Gaston Luce : Le spiritualisme et les temps nouveaux

  • Posted on avril 5, 2010 at 18h19

 Notre devoir commun aujourdhui est de faire comprendre au monde, avant quil ne soir trop tard, que notre civilisation ne peut survivre que par l’acceptation des principes chrétiens dans les relations internationales aussi bien que dans la vie nationale.

(Paroles de Sir Attlee, premier ministre de Grande-Bretagne, prononcées devant le Congrès Américain à Washington) 

 

I

 L’Immortalité est-elle une question sans importance

  Affirmation.

  Dans le dialogue du Phédon, Platon prête à prête à Simmias les paroles qui suivent ayant trait à l’immortalité : « S’il est très difficile de savoir toute la vérité dans cette vie, remarque l’interlocuteur de Socrate, je suis persuadé que ne pas examiner très exactement ce qu’on en dit, et se lasser avant d’avoir fait tous ses efforts, c’est l’action d’un homme mou et lâche, car il faut de deux choses l’une, ou apprendre des autres ce qui en est, ou le trouver soi-même. »

 Pascal reprend ce point de vue dans ses Pensées quand il écrit : tt L’immortalité de l’âme est une chose qui nous importe si fort qu’il faut avoir perdu tout sentiment pour être dans l’indifférence de savoir ce qui en est. »

 La cause de ce manque de curiosité est facile à deviner : on veut vivre sa vie, on affecte l’indifférence pour ce qui est de sa propre mort. Mais c’est une indifférence feinte où perce l’inquiétude : on cherche à éluder une question gênante, quitte à envoyer chercher le prêtre au dernier moment. Il faut pourtant convenir que la pensée des hommes s’est toujours arrêtée sur les lendemains de la mort. Dante n’est pas tendre pour les négateurs :

 « La plus bestiale, la plus lâche et la plus pernicieuse de toutes les sottises humaines, est celle qui prétend qu’il n’y a point de vie outre-tombe. »

 Le spiritualisme épousant le sentiment universel et se basant sur l’expérience affirme la vie d’outre-tombe. Sans altérer en rien le raisonnement philosophique, pas plus que le sentiment religieux, il apporte à l’un et à l’autre un appui des plus réels.

  Constitution de l’homme

 Nous savons ce qu’est l’homme physiologiquement ; mais le corps physique n’est pas tout l’homme, et nous ne savons rien par lui de l’homme intérieur.

 Relativement à la constitution intégrale de l’être humain, le spiritualisme apporte certaines notions qui confirment l’enseignement (les sages du passé. Et ces notions ne lui sont pas venues par l’étude (les textes, niais bien par des révélations émanées de l’Au-delà, confirmées par l’expérience.

 D’après ces notions, l’homme est triple comme le veut l’enseignement traditionnel. Entre le corps matériel et l’âme qui lui communique la vie, il existe un médiateur plastique, le corps spirituel, support de l’esprit.

 Il est bon de remarquer que ce corps de nature spéciale, dont saint Paul nous entretient dans ses Epîtres, a joué un rôle primordial dans le christianisme primitif,
car il est à la base des charismes dont il est fait mention si souvent dans les écrits sacrés. Argument-clé de la philosophie platonicienne et néo-platonicienne, il devient,  avec Jésus de Nazareth, le pivot de l’enseignement secret  donné aux apôtres.

 Un corps de chair, un corps spirituel qui le pénètre dans toutes ses parties, une âme qui communique la vie à ces corps, tel est l’homme manifesté en tant qu’individu et en tant que personne, avec sa marque originale, et le caractère qui lui est propre.

 L’Homme-Esprit

 Platon, porte-parole de la sagesse antique, dit qu’il y a en nous une âme raisonnable, une âme émotive et une âme végétative qu’il situe respectivement dans la tête, la poitrine et le ventre. A chacune correspondrait l’instinct, le sentiment et la raison. Selon Boëhme, l’âme est le premier principe, elle est immortelle, plus haute que les anges. Disons qu’elle est divine et, comme telle, incorruptible.

 Il est assez difficile, pour ne pas dire impossible, de localiser l’âme. Comment occuperait-elle un lieu? Partout dans le corps, là où sont les organes essentiels, elle agit, elle semble présente ; mais c’est à la cime de l’être qu’elle règne. Elle est dans notre corps, tout en le débordant de toutes parts. L’infini est son domaine.

 L’âme est, par sa nature même, tellement étrangère au corps physique, quoique unie à lui durant la vie terrestre, qu’elle ne pourrait agir sur ce corps sans le médiateur plastique qu’est le corps spirituel.

 Le corps spirituel, agent de l’esprit, est le véhicule de l’âme.

 L’homme-type est donc originellement un esprit. 1,’homme-esprit a donc, de par sa nature même, la prééminence sur l’homme de chair ; il représente l’homme véritable, et à ce titre la version des livres sacrés est recevable. L’homme-esprit, l’Adam de la Genèse, (incarné dans l’homo-sapiens, au terme de l’évolution animale de notre espèce) par l’effet d’une dérogation aux lois divines, s’est trouvé dans l’obligation, qui est une nécessité, de se rétablir dans ses prérogatives originelles en se libérant du servage du corps matériel.

 D’où l’enseignement des religions.

 Spiritualisme – Spiritisme – Angélisme

 Le premier de ces termes apparaît trop vague à certains ; le second est généralement pris en mauvaise part ; reste le troisième.

Reprenant l’idée de Swendenborg, Conan Doyle proposait de substituer le mot angélisme à spiritisme. C’était assez périlleux, la fréquentation des anges étant un privilège assez rare. Toutefois, si la modestie est ici de mise, il convient de remarquer que les grandes religions affirment toutes que les hommes ont pouvoir d’élire parfois commerce avec les hôtes du Ciel.

 « La question des anges, écrit le Docteur Rolt-Wheeler, est non seulement religieuse, mais psychologique ; non seulement spirituelle, mais psychique ; non seulement subjective, mais objective. »

 Si le terme d’angélisme est ambitieux, il n’en est pas moins exact. Les anges et les esprits des hommes désincarnés de haut mérite sont les ministres de l’ordre éternel.

L’émanation de la Force spirituelle de Dieu, accordée par son infinie sagesse et bonté à toutes les hiérarchies, se manifeste et se transmet jusqu’aux hommes par des ordonnances justes, dit l’Aréopagite.

 Les esprits humains des mondes supérieurs sont vraisemblablement soumis aux mêmes lois que les anges et ont comme ceux-ci pouvoir d’accès et pouvoir d’action dans notre monde phénoménal. La télépathie et la télesthésie, par exemple, qui semblent régir certains échanges spirituels, ouvrent sur le monde de l’esprit et des esprits des perspectives sans fin. Et tout cela s’enchaîne sur le plan du réel.

