Note de lecture sur G. Luce : « Spiritisme et rénovation »

  • Posted on avril 3, 2010 at 16h14

 Simon Selliest le 22 Décembre 2008

Revu et complété le 3 avril 2010

 

 Il est dommage qu’il n’existe pas, semble-t-il, de biographie de Gaston Luce. L’ami intime de Léon Denis n’est guère bavard sur sa vie, même si çà et là comme dans les premières lignes de son livre : Spiritisme et Rénovation, il est possible de trouver quelques détails sur lui.

 A cet effet, si un des lecteurs de ce site, plus érudit que nous pouvait nous éclairer ….. Il sera, qu’il en soit par avance convaincu, le bienvenu !

 Pour en revenir au livre qui nous préoccupe ici, au chapitre « La nouvelle révélation », (page 19 de l’édition de 1937) on peut lire :

 << Cet enseignement qui nous vient de l’Esprit (il est permis de supposer qu’il parle de Dieu) et par délégation, des esprits qui le servent…..  La réponse à ces questions est contenue dans la Genèse spirituelle, point culminant de l’œuvre du grand doctrinaire. Non, lit-on dans ces pages, le spiritisme n’est pas à proprement parler une nouveauté. Il ne vient pas détruire la tradition, mais la continuer; il ne vient pas se substituer à la croyance générale, mais l’éclairer.

 Moïse a révélé aux hommes la connaissance d’un Dieu unique, c’est la première révélation. Christ a enseigné la vie future et la loi d’amour c’est la deuxième révélation.

 Quant au spiritisme, prenant son point de départ dans les paroles mêmes du Christ, comme Christ a pris le sien dans Moïse, il est une conséquence directe de sa doctrine.

Le spiritisme peut être considéré comme la troisième révélation.

  Voilà, Messieurs, ce qu’il importait de dégager, et Allan Kardec, dès le départ, 1’a fait avec sa rectitude coutumière. >>

 Fort de cette assertion donnée par Allan Kardec, Gaston Luce surenchérit  à la même page 19 :

 << Le spiritisme est une conséquence de la doctrine du Christ; le spiritisme peut être considéré comme la troisième révélation (sous entendu « spirituelle » au sens de « venant de l’Esprit »). >>

 Présenté ainsi, en italique dans le livre de G. Luce en notre possession, comme pour bien montrer l’authenticité de ces écrits, issus de l’autorité et de la plume d’Allan Kardec, il n’y aurait pas matière à discussion… Sauf que, dans l’exemplaire de l’édition originale du livre d’Allan Kardec : « La Genèse » datant de 1868, également  en notre possession, ce texte en italique n’apparaît pas !!!

 Les paragraphes 48 à 50 inclus parlent bien de « troisième révélation », mais non seulement ils sont inclus sous l’appellation générale de « Révélation spirite », mais ils ne comportent nullement les écrits mentionnés. Allan Kardec parle donc de « troisième révélation spirite » et non de « troisième révélation Divine ».

 D’ailleurs, si on reprend très sommairement la chronologie des grands enseignements donnés par « l’Esprit », il y a bien entendu celui que reçu Moïse, dont la communauté scientifique et les exégètes de la Bible, considèrent depuis quelques années qu’il fut plutôt un personnage légendaire et symbolique, qu’un « Messie ». ]Le texte qui de tous temps lui fut attribué, aurait été mis par écrit, semble-t-il, au cours du VI° siècle avant Jésus Christ lorsque la communauté juive était exilée à Babylone et serait probablement fondé sur des écrits sumériens encore plus anciens comme ceux du roi Sargon sauvé des eaux.

 Par ailleurs, sensiblement à la même époque, il y eut  un homme dont il est difficile de passer sous silence les enseignements, puisqu’il s’agit de Gothama Bouddha. Il est permis, dans le contexte vaguement connu de sa vie réelle, de se demander de qui Bouddha a obtenu les enseignements qu’il diffusa par la suite, durant toutes ces longues années de jeûne et de méditation ?

 De même, si le bouddhisme ne mentionne pas « de Dieu unique », il n’en interdit pas d’y penser, car sinon, qui coordonnerait les lois du Karma ?

 Puis vers le  VI° siècle de notre ère Chrétienne, il y eut les écrits de Mahomet (le Coran) qui lui, les tenait d’Allah (Dieu unique).

 Le spiritisme, quand à lui, même s’il pouvait être décelé dans l’enseignement du Christ et dans des doctrines plus récentes comme par exemple dans le catharisme,  n’a réellement été structuré et mis en ordre par Allan Kardec, qu’en 1857, date de la parution du Livre des Esprits.

   Dire donc, que le spiritisme est la troisième révélation d’un Dieu unique, est peut être une parole un peu trop enthousiaste d’un fidèle zélateur du spiritisme. Il conviendrait donc, de modérer cet enthousiasme en se contentant de dire  que le spiritisme est une autre révélation de « l’Esprit » à qui il sera donné le nom de Dieu, « par délégation de l’Egrégore » …

 Ce qui n’a rien de déshonorant, et qui ne dénigre en aucun cas, ni les révélations des Esprits ni le travail des fondateurs du spiritisme dont on ne peut que saluer, une fois de plus, ici, l’importance et le mérite. Mais le spiritisme, à l’instar de toutes les religions, enseigne la modestie et l’humilité. Respectons donc ce précepte dans le classement de ces « révélations ».

 On retrouve plus loin (G. Luce : Spiritisme et rénovation : page 81 de l’édition de 1937 ):

  » Que Lao-Tseu, Bouddha, Zoroastre, Hermès, Orphée, Pythagore, Mahomet aient été, à des titres divers, des envoyés divins, nous pouvons raisonnablement l’accepter; rien ne s’y oppose. Quant à les mettre sur le même pied que Jésus, non! Jésus n’est pas un envoyé, c’est l’Envoyé, l’Emmanuel, le Christ ! »

 Là encore il convient de voir un excès d’enthousiasme d’un prosélyte bien intentionné, car le Christianisme est loin d’être la première religion de ce monde (notamment du point de vue de ses fidèles), et il ne peut y avoir autant « d’ignorants » dans les autres religions !! De plus, les théologiens et les exégètes de la Bible (ou « des Bibles », y compris celles non catholiques et non canoniques), s’accordent à présent pour dire que s’ils sont à peu près surs que Jésus en tant qu’homme ait réellement existé (bien que l’on n’a pas encore trouvé de preuves historiques fiables de son passage sur Terre), ils sont par contre totalement certains que l’homme appelé « Le Christ » tel que décrit dans les Evangiles et les actes des Apôtres, est un personnage symbolique. Ce qui semble logique quand on veut bien s’intéresser d’assez près à la Philosophie Hermétique et à ses enseignements qui ne sont obscurs que pour ceux qui déposent trop tôt le fardeau de leur étude.

 Ces deux  bémols étant précisés (afin que d’autres dithyrambes ne les reprennent pas à leur compte, car il n’est jamais bon de donner des arguments aux adversaires du spiritisme qui sont loin d’être à court d’idées quand il s’agit de lui porter des mauvais coups), ne boudons pas notre plaisir de lire ou de relire ce livre de Gaston Luce, homme érudit et novateur s’il en fut, qui apporte bien des idées plus qu’intéressantes, idées qu’il n’est jamais inutile de se remémorer !

 

 

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