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Note de lecture : Almignana – Les tables tournantes

  • Posted on mars 30, 2010 at 6 h 48 min

 

 Simon Selliest le 16 Décembre 2008

Revue et corrigée le 18 février 2010

 L’ouvrage, dans l’édition qui est présentée sur ce site et sur celui de l’Encyclopédie Spirite, date de 1889, mais le texte original semble dater de 1848, selon ce qui apparaît sur le livre en notre possession.

 Dire, une fois de plus que le premier livre d’Allan Kardec date de 1857 pourrait à juste titre agacer plus d’un spirite, dont bien peu ignore la biographie de ce fondateur du spiritisme occidental dans sa forme actuelle. Pourtant, il nous faut rappeler cette date, si l’on veut essayer de comprendre la valeur de cet ouvrage, écrit en 1848, et les raisons qui ont poussé l’Abbé Almignana à écrire ce petit livre.

 De fait, jusqu’à cette époque de 1857, il existait une grande quantité d’indications ou de messages rapportés çà et là par des expérimentateurs plus ou moins consciencieux et expérimentés. La recherche de la prouesse médiumnique au détriment parfois de la vérité, n’est pas hélas, un travers récent.

 De même, il était de bon ton dans certains milieux aisés, après un repas copieux et bien arrosé (faut-il rappeler qu’à cette époque la diététique avait encore un très long chemin à parcourir …), dans les fumées des cigarettes et des cigares qui suivaient les cognacs et autres « eaux de vie », de faire tourner les tables. Il semble donc inutile, aux spirites rompus aux communications médiumniques en séances, de décrire l’ambiance qui devait régner autour de tels guéridons et la valeur des communications obtenues.

 Allan Kardec, avec la rigueur intellectuelle et morale qu’on lui connaît, eût donc l’immense mérite d’abord d’en séparer « le bon grain de l’ivraie ». Ensuite de donner, par son premier livre, à cette masse énorme de messages, une forme raisonnée et structurée. Ce fut ce qui devait s’appeler plus tard : « la doctrine spirite ».

 Cette époque du milieu du XIX° siècle, était aussi celle de la découverte par une certaine société, des doctrines hindouistes et asiatiques, avec notamment les idées d’évolution spirituelle à travers des vies multiples, de « vie » après la mort, et de communication avec un monde « extraterrestre » (au sens de « désincarné » sous lequel nous le connaissons actuellement).

 C’était aussi un temps où :

  • le pétrole ne servait qu’à alimenter les lampes d’éclairage à huile.

  • les voitures n’existaient pas encore, les plus aisés roulaient en carrosse et les autres prenaient un fiacre ou marchaient à pied.

  • la majorité de la population française (35 millions de personnes) était peu instruite, le plus souvent rurale, et la campagne était aux portes des grandes villes, et parfois même intra muros….

  • la société vivait selon des règles morales, sociales et religieuses encore très fermées et très rigides (la révolution de 1789 ne datait que d’une cinquantaine d’années, soit une ou deux générations tout au plus). Il était facile de reconnaître un(e) ouvrier(e), un(e) domestique, un bourgeois, un militaire, un magistrat, etc. car tous et toutes portaient en quelque sorte, l’habit de leur « profession ».

  • rappelons que le Ministère de la Guerre était dirigé par des généraux et des militaires (dont l’Histoire nous a depuis largement décrit la psychologie par l’affaire Dreyfus). Les ecclésiastiques faisaient partie des gouvernements ou pouvaient l’influencer.

  • les chemins de fer commençaient à peine à se développer.

  • etc., etc.

 De plus, il convient de se rappeler la toute puissance de l’Eglise sur les esprits de ses ouailles, et de la puissance de ses attaques contre ces « manifestations de Satan » qu’étaient les manifestations des esprits, même les plus élevés. Pour se convaincre de la rudesse de ses assauts, il suffit de lire ou de relire A. Kardec, Léon Denis et G. Delanne, pour ne citer que les plus connus, mais leurs successeurs n’en ont pas moins mérité pour avoir continué le combat.

 Alors, qu’un « curé de base », l’abbé Almignana, ose affronter tout à la fois :

  • les idées communément admises à son époque (et peu favorables au spiritisme),

  • sa hiérarchie ecclésiastique (et l’on sait comment l’Eglise savait « récompenser » ses éléments récalcitrants par des cures situées au fin fond d’une lointaine campagne…),

  • des personnages puissants et influents comme M. de Mirville ou M. de Gasparin,

et travailler très sérieusement afin de donner une base morale et spirituelle à ces manifestations médiumniques, mérite bien qu’on lui accorde quelques minutes de notre temps, pour « l’écouter ».

 C’est sûrement à des hommes comme l’abbé Almignana que pensait Léon Denis, quand à la fin de son ouvrage : « Le spiritisme et le clergé catholique », il écrivait :

 « Parvenu au terme de ce travail …. Je résume ma pensée en ces termes : malgré ses taches et ses ombres, elle est grande et belle l’histoire de l’Eglise, avec sa longue suite de Saints, de docteurs, de martyrs… ».

 Nous ne pouvons pas faire moins, de nos jours, envers ce courageux abbé, que de le lire à nouveau.