 Spiritualisme, spiritisme, angélisme, c’est tout un. Ce qui importe n’est pas le terme, mais la chose. 

Nos devenirs

 Quoique se compénétrant étroitement, les deux corps, le physique et le spirituel, sont, de par leur nature propre, étrangers l’un à l’autre. Que le lien vital qui les unissait soit rompu, que le ciseau de la Parque vienne à couper le fil, que la corde d’argent se rompe, et l’homme-esprit fait retour à son milieu d’origine ; et c’est la mort du corps matériel rendu aux éléments qui le composaient.

 La mort n’est donc pas l’anéantissement de la personne humaine, mais exactement le départ du corps spirituel appelé vers une orientation nouvelle de la vie consciente dans un monde qui est au-delà du monde où nous sommes.

 « La mort ne nous détruit pas, elle nous rend invisible. »

 Nous devons toutefois penser que sur le corps qui perdure, c’est-à-dire le corps spirituel, la vie terrestre a laissé son empreinte. Le film des jours s’est enroulé sur l’arbre de la conscience et de la subconscience ; il fait partie intégrante du corps spirituel. En ce sens, toute vie est un enrichissement, à moins qu’elle n’ait été un recul, si elle fut irrémédiablement gâchée.

 Le corps spirituel est un instrument enregistreur d’une merveilleuse sensibilité. Si les bas appétits, les passions grossières obscurcissent les aspirations du cœur et toute la nature mentale, par contre, l’exercice des hautes vertus, la pratique du bien ont pour effet d’élever l’être au-dessus de lui-même, de le rapprocher de son âme divine.

 Par l’effet de lois admirables, l’homme-esprit se retrouve dans l’autre vie tel qu’il s’est fait ici-bas, car il se construit lui-même. La solidité de l’édifice dépend de la qualité des matériaux qu’il s’est choisi et dont il a fait l’emploi. Tel il fut, tel il se retrouve une fois franchi le pont qui relie les deux mondes.

 La vie terrestre et l’autre vie se tiennent ; l’une conditionne l’autre. Notre avenir dépend de nous-mêmes, nous sommes les propres artisans de notre destinée, rien n’est perdu de nos efforts vers le mieux.

 Une telle perspective ne saurait nous laisser indifférents, d’autant plus que Dieu ne se désintéresse pas de l’entreprise et qu’il est toujours là pour agir dans le sens de notre salut.

 « Dieu rendra à chacun selon ses œuvres : réservant la vie éternelle à ceux qui, par la persévérance à bien faire, cherchent l’honneur, la gloire et l’immortalité. »                                                                                                                                                                                                                               (Rom., 2,7.)

 Prophétisme – Médiumnité

 Les deux états d’existence : vie terrestre et vie supraterrestre, ne sont pas étrangers l’un à l’autre puisqu’ils ont un lien commun, qui est le corps spirituel. Que ce corps retrouve quelque indépendance et quelque agilité, et il manifeste aussitôt ses pouvoirs. Il en résulte momentanément une extension des facultés de l’esprit qui se traduit par le prophétisme, ou comme l’on dit maintenant, la médiumnité.

 La médiumnité est donc un état psychico-mental au cours duquel la sensibilité se trouve avivée, par suite de l’action plus intense du corps spirituel, dont se sont desserrées les entraves charnelles.

 Cette hyper-sensibilité n’a rien à voir avec la nervosité ; ce sont deux choses entièrement différentes. La médiumnité requiert un état mental équilibré que la transe n’affecte en rien parce qu’elle est dominée. Le sensorium se trouve informé directement par l’effet d’une extension de l’activité des sens : la vision devient prévision, clairvoyance, voyance ; l’audition devient clairaudience, l’inspiration précipite le cours de la pensée verbale ou écrite ; la télépathie et la télesthésie jouent d’un monde à l’autre sur les deux voies convergentes de l’éthique et de l’esthétique, provoquant des phénomènes étonnants, voire merveilleux parce qu’inhabituels.

 D’une façon moins tranchée, niais au fond analogue, l’ingénieur, l’écrivain, le poète, l’artiste se trouvent, à certains moments de leur labeur, dans un état voisin de la médiumnité.

 Il est à remarquer que les sujets sensibles se rencontrent généralement chez les femmes, et cela s’explique tout naturellement.

 La médiumnité, au sens où il faut prendre le mot, n’est ni un accident, ni une maladie, mais simplement une disposition de la personne humaine permettant la manifestation de dons spéciaux dont la cause est sans doute invariable.

 Il se peut que la manifestation de ces dons soit liée à un stade évolutif de l’être ou à un état de grâce spécial, comme l’enseigne Saint-Paul dans sa prédication.  

Raison et intuition

 L’esprit humain comporte deux facultés maîtresses : la raison et l’intuition. Elles devraient agir de concert, mais il s’en faut que l’accord soit parfait. L’homme est non seulement un rébus mais un lieu de contradictions.

 La raison repose sur un ordre de faits tangibles ; elle est basée sur l’expérience, d’où la faveur et l’importance qu’on lui accorde à juste titre.

 Les Grecs, peuple éminemment religieux, quoique rationaliste, reconnaissaient dans la Raison armée leur guide tutélaire, leur déesse rectrice et protectrice ; mais ils invoquaient pareillement Apollon, et le sanctuaire de Delphes faisait pendant au Parthénon.

 L’intuition est la révélation d’une vérité qui se trouve au-delà des faits. Elle vient en éclair et sans aucun effort d’attention. La raison ne pourrait rien sans elle. C’est sur les données qui lui sont fournies que la raison exerce à grand labeur son pouvoir d’examen. L’intuition fournit les matériaux comme en se jouant ; la raison choisit et construit.

 Il importe donc de coordonner autant que possible le jeu de ces deux facultés. L’intelligence a besoin d’être alimentée, avivée, stimulée sans cesse. C’est aux sources de l’intuition, d’où jaillissent les courants de pensée qui se nomment inspiration, prophétisme, voyance, qu’elle puise sa nourriture de base. C’est de ce fonds mystérieux que sont venus les principaux acquis du savoir, et ce fonds ne tarit jamais.

 L’âme humaine ne révèle ses trésors éternels qu’aux chercheurs de vérité. Le spiritualisme entreprend la prospection de l’au-delà dans un but, non douteux, de compréhension des lois de la vie et d’élévation morale. Et l’on peut dire que les résultats acquis depuis à peine un siècle de travaux sont loin d’être négligeables. 

