissimulation. L’Esprit va souffler sur le monde.

« Qui donc veut l’entendre ?

« Nous sommes sourds, parce que nous ne sommes pas pressés d’entrer dans les voies de Dieu. Et cependant « les temps sont révolus. Le Paraclet s’annonce. »

 Il faut encore une fois que le monde soit sauvé, « parce que le monde se perd ».

 Parce que la Lumière est sous le boisseau et qu’elle se meurt comme au temps d’Hérode et de Caïphe, quand Jésus de Nazareth tonnait contre les Pharisiens.

« Parce que le problème du Bien et du Mal doit se résoudre par l’acquis ou le déficit, sans subterfuge possible de comptabilité,

« Et que l’heure des comptes a sonné pour nous tous.

« Le Créateur a dispensé à tous ses bienfaits. Il a établi un code dès le commencement, puis, suprême hommage à la terre, I1 lui a envoyé son Fils Jésus dont la mission fut de compléter ce code, de le clarifier par des précisions nouvelles. »

 Entendons aujourd’hui l’avertissement solennel : le Paraclet s’annonce. Le rôle du Spiritisme christique se précise,  la « rénovation  commence » et le  Précurseur Jean le Baptiste va se lever encore une fois parmi les hommes.

 Sœurs et Frères, ne sentez-vous pas que l’appel de l’Envoyé retentit en ces jours où nous sommes jusque dans les régions les plus mystérieuses de notre esprit ? La décision nous regarde; à chacun de la prendre.       

 

FIN

 DU MÊME AUTEUR :

 POÉSIE

Ma Touraine. Le Divan, 1913 (Prix Archon-Despé­rousesl (épuisé).

Des Lumières s’éteignent. Figuière, 1919 (épuisé).

Les Jardins de Ronsard. Le Divan, 1924.

La Harpe d’argent. Edition du Panier fleuri, Tours, 1930.

PROSE

Léon Denis, 1’apôtre du spiritisme. Edit. Jean Meyer, 1928, 8, rue Copernic, Paris.

De Platon à Dante. Edition Psyché, 36, rue du Bac, Paris

La Chevalerie. Edit. Atlantis, 46, rue de Montreuil, Vincennes.

L’Inspiration. Edit. Atlantis, 46, rue de Montreuil Vincennes.

 A PARAITRE PROCHAINEMENT

 Jehanne de Domrémy : Voix du Ciel, voix de France.