 Perfectionnement de l’être moral

 Le perfectionnement de l’être moral paraît être le but que poursuit la vie chez l’homme et, quand nous y réfléchissons, nous avons l’impression de faire ici-bas une expérience d’importance majeure.

Du point de vue philosophique pur, ce but semble d’une portée autrement plus étendue que le simple développement de l’intelligence discursive, — d’où l’urgence de recourir à l’intuition, car c’est avant tout. par elle que le cœur s’éclaire et prend conscience des insuffisances, des imperfections de notre nature. L’intuition est un trésor bien à nous d’où nous pouvons retirer des richesses insoupçonnées. C’est par elle que nous prenons conscience du rôle que nous devons assumer dans l’univers des âmes.

 Or, si nous sommes sincères, il nous faut bien constater que ce rôle, nous le remplissons mal, par notre propre faute. Une faiblesse congénitale nous retient dans le cercle étroit des tendances et des habitudes prises. En nous le vieil homme s’est installé et il veut garder sa place.

 Comment devenir l’homme nouveau que nous souhaiterions être ? Est-ce simplement affaire d’intelligence ? Evidemment non. Par nos seules forces nous n’y saurions parvenir. L’aide puissante qu’il nous faudrait pour aboutir ne peut venir que d’en-haut. C’est ici l’heure de nuit où Nicodème va trouver le Christ, et il en apprend des merveilles.

 La « nouvelle naissance », fondement de la vie chrétienne, n’est possible qu’avec le secours de l’Esprit de Dieu. Ce sont les esprits de Dieu qui ont qualité et puissance pour nous apporter l’aide nécessaire, et il y a là un spectacle bien touchant de solidarité, d’entraides spirituelles.

 A cet égard, le spiritualisme est une école de foi, en ce que cette foi se base sur les observations que l’on fait sur soi-même et que l’on peut exercer autour de soi. Toute fraternité spiritualiste peut devenir de la sorte un foyer de recherches désintéressées, d’études fructueuses et de perfectionnement moral. Le christianisme à ses débuts devait présenter ce caractère d’enseignement direct, avec toute l’autorité qui s’attachait au ministère des apôtres. 

 Vies successives

 La notion de la survie implique celle des vies successives, croyance accréditée par la tradition, enseignée sous des modalités diverses par les grands sanctuaires de l’antiquité. Vies successives, réincarnation, car, pour le perfectionnement de l’âme, une seule vie sur la terre est peu de chose. Les saints ont bien du mal à réussir l’expérience, et il est permis de supposer qu’ils n’en sont pas à leur coup d’essai.

 De grands esprits, au début, en avaient fait le pivot de l’enseignement chrétien : Ammonius, Clément d’Alexandrie, Origène. L’origénisme fut rejeté par le concile de Constantinople et la question a été réservée par l’Eglise.

 Le sera-t-elle encore longtemps? C’est une question que l’on peut se poser, attendu que l’idée est en l’air et qu’elle circule en tous milieux.

 L’Eglise réformée a combattu la réincarnation comme contraire à l’esprit de la Bible. L’argument n’est pas définitif, attendu que le retour d’Hélie est annoncé comme événement possible dans le Nouveau Testament.

 Il est à remarquer que le spiritualisme anglo-saxon qui accepte l’idée des vies successives, se montre moins ouvert à la réincarnation que les pays latins. Question de formation religieuse, peut-être. Au reste, la divergence n’est pas générale.

 Il faut considérer qu’un tel problème est des plus complexes et qu’il embrasse un tel horizon qu’on ne saurait songer à lui donner une solution définitive. Tout ce qu’on en peut dire, c’est que l’enseignement des esprits a fourni assez de relief à l’idée pour qu’elle fasse corps avec la notion d’immortalité. Son rejet pur et simple ne peut plus être admis. 

  Le mal

 Est-il vrai que nous soyons liés à l’Esprit du mal par une commune dérogation aux lois divines? Les Ecritures l’affirment. Toujours est-il que le mal est en action dans ce monde, quelque nom qu’on lui donne.

 Certains définissent le mal par une absence de bien. Il s’en faut qu’il soit un principe négatif. Les catastrophes qui frappent l’humanité relèvent d’un maléfice réel.

Le fait de n’avoir pas conscience qu’il y ait un génie du mal n’implique pas qu’il soit inexistant, et il suffit de s’examiner soi-même pour se rendre compte que tout homme doit compter avec lui.

 S’il n’existait pas, la révélation aurait menti, les livres sacrés reposeraient sur la même imposture, le spiritualisme lui-même serait à son tour falsifié et les saints seraient indignes de créance.

 Il est dit que le Prince de ce monde a établi sa puissance sur les hommes parce que ceux-ci l’on suivi dans sa prévarication. Reconnaissons que notre espèce ne pèche ni par modestie, ni par excès de bonté. Les fils des Titans n’ont pas résigné l’orgueil de leurs pères ; mais l’audace se paye quand elle n’est pas employée dans un but licite.

 La souveraine Sagesse, au reste, ne nous interdit nullement de nous libérer de la redoutable puissance qui nous opprime et nous retient en esclavage, et c’est justement cette lutte pour l’indépendance qui renferme les éléments de notre grandeur future, — d’autant mieux que, si nous le voulons, Dieu nous aide.

 C’est en travaillant à cette libération que nos énergies latentes pourront s’exercer progressivement dans le sens du bien, rompre avec les mauvaises habitudes prises dans la facilité, rejeter les douceurs trompeuses qui retiennent l’âme en servitude.

 Par les moyens d’introspection qu’il nous fournit, le spiritualisme contribue à nous ouvrir l’entendement sur ce grave problème, à nous rendre vigilants et prudents, attentifs avant tout aux commandements de la conscience qui sont les voix de notre âme divine.

 Du bien et du mal, lequel prévaudra?

 Ce ne saurait être le mal puisqu’il se détruit lui-même ; mais il faut mener le combat à son terme ; il faut faire triompher le bien, qui est la vie, la vie éternelle.

L’immortalité ne peut être qu’en Dieu. 

 II

 Coup d’œil rétrospectif

 

 Le spiritisme

 Du grand mouvement d’idées auquel a donné lieu le spiritisme depuis un siècle ou presque, on chercherait en vain dans l’histoire quelque autre qui lui puisse être comparé. Sa répercussion dans le domaine religieux et dans le domaine scientifique fut et demeure considérable. Le problème qu’il pose, en particulier, devant la science con­temporaine, n’est pas de ceux qui peuvent être éludé. Voilà un point d’établi.

 Chose relativement nouvelle, ce mouvement intéresse non pas tant l'( )rient imaginatif et croyant que l’Occident positiviste où il a pris naissance, car il nous vient d’Amérique. Or, l’Amérique, pays neuf, est la terre d’élection de la science moderne en quête d’innovations en tous domaines.

 Vers le milieu du XIX° siècle, nous trouvons le spiritisme importé en Angleterre, où il ne cessera de prospérer, puisque dix ans plus tard, c’est-à-dire vers 1860, la Société Dialectique de Londres entre en effervescence après la randonnée du médium Home dans les cours d’Europe. La controverse est si ardente et si passionnée que pour tenter de la résoudre William Crookes, dont la jeune renommée est universellement établie, est pris comme arbitre. On connaît le résultat de ses expériences fameuses, la stupeur et aussi les résistances qui accueillirent son témoignage dans les milieux savants. Ses rapports, dûment enregistrés et publiés, n’ont rien perdu de leur force : les faits sont là, les faits demeurent. Ils attendent de la science une explication valable ou tout au moins l’émission d’hypothèses de travail en relation avec nos acquis actuels.

 La France a suivi l’Angleterre à distance respectueuse. Il s’en faut que nos savants aient eu la même décision et la même hardiesse que ceux d’Outre-manche. Ce sont des physiciens qui ont mené ces études en Angleterre : un Crookes, un Barett, un Lodge. En France, ce sont des médecins qui ont abordé la question: le Professeur Charles Richet, le Docteur Geley, le Docteur Osty. Mais la peur du ridicule, chez nous, paralyse les meilleures intentions. Charles Richet, qui avait mené de pair avec ses amis de Londres les mêmes recherches, dut attendre une fin de carrière pour mettre au point ses travaux sur la métapsychique. Ce n’est qu’en 1919 que fut créé à Paris un centre d’études reconnu d’utilité publique, qui prit le nom d’Institut Métapsychique International, dont la durée, d’ailleurs, devait être éphémère, mais dont les travaux restent acquis à la science. 

La métapsychique

 Les faits qu’étudie la métapsychique ne varient guère et ils sont en nombre limité. On ne peut ni les contraindre, ni les renouveler au gré des expérimentateurs, ce qui refroidit leur zèle.

 Quoi qu’il en soit, les recherches entreprises dans ce domaine n’ont pas été inutiles, et elles ne sont qu’un aperçu. Des expériences du début, avec William Crookes comme expérimentateur, et Home comme sujet, Charles Richet a pu dire qu’elles défiaient toute critique ; en plus il faut reconnaître que la science d’Occident a mené dans la suite son enquête avec un empressement des plus louables.

 « Ce que vous avez dépensé d’ingéniosité, de pénétration, de patience, de ténacité à l’exploration de la « terra incognita » des phénomènes psychiques, m’a toujours paru admirable », déclarait Bergson à ses amis anglais qui lui avaient fait l’honneur de l’appeler à présider leurs travaux en 1913. »Mais plus que cette ingéniosité et plus que cette pénétration, ajoutait-il, plus que votre infatigable persévérance, j’admire le courage qu’il vous a fallu, dans les premières années surtout, pour lutter contre les préventions d’une bonne partie du public et pour braver la raillerie qui fait peur aux plus vaillants. »

 Grâce à ce courage et à cette ténacité, des résultats appréciables ont été acquis. Le spiritisme, n’eût-il que ce mérite, il est de poids, car avoir contraint les savants à sortir de certaines routines séculaires et à servir la vérité avec le désintéressement auquel elle a droit, c’est, sans conteste, avoir fait œuvre utile.

 Tout ce qui sert la spiritualité ne peut être qu’au bénéfice de la civilisation. 

 Métapsychique et théologie

 Dans un ouvrage, auquel nous reviendrons, ayant pour titre : Le Spiritisme en face de l’Histoire, de la Science et de la Religion, paru en 1936 (1), le pasteur Roger Glardon n’omet pas de mentionner qu’il est membre de la Société des Recherches Psychiques de Londres. D’autre part, le Père Ménage; l’une des lumières de l’Université catholique contemporaine, au cours de son livre : L Immortalité, paru en 1926, fait état de ses enquêtes personnelles sur les phénomènes enregistrés à l’Institut Métapsychique de Paris. Disons qu’elles accusent une largeur (l’esprit que le précédent auteur est loin de posséder.

(1) Rouge et Cie, éditeur, Lausanne.

 Voici ce qu’on lit sous la signature du Père Ménage :

 « La crédulité est un fait, la critique — y compris la critique maladive — en est un autre.

 « Et si la critique a soumis, aux réactions de ses acides corrosifs, le bloc suspect des phénomènes dits « supranormaux », pourquoi ne pas accorder crédit à ceux qui la manient sans arrière-pensée et avec le seul souci de démêler le vrai du faux?…

« Les travaux de la société (il s’agit de l’Institut Métapsychique) ne méritent-ils pas d’attirer l’attention du monde instruit? Abandonnez, — comme vous en avez le droit, — les aperçus philosophiques par lesquels on se flatte d’interpréter les résultats des expériences positives, et ne considérez que ces expériences en elles-mêmes et pour elles-mêmes…

« Des attaques se sont produites. Des polémiques ont surgi, mais nul n’est obligé de marcher les yeux fermés, et, point davantage, de se laisser dominer par le ton, parfois excessif, des discussions de presse. Les pièces du procès ne sont pas condamnées au secret d’archives inaccessibles. Chacun peut les lire, les étudier, et se former, à leur endroit, une opinion motivée…

« Pourquoi reculer et supposer on ne sait quelle machination savamment et odieusement concertée contre la vérité? »

 Et voici plus loin une appréciation qui ne manque pas de courage :

«Allons-nous tirer de cette analyse, se demande l’auteur, un principe général définitif et sans appel?

«Non, certes. Encore une fois, le champ des investigations reste ouvert et ma seule intention était de montrer qu’en effet, il reste ouvert à des recherches impartiales, et, — lâchons le mot, — scientifiques.

« Un peut, à condition de ne point apporter à l’examen des phénomènes un parti pris de négation brutale ; on peut, sans être obligé le moins du monde à partager le point de vue spirite, on peut, dis-je, accorder une place, dans l’étude philosophique du grand problème de la survivance et de l’immortalité de l’âme, à cet ensemble de faits singuliers groupés aujourd’hui sous le terme de métapsychique. »(1)

 (1)                 L’Immortalité. Pion, éditeur, pages 144 et 145.

Spiritisme et métapsychique

 « Le spiritisme sera scientifique ou il ne sera pas ». Cette phrase d’Allan Kardec, bien souvent citée, ne semble pas toujours avoir été bien comprise. L’auteur, selon nous, voulait dire par là que les faits sur lesquels repose le spiritisme sont et devront demeurer contrôlables, pourvus d’une base scientifique, attendu que l’esprit moderne a des exigences auxquelles il faut se conformer. Mais ceux qui, partant de là, ont cru devoir enfermer le spiritisme dans le cadre étroit de l’expérimentation scientifique, se sont trompés, à notre avis, et ils ont méconnu la pensée du maître. Le désir de reproduire les faits, d’accumuler les preuves, a entraîné nombre de médiums et d’expérimentateurs imprudents sur un fond mouvant d’apparences où l’esprit souvent trébuche et ne peut plus se retrouver. Il n’en pouvait advenir aucun bien réel, mais. il y avait à cela plus d’un écueil, dont le moindre fut la déconsidération.

 Un monde d’ennemis cherchait, par tous moyens, à discréditer la croyance nouvelle, et certains, imprudemment, leur fournissaient des gages. Ils ignoraient qu’on ne force pas à si bon compte la conviction des gens, surtout des gens de parti pris. Ils oubliaient que la méthode des esprits est faite de patience et de persuasion. Leur insistance, leur impatience allaient à l’encontre du but qu’ils se proposaient d’atteindre. Il n’y avait point là pacte avec le diable, certes, il y avait erreur d’optique, simplement. 

Dans les milieux adverses, on prit acte de cette tendance pour formuler des imputations graves. Avoir « matérialisé la spiritualité », être un « spiritualisme à rebours », une « religiosité de qualité inférieure », voilà les critiques les plus vives qui se firent jour à l’endroit du spiritisme, et ce sont elles que l’on retrouve encore aujourd’hui chez nombre de théologiens catholiques et réformés. Un concert d’imprécations venu du monde religieux n’a cessé de s’élever à l’encontre des méthodes employées généralement dans les milieux spirites. Les théologiens et les clercs persistent à dénoncer cette hérésie nouvelle plus détestable encore que ses devancières, disent-ils, et à en signaler les dangers aux fidèles.

 Ce n’est point qu’il faille repousser avec dédain les jugements d’autrui, voire la critique de l’adversaire, mais ici l’exagération est visible. Nous n’en sommes plus au fanatisme explosif des époques où sévissaient les luttes religieuses violentes. Il faut voir plus objectivement les choses. Si l’hérésie était patente, on ne voit pas comment un nombre imposant de fidèles seraient venus au spiritualisme malgré les avertissements réitérés des confesseurs ; comment d’autres concilieraient les deux croyances, en puisant alternativement dans l’une et dans l’autre les aliments de leur foi ; on comprend moins encore que des membres du clergé aient osé prendre ouvertement la défense du spiritualisme dans des ouvrages retentissants. Et l’on saisit, dans cette attitude même, qu’au fond, il n’y a pas, il ne peut pas y avoir division entre le christianisme et le spiritisme. 

 Christianisme et spiritisme

 Il faut bien admettre que le but du spiritisme n’a jamais varié. Malgré quelques divergences de méthode, il s’est développé selon les directives données par Allan Kardec. Voici ce qu’il écrivait dans L’Evangile selon le Spiritisme, sur la mission de Jésus de Nazareth :

 « Jésus n’est point venu détruire la loi, c’est-à-dire la loi de Dieu ; il est venu l’accomplir, c’est-à-dire la développer, lui donner son véritable sens et l’approprier à l’avancement des hommes ; c’est pourquoi on trouve dans cette loi le principe des devoirs envers Dieu et envers le prochain, qui fait la base de la doctrine.

 « Mais le rôle de Jésus n’a pas été simplement celui d’un législateur moraliste, sans autre autorité que sa parole ; il est venu accomplir les prophéties qui annonçaient sa venue ; il tenait son autorité de sa nature exceptionnelle, de son esprit et de sa mission divine ; il est venu apprendre aux hommes que la vraie vie n’est pas sur la terre mais dans le royaume des cieux ; leur enseigner la voie qui y conduit ; les moyens de réconciliation avec Dieu, et les pressentir sur la marche des choses à venir pour l’accomplissement des destinées humaines. »

 Voici maintenant en quels termes nous trouvons la même idée représentée au Congrès International (le Paris, en 1925, c’est-à-dire à trois quarts de siècle d’écart de la parution de L’Evangile selon le Spiritisme.

 «Le but de la révélation spirite, d’après le témoignage des esprits eux-mêmes, c’est non point seulement de nous prouver la survivance de l’âme, mais encore de ramener l’humanité égarée à la vraie doctrine de Jésus-Christ.

«Bien des spirites, peut-être, ont perdu de vue ce but suprême des communications de l’Au-Delà. Pour les esprits qui l’ont oublié, comme pour les chrétiens qui ne l’ont jamais connu, il est utile de le rappeler et de le mettre en évidence, en invoquant les propres témoignages des messagers célestes.

«Ce mouvement d’idées ne s’est pas produit d’une façon incohérente ; œuvre collective des esprits envoyés par Dieu, la révélation spirite est venue en son temps. Elle a répandu sur les origines du christianisme des lumières nouvelles, ramené les hommes à la pure doctrine de Jésus, rendu la paix aux âmes troublées en leur expliquant de façon rationnelle les mystères de la destinée. Elle a arraché au matérialisme un grand nombre de chercheurs sincères, elle a remis en honneur le spiritualisme en l’appuyant sur des bases nouvelles et inébranlables. »

Il ne fait aucun doute, bien entendu, que la révélation par excellence c’est « La Bonne Nouvelle », c’est l’Evangile de Jésus.

« Ce qui fait de l’Evangile la révélation par excellence, ce qui lui donne son cachet vraiment divin, écrit Jean Réville, dans Paroles d’un Libre Croyant, c’est qu’il élève à leur plus haute puissance tous les sentiments généreux, tous les grands élans de l’âme humaine ; c’est qu’il concentre, dans une radieuse harmonie d’amour pour Dieu et d’amour pour les créatures, toutes les obligations saintes que le Père Céleste a gravées dans la conscience des hommes et qui impriment à notre misérable existence éphémère, sur une toute petite planète, son caractère supérieur et divin. »(1)

(1) Rapport Emile Dujardin, Congrès de Paris 1925, pages 218 et suivantes.

 Illusion pernicieuse !

 Incompréhension des adversaires ou parti-pris? Une certaine intransigeance laisserait supposer qu’il y a les deux à la fois.

Le Professeur Bridel, de la Faculté protestante de Lausanne, écrit dans la préface du livre du Pasteur Glar­don, qu’il convient « de se dégager au plus tôt de ce qui n’est qu’illusion pernicieuse, et tout au fond, révolte contre Dieu qui a voulu que pour nous, pécheurs, la mort fût… la mort ». C’est-à-dire, n’est-ce pas, un mystère scellé.

 Il est donc entendu que Pythagore et Platon, d’une part, Saint-Augustin et Saint-Thomas d’Aquin, d’autre part, et combien d’illustres penseurs à la suite, ont perdu leur temps et pactisé avec Lucifer en abordant le problème de la destinée humaine.

 Par ailleurs, nous voyons les « adventistes » mener contre le spiritisme une campagne d’une violence extrême.

 « La notion de la survivance, écrit le Pasteur Glardon, ne satisfait les spirites que pour autant qu’elle réveille dans leurs cours la croyance à la vie éternelle ; les spirites sont fervents et religieux dans la mesure où ils gardent les principaux éléments de foi chrétienne enracinés dans leurs cœurs, tout en pratiquant le spiritisme. »

 A la rigueur, ceci pourrait être vrai pour les femmes ; mais c’est une opinion extrêmement faible quand il s’agit des hommes. Nombre de spirites, gens de bonne volonté, mais n’ayant pas la foi, sont venus de l’agnosticisme au spiritualisme, par amour de la vérité, en employant la voie qui leur paraissait la plus sûre, la voie expérimentale, selon les exigences de l’esprit moderne.

 Chez certains auteurs catholiques, on trouverait plus de compréhension si l’on s’en rapporte au témoignage suivant.

 Dans la Vie d’Elisabeth Leseur, par le R. P. Leseur, des Frères prêcheurs, nous lisons ces lignes courageuses, sereines, édifiantes :

 « Elisabeth a écrit quelque part qu’à certain moment, le voile qui sépare le inonde de la terre de celui du Ciel devient transparent. Mais elle en avait fait l’expérience elle-même et combien nombreux ceux qui l’on renouvelée ! Je suis de ceux-là et je puis apporter mon témoignage. »

 Ce n’est donc pas, pour l’éminent ecclésiastique qui écrit ces lignes, une « illusion pernicieuse »  de regarder par-delà les frontières de la mort, mais une expérience permise et légitime.

 « Plus je vais, confie-t-il à sa correspondante, plus je suis convaincu que les morts sont les vrais vivants, qu’ils sont dans la lumière et dans la vie totale, et qu’ils sont près de nous, nous guident et nous entourent. C’est ce que le catholicisme appelle la communion des saints, et je ne sais rien de plus doux, de plus apaisant, que cette conviction. »

 Si nous ne nous abusons, cette conviction est bien également celle des spiritualistes. L’Occident, d’ailleurs, y a toujours ajouté foi.

 « Elisabeth, dit plus haut l’auteur, avait fait de la communion des saints un des aliments de sa vie intérieure et elle en avait éprouvé la fécondité spirituelle ; elle y puisait consolation et courage. Nous aimons nos chers défunts, nous demeurons en relations étroites avec eux par la pensée et par la prière ; mais eux aussi nous voient, ils nous aiment, ils veillent sur nous, ils prient pour nous ; leur présence est invisible, mais réelle. »(2).

 (2) Vie d’Elisabeth Leseur, par le R. P. Leseur, p. 327, 328. De Gigord, éditeur, Paris.

 Voici par ailleurs ce qu’écrit Mgr Bougaud sur le même sujet :

 « La grande et triste erreur de quelques-uns, même bons, c’est de s’imaginer que ceux que la mort emporte nous quittent. Ils ne nous quittent pas. Ils restent.

« Où sont-ils? Dans l’ombre? Oh ! Non, c’est nous qui sommes dans l’ombre. Eux sont à côté de nous sous le voile, plus présents que jamais. Nous ne les voyons pas parce que le nuage obscur nous enveloppe, mais eux nous voient. Ils tiennent leurs beaux yeux pleins de gloire arrêtés sur nos yeux pleins de larmes. 0 consolation ineffable ! Les morts sont des invisibles, ce ne sont pas des absents. »

 Où est, dans tout cela, « l’illusion pernicieuse »? 

L’incarnation.

 Certains rapports du spiritisme avec le christianisme ne peuvent être passés sous silence. Le Pasteur Glardon, dans l’ouvrage que nous avons déjà cité, est forcé d’en convenir :

« Si nous cherchons à résumer les rapports du spiritisme avec le christianisme, écrit-il, nous pensons qu’un seul mot peut jouer ce rôle synthétique, celui d’incarnation.

« Nous entendons par là un phénomène primordial qui consiste, pour le décrire à grands traits, d’abord, dans la scission qui s’opère parfois entre le conscient et le subconscient, puis dans le rôle prépondérant du subconscient libéré du contrôle de la personnalité à laquelle il appartient, et enfin dans la prise de possession de ce subconscient par une influence bonne ou mauvaise selon les circonstances qui ont produit la scission.

« Quand cette scission entre le conscient et le subconscient est obtenue par fixation de la pensée sur un idéal, ou même sur une idée, il pourra encore y avoir obsession si cet idéal ou cette idée sont de nature inférieure ; dans le cas contraire, ce sera ce qu’on appelle le génie, état dans lequel un homme, artiste ou savant, est mis au bénéfice, non seulement des richesses de son subconscient, mais aussi de celles qu’il reçoit par télépathie et par clairvoyance inconsciente.

« Il se peut aussi que cette scission revête un caractère religieux lorsqu’elle se produit à la suite d’une prière particulièrement fervente, d’une contemplation et d’une adoration particulièrement recueillies et intenses. A ce moment-là, ce n’est pas une puissance diabolique, ni une influence humaine quelconque, ni une idée ou un idéal qui est incarné, mais bien une influence divine que l’âme pieuse a appelée sur elle. Nous nous trouvons alors devant les faits accomplis par les saints et surtout par les apôtres, les miracles et prodiges racontés par les Actes.

« Enfin, lorsque cette incarnation est parfaite, totale, absolue, nous ne trouvons qu’un seul exemple à citer, celui de l’homme qui fut complètement divin, celui du Christ, Fils de Dieu, devenant complètement homme, et cela sans moyen artificiel et accessoire qu’on puisse ramener à la science des hommes, comme c’est le cas pour les jeûneurs et les flagellants, par exemple, et comme surtout des faiseurs de prodiges comme les fakirs.

« Chez le Christ, seule la prière intervient, et par elle règne la constante communion entre le Père et le Fils, par elle s’accomplit le miracle de l’incarnation. »

Nous sommes tout à fait d’accord. 

 Manque de mesure

 Plus loin, une mise au point est nécessaire, car l’auteur découvre son parti pris et son manque de mesure.

 « Dans le cas du spiritisme, poursuit-il, où cette scission se produit dans de déplorables conditions, le subconscient du médium, et même des assistants, se prête à n’importe quelle influence mauvaise ou maladroite qui s’empare de lui, que ce soit la résultante de toutes les influences exercées par les assistants, ou simplement celle d’une personnalité dominante, ou encore celle d’une personnalité extérieure au cercle et éloignée, ou enfin celle de la puissance du mal elle-même, sous quelque forme qu’on se la représente : clans ce dernier cas, nous nous trouvons devant un cas d’obsession et même de possession. »(pp. 252, 253.)

 S’il en était ainsi, le spiritisme n’échapperait que difficilement à l’accusation de malfaisance individuelle et sociale que certains adversaires n’ont pas hésité à porter contre lui. Mais l’exagération en tout ne vaut rien. L’équité la plus élémentaire et le bon sens ont fait justice d’une semblable manœuvre. Rien n’autorisait à faire une telle généralisation. Et puis, on ne prend pas une massue pour argumenter.

 Tout compte fait, le spiritisme n’a cédé sur aucun des points de son programme. Celui-ci se trouve résumé dans la déclaration de Conan Doyle, au Congrès de 1925.

 « Nous ne sommes opposés à aucune religion, disait-il ; nous offrons ce que nous avons au monde entier. Nous disons simplement : Voilà ce que nous avons découvert. Prenez-le, employez-le le mieux que vous pourrez. » 

 Révélation progressive

 Voici par ailleurs l’exposé des caractères principaux de la doctrine tels que nous les trouvons formulés dans l’introduction de l’Evangile et le Spiritisme. Ils n’ont rien perdu de leur actualité :

 a)           « Le caractère essentiel de la doctrine spirite est son universalité. A défaut des hommes pour la répandre, il y aura toujours les esprits qui atteignent tout le monde et que personne ne peut atteindre. »

 b)          Cette universalité concerne l’enseignement exclusivement moral. »Les révélations que chacun peut obtenir ont un caractère purement individuel. »

 c)             « La garantie d’authenticité est dans la concordance des révélations faites spontanément. Toute théorie en contradiction manifeste avec le bon sens, avec une logique rigoureuse, doit être rejetée.

 d)            « Le principe de la concordance est encore une garantie contre les altérations que pourraient faire subir au spiritisme les sectes qui voudraient s’en emparer à leur profit pour l’accommoder à leur guise.

 e)             « Les instructions données par les esprits sur les points de la doctrine non encore élucidés ne sauraient faire loi tant qu’elles resteront isolées.

 f)     La révélation des esprits supérieurs est mesurée et suit une marche progressive. L’initiative appartient aux esprits missionnés. Elle ne saurait être hâtée sans préjudice grave.

 Il est à remarquer que la révélation des esprits semble devoir suivre une marche différente depuis la venue des évènements sans précédent que nous venons de vivre. Une époque est révolue, une autre commence. Non seulement une époque, mais une ère nouvelle. Le monde de demain ne ressemblera en rien à celui d’aujourd’hui. En conséquence, des révélations plus hautes viendront, non plus peut-être par les moyens modestes employés jusqu’ici, mais par des voix autorisées et avec une ampleur accrue.

 Néanmoins, le mouvement spiritualiste des XIX° et XX° siècles n’aura pas été inutile ; artisan de la rénovation qui s’annonce, son programme reste le même : prééminence de l’esprit.

 III

 

Orientation Nouvelle

 

 Le spiritualisme et la religion

 Le spiritualisme observe une attitude foncièrement religieuse. Il est religieux sans cesser de se recommander de la science, car la science n’exclut pas la religion. En principe et en fait, il est inséparable de l’une et de l’autre.

 Le spiritualisme est à la base de toutes les grandes religions comme de tous les grands systèmes philosophiques : il est dans le Védantisme, dans le Pythagorisme, dans le Christianisme. Il est le Christianisme ramené à sa source.

 Dans la version des Évangiles, la plus ancienne de ceux qui sont connus, et dont un jeu d’épreuves a été déposé au British Muséum, jésus est appelé le u Sauveur des Esprits ». Dans le livre d’Hénoch, c’est Javeh qui est ainsi désigné.

 Il importe de déclarer que le spiritualisme ne vise à rien d’autre que de rendre la religion plus efficiente par l’observation personnelle des rapports du visible et de l’invisible. Il répond aux besoins de l’esprit moderne qui demande à être informé par la voie expérimentale.

 Il n’y a aucune raison de ne pas chercher à satisfaire à ce besoin. Jésus n’a pas refusé de faire des miracles devant le peuple ; il n’a pas refusé l’épreuve du fait à l’un de ses apôtres. L’entrée du temple est ouverte à tout homme qui vient chercher le rayon de vérité. N’est-ce pas le principe même du christianisme apostolique?

 Le but essentiel que poursuit le spiritualisme moderne n’a pas varié : c’est la rééducation spirituelle des non-croyants abusés par les thèses matérialistes ; c’est l’étude de l’homme intérieur par l’observation des faits supranormaux ; c’est l’entraînement au bien par l’émulation qui naît de la communion des bons esprits.

 Les moyens préconisés pour atteindre ce but reposent tous sur la persuasion.

 « Ne violentez aucune conscience ; ne contraignez personne à quitter sa croyance pour adopter la vôtre ; ne jetez point l’anathème sur ceux qui ne pensent pas comme vous ; accueillez ceux qui viennent à vous et laissez en repos ceux qui vous repoussent. »(1)

(1) L’Evangile selon le Spiritisme.

En d’autres termes, faites confiance à l’Esprit. Tolérance, patience, persuasion, foi en l’idée, liberté entière : les moyens ne sauraient varier.

  Les difficultés d’un semblable programme sont nombreuses, il ne faut pas se le dissimuler. Le spiritualisme attend donc tout du témoignage des faits, et ces faits étant liés au jeu des facultés subnormales, son triomphe ou son échec dépend de l’usage bon, ou moins bon, ou mauvais, de la médiumnité. Or, l’instrument médiumnique est d’une mise au point laborieuse dans les conditions où nous vivons actuellement.

 La confusion des idées, le conflit des appétits et des passions, les contrariétés de toutes sortes qui résultent de cet état de choses, entretiennent un état de violence et de malaise qui retentit toujours fâcheusement sur l’organisme des êtres suprasensibles.

 Et le mal a beau jeu pour brouiller ou falsifier les résultats escomptés.

 C’est ici le point faible de la cuirasse. A tout prix il faut éviter de fournir, par maladresse ou par imprudence, un point d’appui à la puissance mauvaise qui ravage le monde.

 La prudence est de mise. La communication avec les défunts, qui était recherchée, — dans un but des plus louables, c’est entendu, — présente aujourd’hui plus d’un écueil. Si respectable qu’en soit l’objet, en principe elle ne doit pas être recherchée pour elle-même, comme une faveur, ni surtout provoquée. Une telle initiative n’appartient pas à la créature.

 La sagesse des nations le dit : il ne faut pas faire parler les morts. Non pas que les morts n’aient rien à dire : toute science n’est-elle pas venue d’eux? Mais si Dieu a permis, exceptionnellement, ces contacts avec l’invisible pour notre édification spirituelle, et dans l’intérêt général quand les morts doivent parler aux hommes, il est interdit à ceux-ci de provoquer des effusions toutes personnelles.

 L’effraction dans l’Au-Delà est condamnable, quel qu’en soit l’objet. L’opération relève des arts magiques. La seule attitude permise pour les spiritualistes, c’est l’attente dans l’espérance.

 Des critiques ont été faites à ce sujet dans le passé ; elles ont été renouvelées. Pourquoi, dira-t-on, en reconnaissez-vous si tard le bien-fondé? C’est qu’elles ne tenaient pas compte de l’état des âmes submergées depuis deux siècles par les vagues successives du matérialisme envahisseur.

 Fallait-il les laisser dans le cloute, ces âmes, et ne pas tenter de les en tirer? Il est permis de croire que Dieu agit selon les circonstances. Or, les circonstances étaient telles qu’il fallait frapper les esprits pour qu’ils sortent de leur engourdissement. Durant un certain laps de temps, les sondages dans l’Au-Delà, opérés par la voie spiritique, ont été tolérés, — non seulement tolérés, mais visiblement facilités. Les phénomènes imprévus, extraordinaires, stupéfiants, qui ont été enregistrés et dûment constatés pendant de longues années, avaient pour but, sans aucun cloute, d’éveiller et de fixer l’attention des hommes d’Occident sur les possibilités, voire la certitude de la survie, élément premier de toute civilisation.

 Pour un temps le voile a été soulevé. L’idée est dans l’air à nouveau. Le but a été atteint. Mais le fait catastrophique d’une guerre plus effroyable encore que la précédente, qui a interrompu lé cours normal d’innombrables jeunes vies sur la terre, et ceci par rupture immédiate, foudroyante, des amarres charnelles, a causé un tel désordre planétaire et extra-planétaire que toute incursion dans l’Au-Delà constitue un risque réel sans compensation appréciable. 

Orientation nouvelle

 Le spiritualisme n’est pas la métapsychique. Celle-ci a en vue le progrès scientifique, le spiritualisme voit surtout les gains de l’esprit. Or, ces gains ne peuvent s’établir que sur les plans élevés de la vie, par la communion spirituelle avec les vrais vivants que sont les morts glorieux. Là, les lois divines sont observées, la communion s’établit d’elle-même en accord avec ces lois ; là, nous sommes, pour un temps, dans le domaine de l’amour, qui est celui de l’obéissance à Dieu.

 Est-ce affaire confessionnelle, rigoureusement confessionnelle? Évidemment non, car il s’agit de lois universelles jouant pour tous les hommes, à quelque religion qu’ils se réfèrent. Les clergés n’ont pas à en prendre ombrage ; l’Église n’a pas à flairer ici une hérésie d’un nouveau genre, quelque albigéisme moderne. Il s’agit simplement pour nous tous d’essayer de sortir du chaos qui nous étreint, par conséquent de tenter toutes nos chances.

 De l’aveu de certains de ceux qui ont largement contribué à nous mener là où nous en sommes, la crise que nous traversons est une crise de moralité, donc d’abandon. Pour parer à cette crise, il ne faut pas des moyens diminués, mais des moyens accrus. Nul service n’est à repousser quand la civilisation est en péril. Or, le spiritualisme a conscience d’être en mesure de contribuer à l’affermissement de la foi, à la restauration des valeurs spirituelles, gage du salut pour nos sociétés parties à la dérive.

 Au cours de la révolution qui s’opère sous nos yeux, révolution d’une ampleur unique dans l’histoire, le christianisme est appelé à épouser de nouvelles formes, à s’adapter aux exigences des temps nouveaux. Et qui dit christianisme, dit humanisme.

 Pour réaliser cet humanisme : compréhension mutuelle et confiance en l’Esprit qui vient.

Le service de la vérité

Au dernier chapitre de Christianisme et Spiritisme, figurent ces lignes parues au début du siècle : « La terre vient de vivre bien des jours sombres, bien des jours de deuil ; d’autres tempêtes éclateront, et les tempêtes passeront. Le ciel bleu reparaîtra. L’œuvre divine s’épanouira dans une éclosion nouvelle. La foi renaîtra dans les âmes et la pensée du Christ rayonnera de nouveau. »

 Dans son affirmation sereine, cette pensée de Léon Denis s’impose aujourd’hui à notre attention. Nous sentons qu’un renouveau se prépare et que l’ère qui s’annonce sera celle de l’Esprit. Lui seul peut nous frayer les voies qu’il nous faudra suivre, et voici la question qui peut être posée au monde religieux :

 « Vous allez vous trouver, pasteurs de toutes confessions, en présence du grand troupeau, en partie égaré, qui n’écoute plus la voix de ses bergers. Il ne sait plus qui croire et où aller. Pensez-vous que les textes vénérables revêtiront, à votre gré, dans les vieux livres, un accent suffisamment convaincant pour rallier à la foi ceux qui l’ont perdue? Estimez-vous que l’exercice traditionnel des cultes, les antiques rituels parleront assez fort au cœur des foules que le modernisme a éloignées des autels? Dans cette indigence de moyens que les circonstances vous imposent, êtes-vous assurés que vous triompherez, à vous seuls, des difficultés qui s’élèvent de toutes parts? »

 Pour que la pensée du Christ rayonne à nouveau, pour que la foi revienne au cœur des hommes raviver l’espérance, ne semble-t-il pas que l’effort devrait se faire en tous milieux aptes à recevoir les influx de l’Esprit?

 Pourquoi le spiritualisme n’aurait-il pas un rôle à jouer, et un grand rôle, dans l’œuvre de libération de l’homme, de la vraie délivrance? Il y a une chose qui prime tout en ce monde : c’est le service de la vérité. Les plus avertis d’entre nous sont des ignorants, il faut se le dire ; mais il suffit que nous l’aimions d’un ardent amour, cette vérité qui nous est chère, pour que nous nous en rapprochions ; aucune puissance n’a donc autorité pour interdire aux gens de bonne volonté le chemin qu’elle éclaire : Jésus de Nazareth a parlé pour tous.

FIN

 

 

 

 

 

 

Comments are closed.


Deprecated: Directive 'allow_url_include' is deprecated in Unknown on line 0